DERNIÈRES DÉPÊCHES DE ROUILLÉ
France réclamerait contre la guerre. Il faut ajouter à ces considérations l'opinion du pays, qui s'attend à ce que l'on fasse quelque chose, après les énormes dépenses qui ont été effectuées, »
Aussi hésitant que le premier ministre, le conseil de Régence se refusa à suivre son président , le duc de Cumberland, qui s'était prononcé en faveur d'une action immédiate , et décida d'en référer au roi. Newcastle fait part à Holdernesse (1) de ses ennuis; il craint d'être condamné par le public, de passer pour un modéré; et cependant il ne veut pas assumer le rôle d'agresseur. Le roi partagea les scrupules de son premier ministre , et préféra attendre les nouvelles d'Amérique avant de sanctionner l'attaque.
Une des dernières dépêches de quelque importance dans cette fastidieuse correspondance est celle de M. de Rouillé en date du 29 juin (2). Après s'être élevé contre le système « que suivent les ministre anglais pour gagner du temps et nous amuser » , après avoir flétri les procédés britanniques, les instructions données au général Rraddock et fait la comparaison de la conduite des deux cours, le ministre ajoute : « Les choses étant dans cet état. Monsieur, le roi et son conseil pensent que nous en avons assez dit si les intentions sont pacifiques à Londres, beaucoup trop si elles ne le sont pas. Cependant, comme le même esprit de conciliation dirige toujours les résolutions et la conduite de Sa Majesté, elle ne tardera pas à vous faire adresser un mémoire, en réponse à celui que M. de Robinson vous délivra, le 6 de ce mois. »
Il est impossible de mieux dépeindre que ne le fait cette lettre l'état d'esprit de l'entourage de Louis XV. Convaincus de l'infériorité de la marine française , de l'impossibilité
(1) Newcastle à Holdernesse, 2 juillet 1755.
(2) Rouillé à Mirepoix, 29 juin 1755.
d'atteindre l'Angleterre autrement que par une guerre de terre dont ils sentent tous les dangers, et pour laquelle ils ne peuvent compter sur aucune alliance, presque tous, pour ces excellentes raisons, opposés à la rupture, les ministres du roi de France s'y laissent entraîner comme à la dérive ; ils n'ont ni le courage de faire les concessions suffisantes pour assurer la paix, ni celui de prendre les résolutions viriles qu'eût exigées la perspective d'hostilités prochaines.
Au surplus, le canon de l'escadre de Boscawen mit fin à ces longues et inutiles discussions. Le 15 juillet, avant la remise du dernier mémoire annoncé, parvint à Londres la nouvelle de la prise de V Alcide et du Lys par les Anglais. Le lendemain 16 juillet, Mirepoix reçut la visite du chevalier Robinson (1). « Il a cherché , mais faiblement, à excuser la conduite de l'amiral britannique, imputant ce qui s'était passé à un réel malentendu entre le vaisseau rAlcide et le premier vaisseau anglais qui l'est allé reconnaître, voulant me faire entendre que cet événement ne devait pas nuire à la suite de la négociation. J'ai coupé court à la conversation, en lui déclarant que je n'écouterais rien de leur part,jusques à tant que j'aie reçu de nouveaux ordres. »
Dès le 18 juillet, c'est-à-dire aussitôt l'événement connu à Compiègne où était la cour, Rouillé enjoignit à Mirepoix de quitter Londres, sans prendre congé des princes et des ministres. M. de Bussy, de son côté, avait à peine eu le temps de faire le voyage de Hanovre et de présenter ses lettres de créance quand il reçut son ordre de rappel. Le ministère anglais n'eut donc pas à renouveler auprès de lui les tentatives de corruption auxquelles Newcastle avait fait allusion.
Avant son départ de France, le chargé d'affaires anglais,
(1) Mirepoix à Rouillé, 16 juillet 1755.