CONFÉRENCES DE MIREPOIX AVEC RORINSON
qu'Ile, une contrée de 20 lieues de profondeur serait déclarée neutre , et défense faite aux deux nations d'y créer des postes.
Le fort français de Niag-ara et le fort anglais d'Oswego seraient démolis. Du côté de l'Ohio , la limite anglaise ne toucherait pas le lac Érié, mais prenant son point de départ à Venango , sur la Rivière-aux-Bœufs, se dirigerait au sud jusqu'à la rencontre des premières pentes montagneuses de la Virginie. Entre cette lig'ne, et jusqu'aux possessions françaises, arrêtées à 20 lieues à l'est du Wabasli, le pays serait réservé aux Indiens.
Ces propositions, plus favorables que celles du contreprojet du 7 mars, offraient aux Français l'avantage d'assurer la communication par terre entre le Canada et les lies du golfe Saint-Laurent, de maintenir sous la domination française des territoires étendus, tant aux environs de Montréal qu'entre le Wabash et l'Ohio, de repousser au-delà du lac Érié le pavillon anglais ; enfin , d'après un système ingénieux que la diplomatie moderne a repris dans des négociations récentes , les terres des deux nations devaient être séparées, sur toute la longueur de la frontière, par une région réservée, nous dirions aujourd'hui un État tampon , appartenant en toute propriété aux indigènes , et dans laquelle tout établissement permanent était interdit.
Mirepoix transmit au ministre le précis de ses conférences avec Robinson, et souligna la nécessité d'une prompte réponse : « Comme nous touchons au moment du départ de nos escadres, écrit-il, j'ai cru important de mettre tous les instants à profit. »
Robinson , de son côté , après avoir indiqué à Nevvcastle les points saillants des nouvelles conditions de délimitation, finit ainsi (1) : « Le traité devra être définitif; j'ai fait de mon mieux; je vois plus clair que jusqu'à présent.
(1) Robinson à Newcastle, 22 mars 1755.
Il (Mirepoix) sesl déboutonné assez (en français), mais s'il n'a pas les pouvoirs il peut être désavoué ; ce qui est sûr, c'est qu'il n'a pas les pouvoirs nécessaires pour traiter en forme, plume à plume ^ et la main dans la main. Lord Holdernesse et moi avons trouvé le roi aujourd'hui dans les meilleures dispositions imaginables... Sa Majesté veut absolument un traité définitif... je me suis beaucoup servi auprès du roi, comme argument en faveur de la paix, de la situation en Espagne, de l'état de santé de la reine d'Espagne et de la position de Wall. »
Malheureusement le message du roi George (1) au Parlement, qui venait de reprendre ses séances, ne fut pas rédigé en termes qui indiquassent au pays les sentiments pacifiques dont les ministres se prétendaient animés. Aucune allusion ne fut faite aux négociations en cours. Le roi, après avoir rappelé ses déclarations de la session d'octobre 1754 , se voyait « obligé d'annoncer au Parlement que la situation actuelle des affaires le force à augmenter ses troupes de terre et de mer, à prendre les mesures les plus propres à conserver la paix générale de l'Europe, et à sauvegarder les justes droits et les possessions de sa couronne en Amérique ».
Cet appel fut entendu, et un crédit d'un million de livres sterling mis à la disposition du ministère pour les dépenses de la flotte.
Au projet élaboré par Robinson et Mirepoix, Rouillé fit une réponse dilatoire. En principe, il se déclara prêt à l'examiner; « mais pour parvenir à une paix solide et durable, écrit-il (2), il faudra nécessairement peser la nature et les circonstances des engagements qu'il s'agira de contracter, et combiner les droits et les concessions réciproques. Un travail aussi important demandera beaucoup
(1) Message au Parlement, 25 mars 1755.
(2) Rouillé à Mirepoix, 27 mars 1755.