TRIBUS INDIENNES
glais pour assimiler et soumettre à leur pouvoir la population française de la péninsule, avaient échoué devant la résistance passive mais ferme des Acadiens. Ceux-ci, dont le nombre et le bien-être avaient rapidement cru pendant les longues années de tranquillité de la première moitié du siècle, et qui atteignaient déjà un total de 10,000 à 12,000 âmes, se considéraient comme neutres et se maintenaient dans un véritable état d'indépendance vis-à-vis de leurs nouveaux maîtres, dont ils ignoraient la langue et détestaient la religion.
Les Français avaient conservé quelques établissements sur la rivière Saint-Jean, et sur les rives septentrionales de la baie de Fundy, qui gardait encore son vieux nom de baie Française ; autour de ces centres étaient venues se grouper quelques familles acadiennes et des indigènes appartenant aux tribus des Abenakis, des Malécites et des Micmacs. Sur les uns et les autres , l'influence française était absolue , grâce à l'activité et au prestige des missionnaires qui desservaient ces stations, grâce aussi aux subsides en vivres et en munitions distribués par leurs soins.
Il nous reste, pour compléter le tableau, à dire quelques mots sur l'attitude des tribus indiennes qui habitaient les territoires dont les puissances rivales se disputaient la souveraineté. La majorité de ces sauvages était favorable à la France. Us avaient vite senti la différence entre les procédés et la conduite des deux nations; jaloux des terrains de chasse indispensables pour leur subsistance, nomades par tempérament et par nécessité, les Indiens regardaient comme l'ennemi de leur race l'Anglo-Saxon , froid, hautain, tenace, colonisateur par essence ; c'est avec des sentiments de colère et de haine qu'ils le voyaient défricher les bois et mettre en culture les terres dont ils s'étaient laissé dépouiller dans un moment d'ivresse ou moyennant un prix dérisoire. Ils étaient, au contraire, tout disposés à faire bon accueil aux Franco-Canadiens,
gens gais, frivoles, pleins d'entrain, enclins à adopter leurs goûts et leurs usages, à partager leurs plaisirs, qui venaient chez eux pour trafiquer et sans aucune pensée d'établissement définitif.
Pour peindre les tendances des indigènes , nous ne pouvons mieux faire que citer le langage que tenaient à leurs compatriotes iroquois les Indiens du parti français , dans un conseil secret tenu à Montréal en octobre 1754 (1) :
« Ignorez-vous, nos frères, quelle différence il y a entre notre Père et l'Anglois? Allez voir les forts que notre Père a établis , et vous y verrez que la terre sous les murs est encore un lieu de chasse, ne s'étant placé dans ces endroits que nous fréquentons que pour nous y faciliter nos besoins, lorsque l'Anglois, au contraire, n'est pas plutôt en possession d'une terre que le gibier est forcé de déserter, les bois tombent devant eux , la terre se découvre et nous trouvons à peine chez eux de quoi nous mettre la nuit à l'abri.. »
En cette circonstance comme en maintes autres , le gouverneur du Canada trouvait des auxiliaires précieux pour sa politique chez les sauvages domiciliés, établis dans la province et répartis dans cinq villages situés aux environs de Québec et de Montréal. Ces Indiens, convertis au catholicisme, très attachés à des pratiques religieuses qui, grâce à la tolérance des missionnaires, n'étaient pas inconcihables avec leurs coutumes barbares en temps de paix et leurs cruautés habituelles en temps de guerre, étaient toujours prêts à prendre la hache contre les Anglais; ils fournissaient aux expéditions françaises d'excellents éclaireurs, des guides de premier ordre et servaient fréquemment d'intermédiaires pour les négociations engagées avec les tribus païennes de l'intérieur.
(1) Procès-verbal annexé à la dépêche de Duquesne au ministre, 31 octobre 1754. (Archives des colonies.!