‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 31 sur 249 · RETOUR DE MIREPOIX A LONDRES · texte numérisé non relu

RETOUR DE MIREPOIX A LONDRES

munes, élue pendant l'été de 1754, serait, à coup sûr l'occasion de discussions, que la procédure parlementaire permettait dès cette époque d'engager sur la politique étrangère, et d'attaques véhémentes contre le ministère, dont la faiblesse criminelle serait dénoncée à la vindicte publique. Aussi dès le mois d'octobre 1751, fut-il décidé de lever deux régiments coloniaux en Amérique, et d'y expédier deux autres, tirés des garnisons de l'Irlande. Le major général Braddock, officier de réputation, fut nommé au commandement général des troupes anglaises et provinciales; les armements dans les arsenaux reprirent quelque activité, et le nombre des matelots à entretenir pendant l'exercice 1755 fut porté de 8 et 10,000, chiffres des années antérieures, à 12,000; enfin, dans un paragraphe du message au Parlement, le roi manifesta l'intention « de protéger les possessions , qui sont une source considérable de notre négoce et de nos richesses » .

Les instructions qu'emporta Mirepoix n'étaient guère de nature à dissiper l'orage qui grossissait en Angleterre : on y constatait « la situation critique des affaires » ; on lui enjoignait de demander des explications sur les préparatifs anglais, d'insister, enfermes très catégoriques, pour que des ordres fussent donnés aux gouverneurs des colonies américaines de tout remettre en l'état antérieur à la dernière guerre , d'exiger le renvoi des réclamations anglaises à l'examen de la commission des limites, et de reprendre la négociation , interrompue par la mort de lord Albermarle, au sujet de l'assassinat de Jumonville. « Le duc de Mirepoix, ajoute le ministre, sera libre de mettre le degré d'onction ou de fermeté qu'il jugera nécessaire, selon les dispositions qu'il rencontrera, soit dans le ministère britannique, soit dans la nation. »

Dans sa première dépêche (1), l'ambassadeur rend

(1) Mirepoix à Rouillé, IG jaovier 1755. Archives des Affaires Etrangères.

compte de ses entrevues avec les ministres anglais : « J'ai trouvé le chevalier Robinson fort au fait de la question. » La conversation roula sur les incidents de l'Ohio , sur les prétentions territoriales des deux puissances , sur la géographie de cette partie de l'Amérique que l'Anglais possédait évidemment beaucoup mieux que son interlocuteur, et enfin sur la proposition du gouvernement français. Notre représentant résume ainsi ses impressions : « M. le duc de Newcastle craint la guerre et voudrait de tout son cœur éviter une rupture entre les deux couronnes. Il craint la guerre , parce qu'il ne se sent point assez fort ni assez accrédité pour en soutenir et diriger les opérations. La nation, attachée à son commerce et dirigée en partie par les influences des négociants, ne veut pas la guerre; mais cette nation est facile à exciter; elle l'a été violemment par les plaintes de leurs colonies , par les entreprises de nos gens du Canada. L'objet est d'autant plus intéressant pour les Anglais que ces colonies sont les principales ressources de leur commerce. »

Mirepoix enregistre avec une satisfaction évidente l'accueil amical qu'il reçoit , et les succès qu'il obtient dans la société anglaise. Dans une lettre particulière à Rouillé, il rend compte d'une visite de condoléance faite à lady Albermarle et de l'excellent effet que cette démarche avait produit : « Le chevalier Robinson m'a dit que le roi son maître en avait été enchanté et qu'il lui avait dit, à cette occasion, qu'il fallait convenir que nous autres Français nous savions faire les choses plus honnêtement que tous les autres. » La série des cadeaux continue; cette fois, il s'agit d'un télescope, dont le duc de Newcastle fait hommage à M"^ de Pompadour. « La pièce est fort belle , décorée de toute l'élégance dont elle a pu être susceptible. »

Le 23 janvier, nouvel entretien : à la demande de faire cesser les hostilités, le gouvernement anglais riposte en manifestant son inquiétude au sujet des armements dans

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