FIN DE LA NÉGOCIATION AVEC L'AUTRICHE
reprise , et les rapports entre les deux gouvernements devinrent de plus en plus froids jusqu'à la brouille définitive, qui n'eut lieu que deux ans plus tard.
La cour de Vienne sut interpréter le silence du cabinet de Saint-James; le refus de l'Angleterre de s'engager du côté de l'Allemagne était significatif. Contre Frédéric, il n'y avait évidemment rien à espérer des Puissances maritimes, aussi Marie-Thérèse se décida-t-elle à offrir à l'adversaire héréditaire de la maison de Habsbourg, au roi de France , l'alliance que l'Angleterre repoussait avec dédain. Dès la fin de ce même mois d'août 1755, le comte de Stahremberg reçut l'ordre de faire les ouvertures qui aboutirent au renversement de l'équilibre européen.
S'il est juste de rendre hommage à l'esprit de suite et de logique qui dirigea les conseils de l'Autriche et qui inspira sa conduite, il serait difficile de ne pas signaler les contradictions, les hésitations et l'incohérence de la politique anglaise. Sans doute, il eût été très agréable aux contribuables du Royaume-Uni d'obtenir le concours de l'Autriche et de la Hollande pour la protection des Pays- Bas sans bourse délier, ou tout au moins sans encourir d'autres dépenses que celles de la convention hessoise et du traité projeté avec la Russie; sans doute, il y avait tout avantage à conserver pour la marine britannique et pour l'Amérique les ressources du budget, à retenir pour la défense de l'Angleterre le peu de soldats nationaux dont pouvait disposer cette puissance. Mais une fois convaincus qu'un marchandage ultérieur serait inutile, que les conditions de l'Autriche étaient un ultimatum, les hommes d'État de la Grande-Bretagne nous semblent avoir agi avec une singulière légèreté et une rare imprévoyance , en déclinant un arrangement dont le rejet laissait leur patrie dans un isolement des plus dangereux.
La résolution prise à l'égard des propositions de la cour de Vienne coïncida, il faut le reconnaître, avec les pre-
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mières avances au roi de Prusse. La visite des princesses de Brunswick à Herrenhausen , pendant laquelle on parla pour la première fois d'une réconciliation avec Frédéric, eut lieu au commencement de juillet; la note que Holdernesse fit remettre à ce prince est datée du milieu d'août ; enfin c'est vers la même époque que la correspondance entre Newcastle et son collègue , contient la première expression des espérances que faisaient concevoir les lettres reçues de Potsdam, par l'entremise du duc de Brunswick. Mais les propos échangés étaient encore trop vagues, l'attitude de Frédéric trop réservée, pour qu'il fût possible de faire fond sur la rupture par ce prince des liens qui l'attachaient à la France. Aussi estimons-nous que , si l'espoir d'une entente avec la Prusse fut une fiche de consolation pour la diplomatie anglaise , il ne pesa que d'un poids bien faible sur les décisions du cabinet de Londres. C'est avant tout à des considérations purement britanniques et parlementaires qu'il faut attribuer l'échec des négociations avec l'Autriche.
Par suite de l'abandon de ses vieilles amitiés , l'Angleterre restait absolument isolée en Europe. Les hostilités commencées contre la France sur mer et en Amérique devaient, selon les prévisions, s'étendre au continent et amener, à titre de représailles, l'invasion du Hanovre par les armées de Louis XV. A cette attaque , le roi George ne pouvait opposer que ses Hanovriens, les 8,000 Hessois qu'il venait de prendre à sa solde, et les Saxons, dont le concours, promis par un traité sur le point d'expirer, pouvait être considéré comme des plus problématiques. Le roi de Prusse n'avait fait qu'une réponse évasive aux ouvertures du ministère britannique; rien n'autorisait à croire qu'il eût déserté son ancien allié. La conduite passée de ce prince, son caractère inquiet, et l'absence de scrupules qui caractérisait ses actes quand son intérêt était en jeu, permettaient de supposer qu'il prendrait part