‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 44 sur 249 · ENVOI DE BUSSY A HANOVRE · texte numérisé non relu

ENVOI DE BUSSY A HANOVRE

française, avant qu'elle puisse se réunir au rendez-vous que l'on suppose être Louisbourg. Si les huit vaisseaux armés en guerre (1) rentrent à Brest, après avoir escorté les transports pendant une certaine distance , ces transports devront nécessairement tomber de suite entre les mains de la flotte du roi en Amérique, et ici nous serons bien assez forts pour tout ce que les Français pourront nous opposer. » Les prévisions de Newcastle , un moment troublées par le bruit d'une rencontre dans la Manche, se réaliseront de point en point. Le combat prévu n'aura lieu que dans les eaux du golfe Saint-Laurent.

Mirepoix annonce , sur ces entrefaites , au ministre anglais l'intention du gouvernement de Louis XV d'envoyer, comme représentant de la France auprès du roi d'Angleterre, pendant son séjour à Hanovre, M, de Bussy, commis aux Affaires Étrangères, et demande l'agrément du roi George pour ce choix. Dans le billet confidentiel qu'écrit Newcastle à ce sujet (2), il révèle un fait presque sans précédent dans les annales de notre diplomatie : « Ma lettre au roi est uniquement sur le compte de Bussy, qui a été autrefois salarié par nous quand il était en Angleterre. Je demande à Sa Majesté si, dans le cas de la venue de Bussy à Hanovre, nous devrions essayer de reprendre ces relations... Le bail que Mirepoix vient de faire ici d'une maison, et l'envoi de Bussy à Hanovre, prouvent qu'ils n'ont pas l'intention de rompre avec nous pour le moment. »

Bientôt survient une nouvelle avance de la cour de Versailles. « M. Mirepoix, écrit-il à Holdernesse (3), m'a communiqué ses dernières instructions relativement à la négociation secrète (4) . Toute la conduite de la France est

(1) L'escadre armée en guerre de l'amiral Macnamara devait se séparer de la division et du convoi de M. Dubois La Motte à une certaine distance des terres.

(2) Newcastle à Holdernesse, Private. 16 mai 1755.

(3) Newcastle à Holdernesse. Private. 30 mai 1755.

(4) Nous n'avons trouvé aucune trace de cette négociation secrète, qui ex-

si mystérieuse et en apparence si faible que je ne prétends pas deviner ce qu'ils veulent. »

A la longue, la mansuétude du cabinet français embarrasse les ministres anglais. Le conseil de Régence, chargé de la direction des affaires pendant l'absence du roi George, est très perplexe sur les ordres à donner à l'amiral Hawke , commandant l'escadre de réserve à Portsmouth qui devait croiser dans la Manche. Newcastle se demande s'il faut commencer les hostilités en Europe ou attendre les événements d'Amérique ; il expose ses doutes à son ami et collègue le chancelier Hardwicke , dans une épitre, où il plaide le pour et le contre en termes qui révèlent à la fois le cynisme et l'indécision des conseils britanniques : « L'attaque de la flotte française (1), et encore plus de leur marine marchande sans avis préalable, sans déclaration de guerre , alors qu'une négociation est en train avec leur ambassadeur ici,., serait considérée, j'en ai peur, comme un manquement à la bonne foi, et pourrait alarmer les autres puissances, et en particulier l'Espagne, qui pourrait s'imaginer qu'elle serait traitée un jour de la même façon... D'autre part, on dit avec beaucoup de raison que les ordres donnés à l'amiral Boscawen amèneront nécessairement la guerre. En réalité, il importe peu que les hostilités commencent en Amérique ou en Europe. Jusqu'à présent, la France a perdu, en nous laissant le temps de faire nos préparatifs d'une manière si complète... Un délai ultérieur ne pourra que lui être profitable, en permettant d'armer le reste de leur flotte, et de faire rentrer leurs navires qui reviennent des Indes Orientales et Occidentales... tandis que si nous nous servons de notre escadre, nous intercepterons toute leur navigation... Nous leur ferions un tort si grand que tout le royaume de

pliquerait les contradictions et hésitations do la diplomatie française. Serions-nous en présence d'un nouveau chapitre du Secret du roi ? (1) Newcastle à Hardwicke, 7 juin 1755.

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