‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 32 sur 249 · NEGOCIATION AVEC ROBINSON · texte numérisé non relu

NEGOCIATION AVEC ROBINSON

les ports français (1). M. Fox (2) est très violent dans son langage contre la France ; le renvoi des litiges à la commission des limites ne sera pas accepté. « Nous ne pourrons amener les Anglais à entrer en discussion de droits ; ils les regardent comme chimériques entre les deux nations et sont dans la disposition de ne considérer que les convenances. »

Mirepoix insiste sur l'urgence de traiter au moins pour la partie de FOhio, et demande pleins pouvoirs à cet effet. « J'ai cru devoir vous en instruire d'avance, ajoute-t-il, et vous mettre en état d'en prévenir le conseil de Sa Majesté, pour que nous dirigions nos résolutions en conséquence, et que s'il nous convient d'affecter la possession du territoire de la rivière d'Ohio , nous nous préparions à nous y soutenir vigoureusement. Les Anglais ne nous y souffriront pas s'ils peuvent l'empêcher, premièrement par les inquiétudes que nous donnons de là à leurs colonies, et en second lieu parce que, par nos établissements, nous intercepterions le commerce de fourrures , que font ces colons avec les saavages de l'intérieur des terres. » L'ambassadeur avait d'autant plus de raison de s'exprimer ainsi qu'il avait par devant lui les instructions rédigées pour le général Braddock (3), et qu'il savait que cet officier avait reçu l'ordre d'attaquer nos forts sur la Belle-Rivière et sur le lac Érié.

A cette missive, M. de Rouillé répond (4), « quoiqu'il y

(1) Dès le commencement de janvier, le roi Louis avait donné l'ordre d'armer une escadre, destinée à porter des renforts en Amérique.

(2) Fox, ami et protégé du duc de Cumberiand, remplissait les fonctions de secrétaire d'État de la guerre dans le cabinet Newcastle. Il ne fit partie du conseil qu'à partir de l'automne 1753. L'ordre donné de préparer sans retard une escadre de dix-sept vaisseaux de ligne, en date du 20 janvier 1755, est signé de lui. — Fox to Lords of Admiralty, le 20 janvier 1755.

(3) M. Boutet, chargé d'affaires, avait pu, moyennant finance, se procurer une copie de cette pièce et l'avait envoyée à Paris dès le 2 janvier 1755.

(4) Rouillé à Mirepoix, 3 février 1755.

eût peu d'espérance de parvenir à une conciliation » , en envoyant les pleins pouvoirs sollicités; il revient à la proposition de replacer les choses en l'état où elles avaient été laissées par les arrang-ements antérieurs ; pour obtenir ce résultat, un armistice de deux ans serait conclu et l'ordre envoyé aux gouverneurs en Amérique de suspendre toutes les hostilités. Il déclare expressément au nom de Sa Majesté très chrétienne que les préparatifs dout les Anglais se plaignent « n'ont aucune vue offensive et n'ont d'autre objet que la défense de ses possessions et des droits de la couronne. » Le ministre de Louis XV avait emprunté pour ainsi dire les termes de sa dépêche au message parlementaire du roi George.

Aux suggestions du gouvernement français, Robinson réplique en reconnaissant en principe la nécessité d'adresser des ordres aux gouverneurs respectifs. Mais avant l'expédition de ces instructions, il fallait s'entendre sur certains points disputés. « S'il est d'accord, ajoute-t-il avec beaucoup de sens (1), sur le fond de remettre les choses telles qu'elles avaient été réglées par le traité d'Utrecht, que cependant comme les explications des termes dudit traité n'avaient pu être terminées par plusieurs commissions établies en différents temps, il n'était pas à supposer qu'on pût arriver à une conciliation sur de pareils objets autrement que par une prompte négociation de cour à cour. » Le ministre anglais se livre ensuite à une longue dissertation sur la distinction à faire entre les pays de possession utile , c'est-à-dire colonisés, et les régions de propriété exclusive qu'on ne songe pas à occuper soi-même , mais où on veut interdire les établissements d'une puissance étrangère. C'est à cette seconde catégorie qu'appartenaient presque tous les territoires contestés. La conversation se termina par la proposition de discuter en premier lieu la question

(1) Mirepoix à Rouillé, 10 février 1755.

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