‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 40 sur 249 · DEPART DU ROI GEORGE POUR LE HANOVRE · texte numérisé non relu

DEPART DU ROI GEORGE POUR LE HANOVRE

de leurs prétentions, énoncées par leur contre-projet. Le gouvernement cède aux caprices du public; le parti est pris, et les dispositions actuelles de la cour tendent ouvertement à une rupture. Le duc de Newcastle, par impuissance, timidité et légèreté, suit le torrent comme les autres. Milord Grenville , qui a profité des circonstances pour reprendre son ancienne prépondérance dans le conseil de Sa Majesté Britannique, a déterminé les dernières résolutions. 11 ne reste désormais aucun espoir pour la conciliation. Cependant, les ministres britanniques, quoique déterminés à la guerre, voudraient gagner du temps et tâcher de nous amuser encore de l'espérance d'une négociation. »

Mirepoix continue en annonçant que le roi d'Angleterre, « malgré les circonstances, les représentations de son cabinet, les murmures et le mécontentement général, avait décidé son départ pour le Hanovre », et l'avait fixé au 28 avril. Pendant son absence, le conseil de régence serait présidé par le duc de Cumberland, dont les sentiments bien connus à l'égard de la France ne laissaient aucun espoir pour un accommodement. Il termine en donnant des détails très précis sur les armements anglais, notamment sur les mouvements de l'escadre de l'amiral Boscawen , qui venait de relâcher â Plymouth. Quoique la guerre soit bien décidée, il ne croit pas que l'amiral ait des ordres de commencer par mer les hostilités. « Les Anglais veulent éviter de donner lieu à être accusés de l'agression ; ils veulent d'ailleurs, s'ils le peuvent, gagner du temps;., du côté du continent, je ne crois pas qu'ils soient prêts ». Puis il demande des instructions sur la conduite à tenir. Le voyage du roi lui fournit un prétexte pour quitter Londres où son séjour prolongé, alors que lord Hertford désigné pour l'ambassade de Paris n'est pas parti et ne songe pas à partir, serait peu conforme à la dignité de la France.

Il eût été bon pour la réputation diplomatique du minis-

tre des AfTaires Étrangères de Louis XV et pour celle de son ambassadeur, que la proposition de rappel formulée par ce dernier eût été acceptée par sa cour. Malheureusement il n'en fut pas ainsi. La lecture de la correspondance, échangée pendant les deux mois et demi qui s'écoulèrent entre le départ de l'escadre anglaise et l'arrivée à Londres de la nouvelle du combat naval du 10 juin, cause immédiate de la rupture entre les deux nations, nous montre le gouvernement français abandonnant la fière attitude qu'il avait prise en réponse au contre-projet anglais, entassant mémoire sur mémoire, argument sur argument, pour convaincre des adversaires qui n'en avaient cure , faisant des concessions inutiles parce que tardives , s'attirant les moqueries de l'Europe et perdant l'estime de ses alliés. Quant à Mirepoix, toujours honnête, quelquefois naïf, il écrit des dépêches contradictoires, change de ton à quelques jours de distance, et passe de la confiance absolue dans les déclarations pacifiques des ministres anglais à la dénonciation de leurs mensonges et de la perfidie britannique.

Pendant que le cabinet de Versailles et son représentant cherchaient à s'illusionner sur le succès éventuel de leurs démarches, la plupart des ministres étrangers accrédités auprès des deux cours ne se méprenaient pas sur l'issue probable de la négociation ; on trouve les preuves de ce sentiment général dans les volumes de dépêches interceptées, conservés aux Archives anglaises et françaises (1).

De ces dossiers , les lettres les plus importantes sont sans contredit celles du roi Frédéric et de ses représentants. Dès le 31 janvier, M. Michell, chargé d'affaires de Prusse à Londres, écrit : « Il n'est absolument question que de la situation critique dans laquelle cette cour-ci se trouve au moment présent vis-à-vis de la France ». Frédéric répond

(1) Voir la collection des « Confidential Miscellaneous » au Record Office à Londres, et la correspondance du roi de Prusse avec son ministre Knyphausen. Archives des Affaires Étrangères. Paris.

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