TRAITÉ DE PÉTERSBOURG
franchi les frontières, à payer par an 100,000 livres sterling pour son entretien pendant la paix.
Enfin, un article séparé et secret contenait « l'engagement de s'entre-communiquer, confidentiellement et fidèlement, tout ce qui pourra avoir trait à quelque négociation avec l'ennemi commun ».
En acceptant cette condition, le chevalier Williams, imbu des principes de l'alliance autrichienne , jusqu'alors considérés comme la base de la politique étrangère de sa cour, avait cru faire merveille.
A Londres, dans les cercles ministériels, l'impression ne pouvait pas être aussi favorable. L'opposition grandissante contre la guerre continentale et contre le système de subsides, le langage des hommes d'État dont Newcastle recherchait le concours pour reconstituer son ministère , faisaient prévoir des difficultés parlementaires, que la connaissance du nouveau traité ne serait pas de nature à aplanir. D'autre part, les pourparlers entamés avec le roi de Prusse pendant les mois d'été faisaient espérer, sinon une réconciliation sincère, tout au moins une amélioration dans les rapports avec ce monarque. Il était possible qu'on obtînt de lui une déclaration de neutralité; et si cette perspective se réalisait, le secours des Russes, désormais inutile contre la Prusse, servirait à protéger le Hanovre contre une entreprise française.
La marche des événements, la crise ministérielle, la lenteur des communications entre Londres et Pétersbourg , n'avaient pas permis de mettre l'ambassadeur anglais au courant du changement de situation. Nev^castle essaya de réparer cette omission; il écrivit à Williams une lettre (1) , dans laquelle il observait que la rédaction proposée , pour la convention qu'on allait conclure , reposait sur la supposition d'une attaque du Hanovre par le roi de
(1) Newcastle à Williams, 2 octobre 1755.
Prusse, regardé jusqu'alors comme l'ennemi commun des deux pays; que cette hypothèse n'était plus vraisemblable et qu'il y avait lieu de reviser le texte en conséquence. Quand cette dépêche parvint à Saint-Pétersbourg , il était trop tard : l'acte officiel était signé depuis plusieurs jours.
En dépit du dissentiment qui , comme nous le verrons, s'accusa de plus en plus entre les cours de Russie et d'Angleterre, sur l'interprétation de l'expression « ennemi commun » contenue dans l'article secret , malgré l'inexécution d'arrangements sur le but desquels on ne put se mettre d'accord, la convention de Pétersbourg eut une influence capitale sur les événements, et constitua un avantage réel pour l'Angleterre. Ce fut, en effet, la nouvelle de la conclusion, et l'impression exagérée que le roi Frédéric conçut du prestige anglais à la cour de la czarine, qui décidèrent ce prince à écouter les ouvertures du cabinet de Saint-James et à se lier avec lui par le traité de Westminster.
Comme on le voit, les résultats de la campagne diplomatique entreprise par le ministère anglais pendant le séjour du roi George au Hanovre , étaient dans leur ensemble fort contradictoires, et en tout cas très inattendus.
C'est avec raison que Holdernesse, à la veille de rentrer à Londres, écrivait à Newcastle (1) : « Vous devez reconnaître quelle différence énorme il y a entre les vues de l'Angleterre aujourd'hui, et celles qu'elle entretenait quand je suis parti de Londres. »
Au moment où les ordres donnés à l'amiral Boscawen rendaient inévitable la rupture avec la France , les ministres anglais visaient pour leur politique étrangère un triple objectif : resserrer les liens de l'alliance avec la Hollande et l'Autriche, obtenir la neutralité bienveillante de l'Espagne, et s'assurer par des traités de subsides l'aide
(1) Holdernesse à Newcastle. « Entre nous», La Haye, les septembre 1755.