ULTIMATUM DE L'IMPERATRICE
et à employer pour la défense de l'Impératrice contre le roi de Prusse les Russiens qui passeront à la solde de l'Angleterre, nul arrang-emenk aussi bien ne pouvant faciliter autant à Sa Majesté l'Impératrice le moyen d'empêcher ce prince d'attaquer les possessions de ses alliés; 5° que Sa Majesté Britannique emploiera les moyens nécessaires pour s'assurer du roi de Sardaigne, de façon qu'il n'y ait rien à craindre pour l'Italie ; et enfin 6° que sur tous ces articles, on dressera et signera provisionnellement une convention, en se réservant de part et d'autre de convenir du commandement de l'armée des Pays-Bas, d'un plan d'opérations et de tous les détails qui en dépendent.
« Sur ce pied, les troupes de Sa Majesté l'Impératrice se mettront en marche pour les Pays-Bas , dès que l'on aura l'avis certain que les 20,000 hommes à la solde de l'Angleterre sont en mouvement pour s'y rendre, et qu'il sera parvenu à Sa Majesté la déclaration positive de Sa Majesté Britannique sur tous les autres articles détaillés ci-dessus. »
Il suffit de parcourir les dépêches de Holdernesse et les longs mémoires de Kaunitz, pour voir que si les deux cours n'étaient pas d'accord sur les conditions de l'action commune, elles l'étaient encore moins sur le langage et les procédés qui auraient pu amener une entente.
Avant même d'avoir reçu les pièces que nous venons d'analyser, la cour de Hanovre se met à douter des bonnes intentions du chancelier de Marie-Thérèse; elle veut être renseignée sur les instructions données au comte de Stahremberg , représentant de l'Autriche à . Paris , et sur une conversation de ce dernier avec M. Rouillé. « Ce n'est pas la première fois , écrit Holdernesse (1), que le comte Kaunitz a affecté un mystère peu obligeant et inutile , même pour des choses insignifiantes ; mais dans le cas actuel , il y a quelque chose d'exceptionnellement obscur dans les agis-
(1) Holdernesse à Keith, 17 juin 1755.
sements du ministre impérial, et je ne dois pas vous cacher que d'autres cours commencent à soupçonner quelque duplicité dans la cour de Vienne. »
Par le même courrier, le ministre du roi George insiste pour obtenir une réponse catégorique aux trois questions suivantes : 1° Dans le cas d'une attaque contre le Hanovre , par la France ou par ses alliés, la cour de Vienne est-elle déterminée à assister le roi George? 2° Quels seront le nombre et la composition des corps d'armée que l'Autriche fournira pour cet objet? 3" Dans combien de temps ces troupes seront-elles prêtes à marcher?
On peut s'imaginer les sentiments que dut éveiller dans l'esprit de Kaunitz et de sa souveraine une pareille demande, où perçaient les préoccupations personnelles du roi George et le tranquille égoïsme de la politique anglohanovrienne. Aux interrogations de Holdernesse le cabinet autrichien opposa une fin de non-recevoir absolue, et Keith, malgré ses plaidoiries persistantes (1), fut renvoyé à la note du 15 juin, qui devait être considérée comme l'ultimatum de l'impératrice-reine.
A Herrenhausen , la réponse verbale et la réponse écrite ne reçurent pas un meilleur accueil. « Il serait bien inutile, mande Holdernesse à Newcastle (2) , de vous décrire l'indignation du roi quand il a pris connaissance des pièces inconvenantes et offensantes qui ont été communiquées à son ministre à Vienne... Pour le moment, le roi m'a ordonné de ne pas répondre à la dépêche de M. Keith. » Toutefois, le délégué du cabinet de Saint -James ne croit pas possible de repousser les propositions autrichiennes ; il s'émeut des sacrifices que l'on impose à l'Angleterre et s'en réfère à son chef dont il suivra les instructions, et qui « lui donnera une nouvelle preuve de son amitié en lui
(1) Keith à Holdernesse, 27 juin 1755.
(2) Holdernesse à Newcastle, 29 juin 1755.