RÉPONSE DE L'IMPÉRATRICE
« Pour persuader Sa Majesté l'Impératrice à donner les mains pour la défense des Pays-Bas et de la Hollande , l'on commence par nous reprocher ce que l'Angleterre a fait pour la cause de la maison d'Autriche en différents temps. Toute l'Europe sera sans doute, sur cet objet, d'accord avec la cour de Vienne; et personne n'ignore que si la maison d'Autriche a trouvé des secours utiles dans son alliance avec les Puissances maritimes, elle les a payés souvent du sang et de la ruine de ses sujets , pendant que ses alliés s'agrandissaient et s'ouvraient de nouvelles voies de commerce et de richesses. C'est à regret que nous nous voyons dans la nécessité d'opposer ces vérités à d'injustes et d'éternels reproches. »
Après ce préambule dont l'amertume est au diapason de l'aigreur britannique , le ministre rappelle les pourparlers entamés à Londres par le comte de Colloredo, le vœu manifesté par la cour de Vienne en faveur du maintien de la pai.x;, ses promesses de concours en cas de guerre, ses craintes du côté de la Prusse. « L'Impératrice, continue-t-il, en se déterminant, comme elle l'a fait d'abord, à laisser aux Pays-Bas toutes les troupes qu'elle y a pour la défense de la République et de l'Angleterre, et en prenant la résolution d'attaquer le roi de Prusse dès qu'il marcherait contre les États de Hanovre, se chargeait du soin d'occuper à ses risques le plus dangereux ennemi de l'alliance. Lord Holdernesse pendant son séjour à Bruxelles et la Haye a pu se convaincre de l'impossibilité de compter sur l'aide des Provinces-Unies; quant à l'Angleterre, quels sacrifices fait-elle? En échange des 35,000 hommes qu'on nous demande, on nous offre un traité à conclure avec la Russie, « si cette cour y est réellement disposée » , une convention pour l'emploi de 8,000 Hessois et le renouvellement des traités avec la Saxe et la Bavière. Sa Majesté Impériale avait clairement compris, dans sa déclaration du Casus foederis, l'électorat de Hanovre; Sa Majesté Britannique,
au contraire, ne lui promet rien en qualité d'électeur... Nous n'entrerons pas non plus dans le détail des arguments au moyen desquels on veut nous persuader que nous pouvons, dès à cette heure, faire assez de fond sur le secours russien pour pouvoir détacher sans risque des troupes pour les Pays-Bas. L'Angleterre n'imagine pas sans doute que nous ne comprenions parfaitement la grande différence qu'il y a d'un traité à faire à un traité conclu, de 60,000 Russiens sur le papier, dans des quartiers très éloignés les uns des autres, à 80,000 Prussiens qui peuvent se rassembler dans quinze jours de temps et fondre sur les États de l'Impératrice... Cependant, pour arrêter le cours de ces dissensions pernicieuses. Sa Majesté l'Impératrice, plus touchée du triste état de l'alliance que sensible aux procédés qu'on a pour elle , veut bien encore faire un dernier effort , en s'expliquant sans détour sur ce qu'elle peut faire pour ses alliés et sur ce qu'elle croit devoir exiger d'eux. Et en conséquence elle a donné ordre d'en faire part, par écrit, à M. Keith. »
Dans la note écrite, nous trouvons résumées les offres de l'Autriche : « L'Impératrice veut bien s'engager, indépendamment des garnisons de Luxembourg et de Namur, à mettre 30.000 hommes en campagne aux Pays-Bas encore cet été, à condition cependant sine qua non : 1" qu'il s'y trouvera dans le même temps en campagne 20,000 hommes de troupes anglaises ou à la solde de l'Angleterre ; T que la République y aura dans le même temps, et joindra à l'armée combinée , ses contingents déterminés par le traité de la Barrière, ou du mohis 8,000 hommes; et 3° dans la ferme confiance que Sa xMajesté Britannique voudra bien s'expliquer clairement sur les secours qu'en vertu des traités elle se propose de donner à Sa Majesté l'Impératrice, tant en qualité de roi qu'en qualité d'électeur ; k° que Sa Majesté Britannique s'engage à conclure le plus tôt possible les traités subsidiaires qu'elle a déjà déclaré vouloir faire.