‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 47 sur 249 · PRISE DE L'ALCIDE ET DU LYS · texte numérisé non relu

PRISE DE L'ALCIDE ET DU LYS

64, et le Dauphin royal, de 7i , mais n'ayant que 22 et 24 canons en batterie, eurent connaissance de plusieurs voiles qu'ils crurent appartenir à leur escadre.

M. Hocquart, commandant de l'Alcide, fit signal de les reconnaître , mais la faiblesse de la brise ne permit pas de se joindre. Le 10 juin, au lever du jour, les bâtiments français étaient à environ 6 ou 7 milles sous le vent de l'escadre anglaise. « Ils firent des signaux (1), dit le rapport de Boscawen, et n'ayant pas eu de réponse de notre part, s'éloignèrent, toutes voiles dehors. A midi environ, le capitaine Howe, dans le Dunkerk, fut en travers du dernier; voyant que le vaisseau français ne diminuait pas ses voiles, je fis le signal de combat, qui fut de suite obéi par le capitaine Howe. »

Le récit du capitaine de Lorgeril , commandant le Lys, contient plus de détails (2) : « Dans cette position, M. Hocquart, qui se trouvait de l'arrière et que ses chasseurs approchaient, mit sa flamme et son pavillon, qu'il assura d'un coup de canon, au vent. Nous mimes les nôtres et les Anglais mirent les leurs. Quelque temps après, nous remarquions un pavillon rouge au mât du petit perroquet de l'amiral, pour signal aux vaisseaux à portée des Français d'engager le combat.

« Conséquemment, /e Dimkerque, de 60 canons, meilleur voiher que les autres, se trouvant à portée de la voix de fAlcide, après quelques parlementages avec M. Hocquart, qui ne durèrent que le temps de le prolonger à portée de pistolet , lui envoya sa bordée haut et bas et une décharge de sa mousqueterie. M. Hocquart, qui n'attendait qu'un coup pour riposter de tous ses canons , lui répondit par un feu des plus violents , qui dura autant que ce vaisseau fut par son travers , et jusqu'à ce qu'il eût fait place à quatre

(1) Rapport de l'amiral Boscawen en rade de Louisbourg, 22 juin 1755.

(2) Rapport de M. de Lorgeril, capitaine de vaisseau, 16 juillet 1755.

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autres, dont l'amiral était du nombre , qui eurent d'autant moins de peine à venir le combattre que la première volée du Bunker que , à bout touchant, avait désemparé V Alcide de son gouvernail et de ses principales manœuvres. « Avant de passer à la défaite du Ltjs, ajoute M. de Lorgeril, je ne puis me refusera dire un mot du parlementage qu'il y eut entre rAlcide et le Dunkerque immédiatement avant d'en venir aux prises. M. Hocquart lui fit crier de sa galerie par trois fois : « Sommes-nous en paix ou en guerre? » Il répondit par trois fois : « Nous n'entendons pas. » M. Hocquart prit lui-même le porte-voix et lui répéta deux fois la même question : (( Sommes-nous en paix ou en guerre? M. Ilault (Howe) lui répondit bien distinctement : « La paix! La paix! ». Sur cela, les deux capitaines se firent mutuellement quelques autres questions indifférentes, et ils n'eurent l'un et l'autre que le temps de passer sur leurs gaillards, qu'on entendit de VAlcide très distinctement sortir de la bouche du capitaine Hault : « Fire! (Feu!) » Il fut sur-le-champ obéi. »

Le rapport du commandant Hocquart confirme ces renseignements : « La conversation ne fut pas longue. Le temps de prononcer mon nom (1) à l'ennemi, et le mot de paix fut immédiatement suivi de la bordée haute et basse, à bout touchant, avec la mousqueterie, qui nous a ainsi déclaré la guerre... La mer était trop belle pour perdre un seul coup, et nous étions si près que les boulets des canons anglais entraient dans le bordage. Cela joint à la confiance que doit donner le mot de paix prononcé par la bouche du capitaine nous fit perdre beaucoup de monde, surtout dans les batteries et sur le gaillard d'arrière. »

« Voilà certainement une paix bien singulière, ou plutôt une guerre bien singulièrement déclarée, » conclut iM. de Lorgeril. Le combat de l'Alcide coûta aux Français

(1) Le capitaine du Dunkerk lui avait demandé son nom.

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