‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 37 sur 249 · MESSAGE BELLIQUEUX DU ROI GEORGE · texte numérisé non relu

MESSAGE BELLIQUEUX DU ROI GEORGE

d'explications et de temps ; quel usage fera-t-on , en attendant, des armements qu'on a préparés, de part et d'autre? Comment sera-t-il possible de négocier avec fruit si les voies de fait continuent en Amérique et si elles commencent en pleine mer? » Pour parer à des éventualités dangereuses, le ministre propose de donner des ordres identiques aux gouverneurs et aux commandants des escadres, de leur interdire tout acte d'hostilité offensive, et, pour assurer la bonne foi des parties , d'échanger les instructions ainsi transmises. Suit un long verbiage sur les droits de la France : « C'est principalement sur les droits respectifs et bien constatés qu'il faut établir la base d'une négociation; pour rapprocher les intérêts et les convenances de part et d'autre , il faut en faire la comparaison et en peser les avantages et les inconvénients. C'est ce que nous ferons , en répondant aux propositions ou modifications, qui devaient vous être communiquées par M. le chevalier Robinson. »

La dépêche de Rouillé se croisa avec une lettre de Mirepoix qui, il faut lui rendre justice, ne se faisait à cette époque aucune illusion sur la gravité des événements (1). Après avoir rendu compte des débats sur le message et de l'attitude faible du ministère, il ajoute : « Cependant, les choses ne sont pas encore désespérées. . . si le roi juge que les dispositions des Anglais se rapprochent de nos principes, il n'y a pas de temps à perdre pour m'envoyer les instructions nécessaires à la négociation ultérieure. Je ne puis d'avance répondre de l'usage que j'en pourrai faire; mais les circonstances sont si critiques que je ne saurais trop tôt être en état de profiter de tous les instants. »

D'après ce que nous avons appris des opinions du roi George et de son cabinet, sur le danger de faire autre chose qu'un traité définitif, il n'était guère probable que

(1) Mirepoix à Rouillé, 28 mars 1755.

la trêve mise en avant pour la seconde fois par la cour de Versailles, et déjà écartée à Londres, fût consentie par le gouvernement anglais.

« Si la négociation continue, dit Robinson (1) après sa conférence avec l'ambassadeur de France, ce sera sur la base primitive d'une suspension d'hostilités;... M. de Mirepoix affecte cependant d'y voir une grande différence. La principale affaire est de savoir si quelques-uns de leurs navires sont partis, et jusqu'à quel point il est désirable d'imposer à eux et à nous, comme condition préliminaire, de ne plus envoyer de vaisseaux en Amérique. »

L'avis du roi George trancha la question. « Je crois, écrit-il (2) à Robinson, cette proposition semblable à la première, ce qui veut dire qu'ils nous trouvent en avance sur eux, et qu'ils cherchent à entraver nos armements, au moyen d'un armistice. »

Mirepoix prévoit ce refus : « Le gouvernement anglais , mande-t-il à sa cour (3), n'acceptera pas l'entente proposée par M. de Rouillé sur les instructions à donner aux gouverneurs et chefs d'escadre ; l'opinion établie , à laquelle le ministère s'est laissé obliger de déférer, est que les Anglais sont prêts, et que nous pouvons encore ne pas l'être. » Le 5 avril, parvint la réponse officielle du ministère Newcastle. Le cabinet anglais repoussait toute idée de trêve et d'accord préalables, mais se déclarait disposé à continuer la discussion sur le fond du litige.

Une lettre de Robinson, datée du jour même du refus, dépeint très exactement l'état d'esprit du roi, de ses conseillers, et indique la légèreté et l'insouciance avec lesquelles la cour de Saint-James se laissait entraîner à la guerre.

(1) Robinson à Newcastle, 31 mars 1755.

(2) Réponse du roi à la note de Robinson sur les propositions françaises. {Newcastle Papers, CLXVIIL)

(3) Mil-epoix à Rouillé, 1<"- avril 1755.

Page 1