MEMOIRE DE COLLOREDO
Dans sa dépêche du 4 mars 1755, Keith (1) donne des a\ds plus satisfaisants : la cour de Vienne se prêtera à de nouveaux pourparlers, mais elle insiste toujours sur le traité de commerce; l'impératrice reste partisane de l'accord. « Eh bien! Keith, lui a-t-elle dit, j'espère que nous ferons quelque chose de bon, et qu'à la fin vous aurez du contentement. » Quant à Kaunitz (2), « son entêtement et son amour-propre l'empêchent de changer d'opinion... mais cependant, malgré tous ses défauts, M. Kaunitz est certainement fort capable , et il est aussi peu français et prussien que possible. »
Vers la même époque , le comte CoUoredo , ambassadeur d'Autriche à Londres , soumit au gouvernement anglais un contre-projet (3) , dont le point de départ était une garantie réciproque des États des confédérés; la défense des Pays-Bas serait coniiée à un corps d'armée de 65,000 hommes, composé de 25,000 Autrichiens, 12,000 Hollandais, 10,000 Anglais et 18,000 Hessois, Saxons et Bavarois à la solde de l'Angleterre; ces forces seraient appuyées par les 60,000 Russes, pour le concours et l'entretien desquels des négociations étaient amorcées, comme on l'a vu plus haut, depuis plusieurs mois à Saint-Pétersbourg. Sans les craintes qu'inspiraient à la cour de Vienne le voisinage et une attaque possible du roi de Prusse, il aurait été facile, ajoutait le mémoire de Colloredo, de porter à 50 et même à 60,000 hommes le contingent autrichien des Pays-Bas, et d'assembler une seconde armée sur les bords du Rhin.
La cour de Vienne comptait évidemment sur les soldats moscovites pour tenir en échec les troupes du roi Frédéric. « C'est donc, écrit l'ambassadeur autrichien, le roi de
(1) Keith à Holdernesse , 4 mars 1755.
(2) Keith à Newcaslle, 4 mars 1755.
(3) Mémoire présenté au duc de Newcastle par le comte de Colloredo, le 16 mars 1755. Neiccastle Papers.
Prusse qui dérange toutes les mesures , et qui , par conséquent, expose l'Angleterre et la Hollande aux plus grands dangers, en occupant les forces de l'impératrice. Il n'y a que la Russie, et l'usage qu'on fera du secours qu'on en obtiendra, qui puissent remédier au vice radical de l'alliance. Elle sera à coup sûr triomphante , si elle surmonte, comme elle le peut, cet obstacle. »
Dans les dépêches de Marie-Thérèse à son représentant, nous trouvons l'exposé de sa politique et le résumé des conditions auxquelles elle subordonnait sa coopération. L'impératrice-reine, disait-on (1), n'a à se louer ni des procédés de l'Angleterre à son égard, ni de ses exigences vis-à-vis des populations des Pays-Bas; elle n'a aucun intérêt engagé dans le conflit avec la France, aussi insistet-elle pour le maintien de la paix ou tout au moins pour la continuation des pourparlers avec le duc de Mirepoix. Cependant, elle n'entend pas se dérober aux obligations de l'alliance; elle est prête à couvrir les États hanovriens du roi d'Angleterre contre toute agression , et à augmenter les troupes qu'elle entretient dans les Pays-Bas, mais elle n'accordera son aide que si l'Angleterre contribue à la protection de ce pays par l'envoi d'un corps de 10,000 soldats anglais et de 6,000 hessois, et garantit les États héréditaires de l'impératrice-reine contre toute entreprise du roi de Prusse.
Newcastle se montre très satisfait des nouvelles ouvertures : « J'avoue que le mémoire de Colloredo m'a fait plaisir, écrit-il au colonel Yorke (2) ; je ne pouvais pas endurer la pensée que notre administration abandonnerait la Hollande, la Flandre et tout le continent... le résultat des
(1) Kaunitz à Colloredo, 4 mars 1755; Marie-Thérèse à Colloredo, 3 avril 1755, cités par Arneth.
(2) Newcastle à Yorke, 18 avril 1755. Le colonel Yorke, ministre anglais à La Haye, fils de lord Hardwicke, lord Chancelier dans le ministère, était dans les termes les plus intimes avec le premier ministre.