‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 59 sur 249 · HOLDERNESSE DANS LES PAYS-BAS · texte numérisé non relu

HOLDERNESSE DANS LES PAYS-BAS

propositions de Colloredo et de notre réponse devra être d'arriver à une entente pour la défense des Pays-Bas, ou du moins pour une partie de ce pays, dans laquelle j'espère que le port d'Ostende sera compris. »

Toutefois, le conseil des ministres et le roi en particulier (1) estimèrent que le sacrifice demandé à l'Angleterre était trop lourd, et qu'il fallait essayer d'obtenir des stipulations plus avantageuses. On entama à cet effet un véritable marchandage. D'après les contre -propositions anglaises, l'Autriche aurait à secourir le Hanovre s'il était menacé et à accroître son contingent, tandis que celui de l'Angleterre serait réduit à 8,000 Hessois et à 6,000 Saxons et Bavarois ; quant aux soldats britanniques, il était impossible d'en disposer pour une campagne européenne. « Si le comte Kaunitz, écrit Newcastle à Keith (2), est réellement partisan de notre alliance , il profitera de l'occasion et acceptera nos propositions ; nous ne pouvons pas faire plus , et encore à la condition qu'ils enverront de suite un renfort considérable en Flandre. »

Cependant, l'avenir devenait de plus en plus orageux. L'amiral Boscawen venait de mettre à la voile , muni d'instructions qui devaient, en cas de rencontre avec l'escadre française, faire éclater la guerre; d'autre part, le roi George , malgré les manifestations de l'opinion et les supplications de ses ministres, n'avait pas voulu renoncer à son voyage de Hanovre. Il était urgent de mettre les Pays-Bas et l'électorat à l'abri d'un coup de main de la France ou de ses alliés; aussi lord Holdernesse, qui avait été délégué pour représenter le ministère anglais auprès du roi pendant son séjour à Herrenhausen , fut-il chargé de se concerter avec les principaux personnages de la Hollande et avec les autorités autrichiennes des Pays-Bas, pour les mesures de précaution à prendre.

(1) Holdernesse à Newcastle, 18 avril 1755.

(2) Newcastle à Keith , 28 avril 1755.

Dès le 2 mai, Holdernesse transmet de Bruxelles (1) ses impressions. Les Autrichiens n'ont que 12,000 hommes dans la province, dont 6 à 7,000 devront être utilisés pour la garnison de Luxembourg ; les forteresses de la frontière sont en ruines , il n'y a pas de fonds en caisse et les États se refusent à en voter; quant aux Hollandais, ils ont retiré le gros de leurs troupes sur Namur, sans même avertir de ce mouvement le prince Charles de Lorraine , gouverneur des Pays-Bas. L'inquiétude que cet état de choses inspirait à Holdernesse ne fut pas diminuée par le bruit (2) d'un combat naval qui aurait eu lieu dans la Manche. Il redouble d'activité , se rend à la Haye et réunit , chez le conseiller pensionnaire Stein , les principaux adhérents de la princesse régente d'Orange (3) et de l'alliance anglaise (4).

A cette assemblée, le ministre du roi George rendit compte de la situation des Flandres, exposa les intentions de la cour de Londres, et demanda à ses amis de la Hollande de s'expliquer sur le concours qu'ils espéraient apporter à l'œuvre commune. « On lui a répondu, dit le procès-verbal de la conférence, que dans l'état où sont les choses, n'ayant plus de barrière , il paraît qu'il est absolument impossible d'empêcher l'invasion des Pays-Bas. On lui a représenté le mauvais état de nos propres frontières, le manque d'argent, l'impossibilité de faire face partout,... que cependant nous pensons à nous mettre en état de défense au moyen d'une augmentation de troupes , en mettant nos frontières en état et en pourvoyant nos magasins. »

(1) Holdernesse à Newcastle, 2 mai 1755.

(2) Newcastle à Holdernesse, 6 mai 1755.

(3) Anna, fille du roi George II, veuve du prince d'Orange, régente des Provinces-Unies.

(4) A cette conférence furent présents, outre Holdernesse et le colonel Yorke, le prince Louis de Brunswick, commandant des troupes hollandaises, Charles de Bentinck, Stein, le greffier Fayel, le trésorier général Hop, et le secrétaire Larrey. — Voir le protocole d'une conférence tenue à la Haye, le 8 mai 1755. Archives diplomatiques. Record Office. Londres.

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