‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 55 sur 249 · RAPPEL DU DUC DE DURAS · texte numérisé non relu

RAPPEL DU DUC DE DURAS

événements douteux, produirait des maux irréparables. » L'effet de ce document et, il faut le dire, des plaintes transmises au roi très chrétien par l'ambassadeur espagnol Masones (1) sur la conduite de Duras, ne se fit pas attendre. « La réponse faite à votre mémoire, lui écrit Rouillé (2), me fait juger que, quel que soit votre zèle et quelque habileté que vous y mettiez, vous ne devez pas espérer de parvenir à inspirer à la cour où vous êtes des sentiments conformes au bien et à l'avantage des deux couronnes. Je suis persuadé que vous en jugez de même, et, si cela est, il me semble que vous n'avez qu'un parti à prendre , qui est de demander votre retour comme l'ayant sollicité depuis longtemps. Je vous donne ce conseil et je le crois bon. » Puis il ajoute en guise de consolation : « Le roi et son conseil vous ont rendu toute la justice que vous méritez. » Duras demanda, en effet, son rappel, et quitta l'Espagne dans les premiers jours d'octobre.

On peut s'imaginer la joie du ministère anglais à la nouvelle de l'échec que le gouvernement français venait d'essuyer à Madrid. « Les efforts imprudents de Duras et de sa dame {sic) , écrit Robinson (3) , lui coûteront son ambassade; le roi d'Espagne se maintiendra dans la neutralité et restera fidèle à son amitié pour l'Angleterre et pour Vienne . . . Duras a mis contre lui et contre sa cour tous les ministres sans exception, aussi bien que Leurs Majestés Catholiques. » L'envoyé d'Espagne à Londres, M. d'Abreu, vint confirmer à Newcastle (4) les avis de Madrid : il donna l'assurance que le général Wall , loin de blâmer l'agression anglaise, considérait l'attaque de l'amiral Roscawen comme la suite des hostilités commencées parles Français en Amé-

(1) Don Jaime Masones de Lima et Sotomayor, ambassadeur en France depuis 1751 jusqu'en 1761.

(2) Rouillé à Duras, 13 août 1755.

(3) Robinson à Newcastle, 15 août 1755. Newcastle Papers.

(4) Newcastle à Hardwicke, 22 août 1755

riqiic, et les agissements de l'amiral Hawke, quels qu'ils lussent, comme justifiés d'avance par le r6ta])lissement des {(^rtifications d(; Dunkerque.

In pareil langaire méritait au moins quelques remerciments; aussi fut-ce en termes enthousiastes que le premier ministre les transmet à Keene (1). « ^yall est aujourd'hui le favori et le héros de l'Angleterre; dites-lui de ma part : tout le monde est devenu \Yallien. » Puis, en homme avisé, il révèle à cet ami dévoué le secret diplomatique, qui devait Lientôt devenir le nouveau mot d'ordre de la politique anglaise : « Vous pouvez lui confier ce secret de ma part : nous sommes en train d'essayer d'obtenir même du roi de l'russe qu'il se tienne tranquille. » Le courrier d'Espagne emporta avec lui un billet de Ncavcastle poui' Wall, presque aussi dithyrambique que la lettre officielle (2) : « Les dépèches de Keene, la déclaration d'Abreu mettent le comble à tous mes vœux, par rapport à vous et à vos mesures. Je veux seulement ajouter qu'on rend partout justice à la sagesse, l'équité et la grandeur d'âme du roi votre maître, et ses ministres y ont leur part. Comme je souhaite toujours que (ilaremont (3) ne soit pas entièrement oublié de vous, je prends la liberté de vous envoyer, par mon ami Canosa, quelques ananas. Si la reine en conserve le goût, Votre Excellence jugera s'ils sont dignes d'être présentés à Sa Majesté. Je n'ose pas vous priei' de me nommer comme un serviteur dévoué à Leurs Majestés Catholiques. »

Pendant que les ananas des jardins de Claremont, destinés naguère à la marquise de Pompadour, prenaient le chemin de lEscurial , où devait se trouver, à cette saison de l'année, la cour d'Espagne, Keene ( 4) fais ait l'oraison fu-

(1) Newcaslle à Keene, TS août 1755.

(2 NewcasUe à Wall, 25 août 1755.

{3) Ré.siilence deté du duc de Newcastle.

(4) Keene à llolderncsse, F'' septembre 1755.

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