‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 46 sur 249 · RAPPEL DE MIREPOIX · texte numérisé non relu

RAPPEL DE MIREPOIX

qui avait suivi le roi à Compiègne , put renseigner son gouvernement sur l'attitude et le langage du ministère. Après la réception des dépèches de Londres, Rouillé pria M. Ruvigny de Gosne de passer à son cabinet, lui fit le récit du combat et des explications du chevalier Kobinson. « D'après le reste de sa conversation , écrit l'Anglais , l'appréciation du ministre français est que la cour de France avait été trompée, par des assurances répétées que nos armements n'avaient d'autre objectif que celui de la défense et la protection de nos colonies, et que l'attaque de leurs vaisseaux n'était qu'une suite de cette tromperie... Il me conseilla de ne pas paraître à la cour pour éviter d'entendre des propos désagréables. »

Dans une dépêche postérieure (1) , Ruvigny rend compte des nouveaux discours de M. de Rouillé : « 11 se plaint hautement de notre manque de bonne foi, tandis qu'eux agissaient, il l'affirme, avec la candeur et la sincérité la plus grande. Comme preuve à l'appui, il déclare que sa cour avait offert à celle de Londres de communiquer les ordres donnés à leur amiral si nous voulions faire de même. Cette proposition avait été absolument repoussée par les Anglais. Cependant , se fiant aux assurances reçues sur le caractère purement défensif de nos armements, et dans l'espoir que le désaccord pourrait être terminé par un accommodement, leur gouvernement avait maintenu M. de Mirepoix à Londres et nommé M. de Bussy à Hanovre. C'est à ce moment que l'ordre formel avait été donné à l'amiral Boscawen d'attaquer leur flotte. M, de Rouillé a ajouté que Sa Majesté Très Chrétienne a été profondément blessée de nos procédés. Les propos n'ont pas été tenus devant moi , mais j'ai l'assurance positive qu'il les a répétés à d'autres représentants des puissances étrangères. »

Quelques heures après, M. Ruvigny était avisé de son

(1) Ruvigny de Cosne à Robinson, 23 juillet 1755.

rappel (1) et repartit pour l'Angleterre sans prendre congé.

Bientôt on reçut à Londres et à Gompiègne des détails sur le combat du 10 juin. L'escadre française qui était sortie de la rade de Brest le 3 mai , cinq jours après le départ de l'amiral Boscawen, était composée de deux divisions : la première, forte de six vaisseaux de ligne et de trois frégates armés en guerre sous les ordres de M. de Macnamara, lieutenant-général des armées de mer, après avoir escorté le convoi destiné à l'Amérique jusqu'à la hauteur du cap Finisterre, rentra à Brest, conformément aux ordres du roi. La division commandée par M. Dubois de la Motte ne comptait que trois vaisseaux de ligne et trois frégates prêts à combattre. Les dix autres bâtiments placés sous ses ordres n'étaient armés qu'en flûte; transformés en transports , ils avaient été privés de presque toute leur artillerie, qui avait été enlevée pour permettre le logement des troupes. Sur cette division étaient embarqués six bataillons, tirés des régiments de France, dont deux affectés à la garnison de Louisbourg, les quatre autres au Canada.

Messieurs de Macnamara et Dubois emportaient les instructions les plus pacifiques (2) : « Vous devez éviter, s'il est possible , la rencontre des escadres anglaises. Supposé que vous les rencontriez, vous vous tiendrez sur vos gardes relativement aux manœuvres qu'elles feront, et si elles vous donnent lieu de supposer qu'elles en veulent venir à une attaque, je trouverai bon que vous cherchiez à l'éviter autant qu'il sera possible , sans compromettre l'honneur de mon pavillon. »

La navigation fut heureuse jusque sur les bancs de Terre-Neuve, où la flotte française fut dispersée par un coup de vent et prise dans les brumes. Le 9 juin, trois vaisseaux, VAlcide, de 64 canons, armé en guerre, le Lys, de

(1) Robinson à Ruvigny, 22 juillet 1755.

(2) Lettre du roi à M. de Macnamara, à Versailles, 10 avril 1755.

Page 1