CONFERENCE A LA HAYE
Sur l'invitation des délégués, les questions de Holdernesse et leurs réponses furent couchées sur le papier. D'après ces dernières, les représentants des Provinces-Unies déclarèrent que la concentration, à Namur, des troupes chargées de couvrir la province, était indispensable, et qu'ils étaient disposés à s'entendre avec le gouverneur autrichien pour l'évacuation définitive des places de Tournay, Ypres, Fumes et Dendermonde , et pour l'envoi à Namur de l'artillerie des forteresses abandonnées; quant à leurs propres forces, elles seraient à peine suffisantes pour la protection du territoire de la République. Les Hollandais terminaient en priant l'Angleterre de prendre à sa charge les subsides dus à la Saxe et à la Bavière , (( ce qui facihterait extrêmement toutes les autres mesures ici » , et en demandant, à leur tour, « ce qu'en cas d'attaque la République peut attendre de ses alliés » .
Les explications du ministre anglais ne durent pas leur paraître des plus satisfaisantes : « Mylord Holdernesse nous a informés des propositions déjà faites par le roi à la cour de Vienne , de Fétat de la négociation avec la Russie , des mesures prises pour conserver la tranquillité de l'Italie, des bonnes dispositions de la cour d'Espagne, de la négociation pour les 8,000 Hessois; que de tout cela résulteraient des moyens de défense, que le roi n'en épargnerait aucun pour soutenir la République ; que pour le présent, il ne pouvait en dire davantage. »
A la lecture du protocole de la conférence de la Haye, le ministère Newcastle put se convaincre que les États Généraux , pas plus que l'impératrice , ne se souciaient de tirer les marrons du feu pour l'Angleterre. Il était manifeste que ces deux puissances se considéraient à bon droit comme étrangères au conflit américain ; peu désireuses de voir la guerre s'étendre à l'Europe , elles ne s'engageraient qu'à la condition de voir leur allié maritime augmenter son concours militaire et financier. Or, l'accrois-
sèment de dépenses, pour lesquelles il faudrait solliciter des crédits du Parlement, était la grande préoccupation du roi, de Newcastle et de ses collègues; elle reparaît à chaque instant dans la correspondance (1), et c'est elle qui fera échouer les pourparlers avec la cour de Vienne.
En effet , tous les efforts de Keith , de Fleming , ministre de Saxe à Vienne, partisan zélé de l'alliance anglaise , de Colloredo, qui était rentré en Autriche pour agir auprès de sa cour, se heurtèrent au refns absolu de dégarnir les États héréditaires pour renforcer le corps d'armée destiné aux Pays-Bas. « Cette cour, écrit Keith (2) , a toujours le regard fixé sur le roi de Prusse ; elle est jalouse de lui et de tout ce qu'il fait; aussi les mesures qu'elle prend sont-elles inspirées par ce qui leur parait être leur intérêt en ce qui regarde ce prince. M. Kaunitz m'a dit l'autre jour que Sa Majesté ne considérerait pas, il l'espérait bien, l'impératrice comme une alliée contre la France , mais aussi contre le roi de Prusse, qui, quoique moins puissant, était au moins aussi dangereux. Il a remarqué, avec beaucoup de raison, que l'avènement de cette puissance nouvelle avait bouleversé le vieil équilibre de l'Europe ; le seul moyen de le rétablir était de s'assurer des Russes; il paraissait même croire qu'il n'y avait là qu'un palliatif et que le seul remède radical serait le rétablissement de l'ancien état de choses. »
Quand le roi George et son entourage eurent connaissance de la réponse de l'Autriche , leur émotion fut grande. « La cour de Vienne, écrit Holdernesse (3), refuse absolument d'envoyer des troupes aux Pays-Bas , tant que notre traité avec la Russie ne sera pas conclu et signé. Je n'ai jamais vu le roi aussi inquiet qu'il l'est depuis cette nouvelle. »
(1) Newcastle à Flemiag, 28 avril 1755. Newcastle à Holdernesse, 23 mai 1755, etc., etc.
(2) Keith à Newcastle, particulière, 22 mai 1755.
(3) Holdernesse à Newcastle, 28 mai et l«" juin 1755.