‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 71 sur 249 · MÉMOIRE SUR LA POLITIQUE ETRANGERE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE SUR LA POLITIQUE ETRANGERE

Les conseillers de Louis XV songèrent tout d'abord à chercher dans les Pays-Bas autrichiens et en Allemagne une compensation aux pertes auxquelles on était exposé. L'Angleterre , plus forte sur mer et en Amérique , était vulnérable du côté du Hanovre, que le roi George plus Allemand qu'Anglais , plus attaché à son électorat qu'à son royaume, aurait à cœur de défendre avec ses troupes et celles de ses alliés. L'intervention de ces derniers, parmi lesquels figurait au premier rang l'impératrice-reine de Hongrie, serait le prétexte de l'occupation des Pays-Bas, qui serviraient de gage , comme dans la dernière guerre , pour le recouvrement des territoires dont les Anglais pourraient s'emparer dans le Nouveau Monde. Pour la lutte à engager, la France devrait faire appel au concours du roi de Prusse, qui ne résisterait probablement pas à l'appât d'un agrandissement de ses États , aux dépens d'un oncle cordialement détesté.

Pour nous rendre compte de l'opinion dans les cercles officiels, nous aurons recours à un mémoire (1) de l'époque, dont Fauteur, probablement un commis des Affaires Étrangères , analyse à grands traits la situation et dépeint avec clarté les préoccupations et les desseins de la cour de Versailles. Tout d'abord, il constate la supériorité probable des Anglais en Amérique et sur mer; et de cette constatation il déduit la nécessité d'une « diversion par terre, vigoureuse et bien combinée », dont le théâtre tout indiqué sera la province des Pays-Bas. « Mais quelle raison légitime, ou môme quel prétexte plausible aurons-nous à faire valoir pour justifier l'attaque des Pays-Bas? L'impératrice-reine à qui ils appartiennent n'aura eu nulle part, ni directe ni indirecte, à la guerre qui nous sera suscitée par les Anglais. Cette princesse fait même déclarer d'avance à Vienne

(1) Mémoire, 18 mars 1755. Archives des Affaires étrangères : Angleterre, quatre premiers mois 1755.

par le comte de Kaunitz, et à Versailles par le comte de Stahremberg, qu'elle voit avec une peine extrême les apparences d'une rupture prochaine entre la France et l'Angleterre. La cour de Vienne a même demandé formellement si, dans le cas d'une guerre entre la France et l'Angleterre, le roi attaquerait les Pays-Bas. Il est évident que c'est le seul endroit où le roi puisse porter la guerre avec avantage ; mais après des déclarations si précises de la part de la cour de Vienne , il ne serait guère possible de prendre ce parti sans l'avoir fait précéder de toutes les démarches convenables et nécessaires, pour éviter le reproche d'une invasion injuste et violente. »

Le mémoire met au premier rang des mesures à prendre le rétablissement des fortifications de Dunkerque (1). « On croit qu'en même temps qu'on fortifiera cette place, il faudra : V réclamer la garantie de toutes les puissances qui ont concouru au .traité d'Aix-la-Chapelle;

« 2° déclarer à la cour de Vienne et aux États Généraux des Provinces-Unies que, le roi d'Angleterre étant l'agresseur, la France est en droit de leur demander des secours, mais que Sa Majesté se borne à exiger de leur fidélité à leurs engagements qu'ils ne formeront aucune opposition aux mesures auxquelles le roi s'est déterminé; ... que l'intention de Sa Majesté est d'envoyer une armée dans l'Electorat de Hanovre, et que, pour exécuter ce dessein, le roi demande aux deux puissances de retirer leurs troupes de toutes les places méditerranéennes des Pays-Bas et de la ville de Maëstricht, et de s'engager par une convention formelle à ne pas permettre que les Anglais débarquent dans les places maritimes d'Ostende et de Nieuport, ou dans les pays soumis à la domination des Provinces.

« Pendant l'occupation française, les prérogatives de l'impératrice et des États Généraux seraient respectées,

(1) L'un des articles du traité d'Utrecht, reproduit par le traité d'Aix-la- Chapelle, interdisait à la France de fortifier le port de Dunkerque.

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