REFUS DES PROPOSITIONS ANGLAISES
intentions les plus désintéressées et les plus pacifiques. Les propositions de l'Angleterre sont si extraordinaires et si peu mesurées qu'il n'est pas vraisemblable qu'elle se fût déterminée à les produire , si le roi de la Grande-Bretagne et ses ministres avaient été exactement informés des droits respectifs et des faits qui ont rapport à nos possessions dans l'Amérique septentrionale. Nous n'aurions jamais imaginé, Monsieur, qu'un objet aussi peu important en lui-même que celui qui a donné lieu aux discussions actuelles pût occasionner une guerre. Ce n'est qu'avec le plus sensible regret que le roi se verrait forcé de renoncer à l'espérance d'une paix solide et durable, et la France aimera toujours infiniment mieux avoir l'Angleterre pour alliée que pour ennemie.
« Sa Majesté voudrait pouvoir espérer qu'on trouvera encore quelque expédient pour parvenir à rétablir la tranquillité en Amérique , et à prévenir tout ce qui pourrait la troubler en Europe. Le roi se prêtera avec empressement à tous les moyens qui pourront opérer cet effet salutaire, lorsqu'ils ne blesseront pas essentiellement la sûreté de ses possessions, les droits de sa couronne et sa propre considération. »
Le refus de passer à l'examen du contre-projet de Londres ne dut pas surprendre les conseillers du roi George. Dès le 11 mars, c'est-à-dire quatre jours seulement après la remise à Mirepoix du document officiel, Newcastle avait écrit en Hollande (1) : « Quoique ce contre-projet doive être reconnu comme parfaitement équitable par tous ceux qui examineront la question d'une façon impartiale, je ne suis pas assez optimiste pour m' attendre à ce qu'il soit accepté parla cour de France. Il est possible qu'elle nous fasse une réponse qui permette la continuation des pourparlers, mais je ne serai pas surpris si (d'après les préparatifs qu'ils
(1) Newcastle à Bentinck, Il mars 1755.
sont en train de faire) ils mettent fin brusquement aux négociations... Ils savent que nous leur sommes à présent supérieurs en Amérique, et pour ce motif ils veulent un armistice de deux ans pour gagner du temps. »
Cependant, le ton résolu de la note française fit une grande impression sur l'esprit vacillant du ministère anglais. Le duc de Newcastle informa notre ambassadeur que le contre-projet n'était pas un ultimatum , et qu'il serait possible de faire des concessions sur certains points , et d'adoucir par quelques modifications de détails le caractère trop absolu des conditions du 7 mars. Pendant les derniers jours de ce mois, Mirepoix et Robinson eurent de longs entretiens, dont nous possédons le compte rendu fait par chacun des interlocuteurs (1). Les suggestions relatives à la nouvelle délimitation sont indiquées d'une façon identique; mais tandis que Mirepoix en laisse l'initiative au ministre anglais, ce dernier en attribue la paternité à l'ambassadeur français. Quel que fût d'ailleurs l'auteur responsable, les diplomates paraissent désireux de s'entendre, et il est permis de penser que s'ils avaient été munis des pouvoirs nécessaires , l'accord des prétentions rivales se fût promptement réalisé.
D'après les idées échangées , du côté de l'Acadie la frontière anglaise serait maintenue à une distance de 20 lieues au nord de la baie de Fundy ; et à travers la zone réservée aux sauvages, une lisière ou bande de territoire laissée à la France assurerait la communication entre le Canada et les îles du golfe. Le fort Saint-Frédéric serait reporté en arrière, comme trop rapproché des colonies anglaises.
Au delà du lac Champlain et des établissements aux environs de Montréal, au sud du Saint-Laurent, du lac Ontario, de la rivière de Niagara et du lac Érié jusqu'à la pres-
(1) Mirepoix à Rouillé, 23 et 24 mars 1755. — Robinson à Newcastle, 22 mars 1755.