‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 65 sur 249 · CRISE MINISTÉRIELLE A LONDRES · texte numérisé non relu

CRISE MINISTÉRIELLE A LONDRES

(ieorge ne peut se résigner à renoncer au projet qu'il avait élaboré de concert avec ses ministres hanovriens ; il ne veut pas qu'on lui parle d'abréger son séjour sur le continent, et fait retomber sur HoJdernesse le poids de son mécontentement (1). « J'ai été reçu ce matin, écrit ce dernier, comme un chien dans un jeu de quilles. Quand on envisage de près le moment de partir, l'on devient d'une humeur terrible. »

Malgré la répugnance qu'il rencontre de la part de son souverain, Holdernesse obéit aux suggestions deNewcastle, mais il ne peut s'empêcher de manifester les regrets que lui cause le renversement de la politique suivie jusqu'alors par l'Angleterre. « Je frémis, dit-il (2), à la pensée d'abandonner le système du continent, quoique je sente la force des raisonnements dont vous vous servez dans vos lettres officielle et particulière... Jamais je ne croirai que les avantages les plus grands que nous pourrons emporter en Amérique compenseront le danger de voir la France occuper la Flandre , s'emparer d'Ostende , d'Anvers et peut-être de Flessingue, tandis que nous resterons seuls, sans un allié à opposer à un ennemi aussi supérieur. » La grosse question pour le moment est la rentrée à Londres : « Le roi, écrit-il àNewcastle (3), ne veut pas admettre l'utilité ou la nécessité de son retour. Il y a assez de rois en Angleterre, m'a-t-il dit, je ne suis rien là-bas; je suis vieux et ai besoin de repos; si je rentre, on ne fera que me taquiner et m'en-

nuyer au sujet de cette s Chambre des communes.

Nous nous sommes séparés bons amis et je puis vous assurer que ni vos conseils sur les Affaires Étrangères, ni vos insinuations sur un retour prochain en Angleterre , n'ont fait la moindre impression à votre désavantage, quoique

(1) Holdernesse àNewcastle. « Entre nous u, 23 juillet 1755, les mois en italiques sont en français dans les lettres.

(2) Holdernesse à Newcastle. « Entre nous », 30 juillet 1755.

(3) Holdernesse à Newcastle. « Entre nous », 3 août 1755.

nous soyons fort tristes à ces deux occasions; mais, ma foi, je crois que le retour est encore ce qui lui tient le plus au cœur. »

Les pourparlers qu'on entama pendant la dernière partie du séjour à Hanovre avec le duc de Brunswick, et par son entremise avec le roi Frédéric (1), eurent raison sans doute des dernières résistances de Holdernesse. Le 6 août, après avoir laissé pendant plus d'un mois sans réponse les propositions de Vienne , il signifia à Keith , par quelques mots secs et hautains, qu'elles n'auraient pas de suite : « Il me serait facile, écrit-il (2), de réfuter les arguments faux de la pièce ridicule que vous avez jointe à votre dépêche du 19 juin, mais ce serait entrer sans nécessité dans une altercation inutile ; ceux qui ne veulent pas entendre siffler le serpent n'acquerront l'expérience que quand ils seront mordus. Les ministres impériaux ont été bien souvent informés que le roi d'Angleterre ne voudrait, ni ne pourrait participer aux affaires du continent, qu'autant que les Hollandais lui prêteraient quelque secours; les ministres de l'empire ont tellement fortifié le pouvoir de leurs ennemis dans ce pays, entravé à un tel point la possibilité d'une action vigoureuse de leurs amis, qu'aucun des projets concertés avec la princesse royale , pendant mon séjour à la Haye, n'a pu être mis en exécution. Je ne veux pas vous relater tous les propos et toutes les suppositions auxquels a donné heu, en Hollande et en Angleterre , la conduite déplaisante et mal raisonnée des ministres de Leurs Majestés, mais vous vous rendrez compte de la teneur et de l'effet de ces commentaires, quand vous apprendrez que je n'ai aucune communication à vous faire, de la part du roi, au sujet du contenu de vos dépêches. »

Ainsi finit la négociation avec l'Autriche. Elle ne fut pas

(1) Voir plus loin le récit de ces pourparlers.

(2) Holdernesse à Keith, 6 août 1755.

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