ISOLÉMENT DE L'ANGLETERRE
à la guerre s'il y voyait avantage , et que la perspective d'un agrandissement de ses États aux dépens du Hanovre ne le laisserait pas indifférent.
Le traité avec la Russie n'était pas encore signé , les vues de cette cour paraissaient bien incertaines ; les Hollandais , divisés et peu disposés à se mêler à la lutte , ne pouvaient être entraînés que par l'action combinée et énergique de Vienne et de Londres; Marie- Thérèse elle-même, réduite à ses propres forces, ne ferait pas grands efforts pour la défense des forteresses des Pays-Bas; peut-être même se résignerait-elle, comme semblaient l'indiquer les conversations de Stahremberg avec Rouillé , à une convention de neutralité avec la France. Dans des conditions pareilles, la sécurité du roi George , de l'Angleterre elle-même , n'exigeait-elle pas le léger sacrifice d'hommes et d'argent que réclamait l'impératrice -reine pour la cause commune?
Faut-il voir, dans Newcastle , l'initiateur de cette politique insulaire, habile selon les uns, égoïste selon les autres, d'après laquelle la Grande-Bretagne doit se désintéresser des conflits du continent européen pour se consacrer tout entière à ses intérêts maritimes et coloniaux? Pour combattre une telle appréciation, nous n'aurions qu'à comparer les hésitations de Newcastle avec la décision de son successeur, Pitt (1), qui obtint du Parlement anglais des sacrifices énormes pour soutenir le roi Frédéric pendant la guerre de sept ans, et qui envoya les régiments britanniques participer aux opérations militaires de l'Allemagne. Les préoccupations constantes et mesquines du premier ministre anglais ne laissaient aucune place aux grandes conceptions, aux projets de vaste envergure. Plaire au roi, sans mécontenter la Chambre des communes , sacrifier l'avenir, dont il n'essayait même pas de calculer les probabilités , au pré-
(l) Newcastle lui-même fit partie du cabinet de juin 1757, dont Pitt était le chef.
sent qui assurait son maintien au pouvoir, tromper ses adversaires, ruser avec ses amis, obtenir le plus en donnant le moins : tels furent les principes qui dictèrent la conduite de Newcastle, et dont l'application aux négociations avec FAutriche aboutit au résultat négatif que nous venons de constater.
Quoi qu'il en soit, et quelque contradictoire que puisse paraître la ligne suivie, le gouvernement anglais, tout en se désintéressant de la guerre sur le continent, n'en continua pas moins ses efforts pour terminer le traité russe, depuis si longtemps sur le tapis. L'envoyé Williams (1) avait été autorisé à élever le montant des subsides annuels offerts à la Russie ; grâce à cette concession importante , grâce aux sommes libéralement distribuées à la cour de Saint- Pétersbourg, les signatures purent être échangées le 19/30 septembre 1755 (2). D'après les clauses de cette convention qui devait avoir une durée de quatre ans, une alliance défensive existerait entre les deux puissances. La Russie maintiendrait en Livonie un corps de 55,000 hommes , sur lesquels , dans le cas de l'attaque des États du roi d'Angleterre ou de ses alliés, et sur la réquisition de ce prince, un corps de 45,000 hommes serait mis en mouvement par terre, et un détachement de 10,000 soldats transporté par mer; le gouvernement anglais aurait également à sa disposition une escadre russe de 40 à 50 galères avec leurs équipages. La garantie d^s Etats du roi s'étendait â l'électorat du Hanovre, L'Angleterre s'engageait à envoyer ses vaisseaux dans la mer Raltique en cas de guerre, à obtenir du roi de Pologne le libre passage pour les forces moscovites, à verser une subvention annuelle de 500,000 livres sterling, à compter du jour où le corps d'armée aurait
(1) Holdernesse à Williams, 17 juin 1755.
(2) Le traité anglo-russe de 1755 est signé par sir Hanbury "Williams, ambassadeur d'Angleterre, le grand chancelier Bestushew et le vice-chancelier Woronzow.