‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 42 sur 249 · INSTRUCTIONS DE L'AMIRAL BOSCAWEIV · texte numérisé non relu

INSTRUCTIONS DE L'AMIRAL BOSCAWEIV

raux Macnamara et Dubois de la Motte, partit de Brest pour la même destination.

Questionnés par Mirepoix (1) sur les instructions de leur amiral, les ministres anglais montrèrent un embarras qui eût été suffisant pour éclairer un gouvernement moins irrésolu que celui de Louis XV, « J'ai tâché de faire expliquer le chevalier Robinson plus ouvertement sur les ordres donnés à l'amiral Boscawen; je l'ai trouvé fort réservé sur cet article , et il m'a même témoigné qu'il ne pouvait m'y donner de réponse. L'on m'a assuré, de bonne part (2), que les ordres ont été envoyés en dernier lieu à l'amiral Boscawen dans le temps qu'il a relâché à Plymouth , pour attaquer notre escadre partout où il la pourrait joindre. » Quelques jours après, le ton change (3) : « En sortant du conseil, milord Grenville et le chevalier Robinson vinrent dîner chez moi... les ministres que j'ai déjà cités m'ont tous assuré positivement que l'avis que j'avais des ordres offensifs donnés à l'amiral Boscawen était absolument faux; et autant que je puis juger de ce qu'ils m'ont laissé entrevoir, l'amiral n'a ordre d'agir offensivement que dans le cas d'hostilités que nous pourrions exercer dans la péninsule de l'Acadie , ou sur leurs autres colonies établies. »

Pendant les mois de mai et juin, les pourparlers continuèrent à Londres. Les dépêches de Versailles indiquent une grande inquiétude au sujet les armements anglais , et un réel désir d'éviter la guerre. Rouillé, très persuadé du bon droit de la France, semble croire qu'en prolongeant la discussion il pourra convertir ses adversaires ; il répond à la note anglaise du 25 avril par un travail sur l'interprétation des traités d'Utrecht et d'Aix-la-Chapelle (4) : « Vous

(1) Mirepoix à Rouillé, l^"" mai 1755.

(2) Mirepoix à Rouillé, 5 mai 1755,

(3) Mirepoix à Rouillé, 10 mai 1755.

(4) Rouillé à Mirepoix, 2 mai 1755.

verrez , dit-il , quel effet produira sur messieurs les ministres anglais la lecture des mémoires que j'ai eu l'honneur de vous envoyer, et tout ce que vous pourrez ajouter sur la droiture de nos intentions. Le roi vous laisse absolument le maître de décider le parti que vous croirez devoir prendre , soit pour revenir sur-le-champ auprès de Sa Majesté, soit pour prolonger votre séjour à Londres. » Le. 9 mai, expédition de deux nouveaux mémoires : le premier contenant un exposé des faits , le second résumant « les principes » qu'accepterait la France , principes qui ne diffèrent guère de ceux déjà mis en avant (1) , mais qui n'ont pas le caractère d'un ultimatum. « Je vous confie, mande le ministre (2) , mais pour vous seul et sous le plus grand secret, que nous ne serions pas absolument éloignés d'ajouter aux conditions quelques clauses un peu plus favorables aux Anglais; mais nous ne le ferons qu'autant qu'ils seront absolument déterminés à finir, et à sentir le prix des sacrifices auxquels le roi veut bien se prêter par amour de la paix et pour le bonheur de l'Europe. »

Rouillé se garde bien de préciser la nature ou l'étendue de ces concessions. De son côté , notre ambassadeur , rassuré sans doute par les confidences qui avaient probablement suivi le dîner donné aux ministres anglais, renonce à ses projets de départ. Il pousse même la confiance dans le maintien de la paix jusqu'à louer un nouvel hôtel. « J'ai enfin trouvé gite, écrit-il au ministre (3) dans une lettre particulière; je serai pelitement et assez maussadement comme on l'est ici; mais j'aurai la tête à couvert. Ce n'est pas à bon marché. Il faudra bien en temps et lieu que vous m'aidiez un peu pour le paiement

(1) Parmi ces conditions, qui ne diffèrent de celles d'avril que sur des points de détail, figure la faculté pour les Acadiens de se retirer sur le territoire français.

(2) Rouillé à Mirepoix, 9 mai 1755.

(3) Mirepoix à Rouillé, 15 mai 1755.

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