PROJETS POLITIQUES DE LA FRANCE
leur administration civile conservée. Le roi serait prêt à donner toutes les sûretés raisonnables que les deux puissances pourront exiger pour la restitution des Pays-Bas sans aucune restriction ; mais que les moments sont précieux, et qu'il n'y en a pas un seul à perdre. Cette proposition sera sans doute rejetée, ou du moins éludée, et dès lors le roi sera en droit de regarder la cour de Vienne et la République des Provinces-Unies comme complices du roi d'Angleterre, et par conséquent de s'emparer des Pays- Bas à main armée.
« 3° Il conviendra, en même temps qu'on fera cette demande, de requérir le passage de l'armée française par les États des princes dont il faudra traverser le territoire pour pénétrer jusqu'au Hanovre.
« 4° Il sera nécessaire de se concerter avec le roi de Prusse et les autres princes allemands qui sont alliés du roi, ou qui ont des troupes à sa solde.
« 5° Il sera également convenable de faire une déclaralion à la diète de l'Empire, dans l'esprit de celle qui y fut faite en 1733 au nom du roi. »
L'auteur du document conseillait enfin de sonder les intentions des cours de Madrid, Naples et Turin, sans leur « faire des réquisitions formelles , qui pourraient être prématurées ».
Un mémoire, rédigé vers la même époque par MM. Ledran et de Bussy (1), aboutit aux mêmes conclusions. Compenser les succès probables de la Grande-Bretagne sur mer et aux colonies par la menace d'un débarquement en Angleterre, par l'occupation des Pays-Bas, et par l'invasion du Hanovre ; se servir du Prétendant pour susciter des troubles au gouvernement de George II; resserrer sans perte de temps les liens de l'alliance avec le roi de Prusse ,
(1) Mémoire sur la rupture de l'Angleterre et la France en 1755. Angleterre. Mémoires. Documents. Vol. XLI.
« si on veut empêcher ce prince soupçonneux d'écouter les propositions des adversaires » ; l'employer contre le Hanovre si possible , le laisser neutre s'il préfère ce parti ; lancer contre l'Autriche la Porte Ottomane, se rapprocher de l'Espagne, et pendant ce temps continuer les négociations avec l'Angleterre : tel était le programme indiqué pour la politique à suivre par le cabinet de Versailles.
Aucune suite ne parait avoir été donnée à ces suggestions. D'après le comte de Stahrembcrg (1), et à en juger par les mémoires dont ils furent les auteurs, MM. de Puysieulx (2), de Saint-Severin et le maréchal de Noailles (3) se prononcèrent contre toute idée de guerre européenne, ce fut leur opposition qui fît rejeter la projet relatif aux Pays-Bas et au Hanovre. Il était peut-être difficile de justifier une agression contre les États d'une souveraine qui tenait à Paris le langage le plus pacifique, et qui déclarait se désintéresser d'un conflit auquel elle était complètement étrangère. Mais ces scrupules n'étaient guère de mode au dix-huitième siècle; ils n'avaient pas empêché la France de prendre part à l'attaque dirigée contre la même princesse après la mort de l'empereur Charles YI , ils n'eussent pas suffi à détourner le gouvernement de Louis XV de ses visées belliqueuses.
D'après nous, si le cabinet de Versailles ne prit aucune résolution et se borna à repousser l'idée d'une opération immédiate en Allemagne et en Flandre , il faut attribuer l'adoption de la politique d'atermoiement aux hésitations , à la paresse du monarque, à l'influence delà favorite très hostile à une guerre dont les accidents pouvaient ruiner son crédit, et surtout à la médiocrité des conseillers de la couronne, prêts à accepter du hasard des événements une déci-
(1) Stahremberg à Kaunitz, 18 juin 1756.
(2) Avis de Puysieulx , 21 juillet 1755. — Mémoire de Saint-Severin, 11 août 1755. Archives des Affaires Étrangères. — Mémoires et Documents , 54.
(3) Noailles au Roi, 20 juillet 1755, lettre citée, par C. Roussel.