‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 33 sur 249 · QUESTIONS EN LITIGE · texte numérisé non relu

QUESTIONS EN LITIGE

de rOhio, et de clore le difTérend soulevé sur ce point en « remettant cet article sur le même pied que les choses y avaient ^té autrefois. »

En résumé, le gouvernement anglais repoussait tout ajournement, et insistait pour une solution de fond, au moins sur le litige qui était la cause immédiate du conflit. Cl II me semble, écrit l'ambassadeur, suivant les faibles connaissances que je puis avoir sur ces matières, que le tout se réduit à trois articles : celui concernant les environs des rivières d'Ohio et d'Aubache, celui des confins de la Nouvelle -York et de la Nouvelle-Angleterre qui avoisinent Montréal et nos autres possessions, sur le haut du fleuve Saint-Laurent, et celui des frontières de l'Acadie.

« Comme il me parait que tout le territoire , entre la rivière d'Aubache et le derrière des montagnes qui ferment les colonies anglaises, est dans le cas, pour l'une ou l'autre nation, de ne vouloir l'affecter que par la considération de la propriété exclusive, il me semble que sur les ouvertures de l'Angleterre on peut facilement terminer sur cet article. J'ai lieu même de croire que si cet article était terminé, l'on pourrait, si notre cour le désirait, amener celle d'Angleterre à envoyer, dès le moment de sa consommation, des ordres à nos gouverneurs respectifs pour leur ordonner l'armistice , sans attendre que les autres points fussent réglés. »

L'optimisme de Mirepoix gagne la cour anglaise : « Je vous remercie, écrit le duc de Cumberland àNewcastle (1), de la communication des pièces que vous m'avez remises ce matin. Si la France consent aux conditions soulignées, je croirai que nous nous serons très bien tirés de nos grands embarras actuels... La France semble, d'après les pleins pouvoirs et le projet de réplique (2) , au moins

(1) Duc de Cumberland à Newcastle, le 11 février 1755. Newcastle papers. B ri lis h Musettm.

(2) Voir la dépêche de Rouillé à Mirepoix du 3 février, déjà citée.

aussi désireuse que nous de maintenir la paix; mais, comme l'on ne doit pas se fier à un ennemi naturel, j'espère que les ministres du roi ne perdront pas le peu de temps qui reste pour nos préparatifs. » Newcastle écrit à ses amis de Hollande sur le même ton (1) : « Je crois que nous allons nous arranger avec la France , mais je suis loin d'en être bien sûr; en tous cas, nos flottes seront prêtes. » Il est probable que Mirepoix, dans ses entretiens avec Newcastle et Robinson, entraîné par son désir d'éviter la guerre , avait fait des assertions et laissé entrevoir des concessions qui dépassaient les intentions de son gouvernement.

Quoi qu'il en fût, à Londres on crut à un accommodement; lord Hertford fut désigné pour succéder à lord Albermarle comme chef de légation à Paris , et les conversations reprirent de plus belle entre Mirepoix et Robinson. Ce dernier déclara que le cabinet britannique (2) , outre les forts nouvellement établis sur l'Ohio, demanderait que nous démolissions celui de Frédéric « et un autre dont je ne me rappelle pas bien le nom, mais situé aux environs des lacs Érié et Ontario. » Après cet aveu, dont le vague témoigne des faibles connaissances de l'ambassadeur sur la géographie de la Nouvelle-France , nous ne serons pas étonnés de lui voir réclamer d'urgence l'envoi de cartes. « Vous savez, écrit-il, combien les cartes anglaises et les nôtres diffèrent; il me serait nécessaire d'en avoir des nôtres, sur lesquelles nous établissions nos principes. » Mirepoix termine sa relation en dépeignant les embarras du ministère anglais, et son désir de ménager l'opinion publique, fort chatouilleuse sur le chapitre des colonies et du commerce américains. « Le chevalier Robinson m'a représenté que les ministres du roi procédaient en sûreté sous son auto-

(1) Newcastle à Bentinck, le 18 février 1755. Newcastle papers.

(2) Mirepoix à Rouillé, le 28 février 1755.

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