LA NOUVELLE-FRANCE
daient dès lors le grand fleuve et le cours inférieur de la rivière de Richelieu d'une ligne presque continue de vergers, de prairies, de cultures, qui venait égayer d'une note riante le fond sombre et monotone des bois dont était couvert le reste du pays. En dehors du Canada (1) proprement dit et, dans la Louisiane, des environs immédiats de la Nouvelle-Orléans, il n'y avait d'autre centre de population que celui de Détroit, colonie de 1,000 à 1 ,200 Canadiens , située entre les lacs Érié et Saint-Clair, et quelques hameaux dans la région de l'Illinois et sur les bords du Mississipi. Quant aux possessions revendiquées par la France , elles comprenaient les îles du golfe Saint- Laurent, le territoire représenté aujourd'hui par la province du Nouveau-Brunswick tout entière , et une grande partie de l'État du Maine, les terres baignées par les lacs Champlain et Georges, les rives méridionales du Saint- Laurent et des grands lacs; l'autorité du roi de France s'exerçait sur les bassins des deux grands fleuves, des lacs et de leurs affluents. D'après la cour de Versailles, la limite entre la domination française et celle de la Grande- Bretagne était le faite des hauteurs qui partagent les eaux du thalweg de l'Atlantique de celles du versant intérieur du Saint-Laurent. Tout ce qui était à l'ouest de cette ligne appartenait au roi très chrétien.
Une chaîne de postes, — dont les principaux étaient Frontenac (aujourd'hui Kingston), sur le lac Ontario, Niagara, sur la rive américaine à l'embouchure du fleuve de ce nom , Détroit , Michilimakinac , commandant la passe entre le lac Huron et le lac Michigan, le Sault Sainte- Marie à l'entrée du lac Supérieur, — s'étendaient d'une part jusqu'au lac Winnipeg (2) et la rivière des Assiniboines (3),
(1) Le Canada habité ne dépassait pas les limites de la province actuelle de Québec.
(2) Fort Breton.
(3) Fort la RBine.
de l'autre vers le nord et le^ établissements anglais de la baie de Hudson (1). A l'extrémité sud du lac Champlain, le fort Saint-Frédéric ou pointe de la Couronne était à la fois une citadelle avancée du Canada, et une menace perpétuelle pour les colons anglais et hollandais installés sur les bords de la rivière de Hudson. Les rares communications que la Louisiane entretenait avec le Canada étaient assurées par les postes de la rivière des Méamis (Maumee), affluent du lac Érié, et ceux de l'Ouabache (Wabash), tributaire de rOhio, par les petits établissements de l'Illinois, et par le fort plus important de Chartres, sur la rive gauche du Mississipi. Enfin, la région supérieure de la rivière des Ottawais (Ottawa) était surveillée par le petit fortin du lac des Abitibis. L'ile du Cap-Breton, dont le nom officiel était l'Ile Royale, et l'ile de Saint-Jean (2), à peine habitée à cette époque, formaient un gouvernement indépendant, dont le titulaire résidait à Louisbourg, et, quoique soumis aux ordres du gouverneur général de la Nouvelle- France, correspondait avec la cour de Versailles. Les autorités de la Louisiane étaient également en relations directes avec la métropole.
Plus compactes, plus peuplées et beaucoup moins étendues, les possessions anglaises comprenaient, vers le milieu du dix-huitième siècle, la majeure partie du territoire des États américains de la Nouvelle- Angleterre , le Maryland , le Delaware, à peu près la moitié de la superficie actuelle des États de New- York, Pensylvanie, Virginie, et la portion maritime des deux Carolines et de la Géorgie. Au nord et au nord-ouest, les colons de la Nouvelle-Angleterre n'avaient guère dépassé le cours inférieur du Penobscot ; à l'ouest, les villages de Saratoga , du fort Lydius sur le Hudson, le bourg allemand des Palatins sur le Moh.awk étaient les postes avancés de la province de New-
(1) Fort Paskoïa, fort des Prairies.
(2) lie Saint-Jean, aujourd'hui île du Prince Edouard.