‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 6 sur 249 · COLONIES ANGLAISES · texte numérisé non relu

COLONIES ANGLAISES

York. Sur toute cette frontière, les établissements français et anglais étaient séparés par une région de forêts, de lacs et de montagnes, occupée par la confédération des Cinq- Nations iroquoises, sur lesquelles le roi d'Angleterre prétendait exercer un droit de protectorat, sanctionné par l'un des articles du traité d'Utrecht. En pleines terres indiennes et sur la rive méridionale du lac Ontario, les Anglais avaient construit le petit fort d'Oswego ou Choueguen, à l'embouchure de la rivière de ce nom, dans le but d'intercepter et de détourner à leur avantage le trafic des pelleteries et les échanges avec les sauvages. La création de ce poste avait donné lieu, de la part du gouverneur du Canada, à de vives protestations, auxquelles son collègue de New-York avait riposté par des plaintes non moins vives, au sujet de la fondation du fort Saint-Frédéric , sur le lac Champlain.

Du côté de la Pensylvanie et de la Virginie , les cantons colonisés ne dépassaient pas la chaîne des monts Alleghanys; au-delà, àpartirdeWill's Creek, devenu plus tard fort Cumberland , jusqu'aux forts français du Wabash , l'on ne trouvait d'autre signe du voisinage européen que des dépôts de marchandises , apportées par les traitants anglais dans les nombreux villages indiens. Toute cette région si vaste, si fertile, à laquelle correspondent aujourd'hui la partie occidentale de la Pensylvanie et de la Virginie , les États plus récemment organisés de l'Ohio, de l'Indiana, du Kentucky et du Tennessee, était habitée par des tribus sauvages d'origines diverses , parmi lesquelles les Iroquois de la ligue des Cinq-Nations avaient joué le rôle de conquérants.

Il était évident que les 1,100,000 ou 1,200,000 colons qui peuplaient les treize provinces anglaises, plus nombreux, plus riches, plus commerçants, plus libres que leurs rivaux du Canada, ne se contenteraient pas longtemps des limites étroites dans lesquelles ils se trouvaient resserrés

par les prétentions françaises. Ils franchiraient bientôt les montagnes et se répandraient dans les belles plaines de l'intérieur, où ils trouveraient pour guides et pour pionniers les marchands de leur nationalité , qui fréquentaient depuis longtemps ces contrées pour leurs affaires; ils seraient bientôt en contact et aux prises avec les commandants des forts français; ces derniers mettraient d'autant plus d'ardeur à arrêter ces empiétements , qu'ils étaient presque tous personnellement intéressés aux échanges que faisaient sous leurs yeux les indigènes et les représentants des maisons du Canada.

Le négoce des fourrures, qui dans notre siècle a donné lieu à une véritable guerre civile entre deux compagnies concurrentes, fut peut-être la cause immédiate de la lutte sanglante qui allait éclater , en Amérique , entre ta France et l'Angleterre.

Dans les parages de l'Acadie, la situation était aussi mal définie ; depuis le traité d'Utrecht , en vertu duquel l'Acadie avait été cédée à l'Angleterre , rien n'avait été fait pour interpréter les expressions latines, d'ailleurs très vagues, des articles relatifs au transfert; aucun effort sérieux n'avait été tenté pour délimiter les possessions des deux puissances.

Tandis que, d'après les Anglais, leur acquisition s'étendait jusqu'à la rive méridionale du Saint-Laurent, se prolongeait à l'ouest et au sud jusqu'aux confins de la Nouvelle- Angleterre, les Français, au contraire, ne comprenaient, sous la dénomination d'Acadie, que le canton de Port- Royal (Annapolis) et une partie de la presqu'île qui constitue aujourd'hui la province de la Nouvelle-Ecosse.

En fait, l'autorité britannique ne dépassait guère les environs du fort d'Annapolis et de quelques postes fortifiés dans la baie des Mines (1) . Lés efforts des gouverneurs an-

(t) Voir le rapport de Cornwallis au duc de Bedford, septembre 1749. Record Office. Londres.

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