‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 61 sur 249 · PROPOSITIONS ANGLAISES A VIENNE · texte numérisé non relu

PROPOSITIONS ANGLAISES A VIENNE

3Ialgré cette défaite, il était impossible de laisser tomber la négociation; il fallait profiter du répit que donnait la continuation des pourparlers de Londres avec le duc de Mirepoix pour tenter de nouveaux efforts auprès de l'impératrice. Le ton des dépêches qu'Holdernesse adressa à Keitli (1) se ressentit de la « pique que le roi George avait contre la cour de Vienne, et de sa juste colère » au sujet de ses procédés. Après des récriminations très vives sur la conduite de l'Autriche , sur l'abandon des forteresses , le ministre anglais revient à la charge : « Vous voudrez bien insister avec le plus de vigueur possible auprès des ministres autrichiens, pour l'envoi immédiat de 30 à 35,000 hommes dans les Pays-Bas ; cette mesure doit être le préliminaire indispensable pour l'entente future à établir. » Il exprime l'espoir d'une prompte conclusion du traité russe; « mais, ajoute-t-il , le temps presse , je ne dois pas vous cacher que les opérations par terre en Amérique auront probablement été entamées pendant le mois d'avril, et je n'oserai pas affirmer si les Français considéreront des voies de fait dans cette partie du monde comme une raison valable pour une déclaration de guerre contre le roi mon maître , ou pour une attaque contre ses alliés ou contre ses possessions sur le continent d'Europe. Quoi qu'il en soit , il est très probable que les hostilités auront lieu entre les escadres quand elles se rencontreront en Amérique. »

Holdernesse n'est rien moins que content du chancelier autrichien. Kaunitz, dans une conversation avec Keitli, avait exprimé la crainte que la marche de renforts sur les Pays-Bas, loin d'empêcher l'action des Français, serait de nature à la provoquer. Ce raisonnement remplit d'indignation le ministre du roi George. « Le comte de Kaunitz, écrit-il, qui a vu, qui doit avoir une connaissance suffisante des maximes de la cour de France, peut- il croire

(1) Holdernesse à Keith, les 30 et 31 mai 1755.

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réellement qu'elle attendra un prétexte pour mettre ses projets à exécution? La conduite de la cour de Versailles, alors qu'elle a violé le traité de la Sanction pragmatique au commencement de la dernière guerre , n'a-t-elle pas ouvert les yeux de Sa Majesté Impériale et de tous ses serviteurs fidèles? L'argument que les Français n'ont fait aucun mouvement important , aucun préparatif pour une invasion des Pays-Bas , est-il applicable aux circonstances présentes, alors que c'est une vérité notoire que les Français , dans un espace de deux fois vingt-quatre heures, peuvent s'emparer de ce qui était jadis une barrière?... Mais je n'ai pas besoin de vous en dire plus long sur ce qu'ils pourraient faire; je regrette de constater que le comte de Kaunitz a essayé de dissimuler ce qu'il pense de leurs projets. Je dis dissimuler, parce qu'il est impossible que ce qu'il vous a dit sur ce sujet soit l'opinion d'un homme de bon sens, encore moins celle d'un ministre qui a son expérience et qui a été comme lui employé en France. »

Les dernières propositions anglaises furent examinées, les 12 et 15 juin, par le conseil autrichien en présence de l'empereur et de l'impératrice, et donnèrent lieu à une réponse verbale, dont le précis fut communiqué à Keith, et à une réponse écrite, que ce ministre fut chargé de remettre à son gouvernement. Tout d'abord, M. de Kaunitz, dans la première pièce, reproduit les griefs de sa cour sur le ton et les procédés anglais (1). « On n'a pu être que très étonné de voir les représentations, que vient de faire M. Keith, à tel point opposées à ce que l'on croyait avoir lieu d'attendre que certainement, si les armées de l'Impératrice étaient à la solde de la Grande-Bretagne, on ne pourrait point en disposer plus décisivement...

(1) Précis de la réponse verbale donnée à M. de Keith sur les représentations qu'il a faites au chancelier d'État et de cour, comte de Kaunitz-Rietberg, en conséquence d'une lettre de mylord Holdernesse du l»"^ juin 1755. Record Office. Londres.

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