ISOLEMENT DE LA FRANCE
tions du cabinet français, donne plus de précision à ses instructions ; il exprime son étonnement <( du parti faible » que prend la France , ne comprend pas « cette douceur » qui fera perdre au gouvernement français la considération dont il jouit en Europe; «. mais, » continue-t-il , « des pertes pour eux plus importantes encore , ce seront celles du temps et de l'occasion qu'on ne retrouve jamais quand on les laisse échapper, ainsi que toute leur conduite de modération ne leur fera ni dijfférer ni éviter la guerre générale que l'Angleterre leur prédestine. Voilà un raisonnement que je fais pour moi, et dont je crois qu'il sera trop tard pour faire usage envers eux. »
Puis, abordant la question des concours que la France pourrait rechercher, Frédéric déclare tout d'abord que son traité l'oblige à défendre les possessions de ce pays en Europe, mais point du tout celles d'Amérique. Il lui sera difficile de donner un avis sur l'article des alliances à contracter en Allemagne , « parce que le ministère français n'a ni projet ni système arrêtés. »
Le landgrave de Hesse-Cassel a traité avec l'Angleterre (1); l'électeur de Bavière et le duc de Wurtemberg sont trop voisins de l'Autriche pour agir sans l'assentiment de cette puissance ; le duc de Brunswick, si le mariage de sa fille avec le prince de Galles n'a pas lieu , sera prêt à renouveler sa convention avec la France , mais il demandera le « doublement » des subsides qui lui étaient accordés. Quant à la Saxe, les sentiments du comte de Brûhl sont trop connus pour qu'on puisse se fier à lui (2); « il se jouerait des ministres de France et ne manquerait pas de
(1) Le traité de l'Angleterre avec le landgrave de Hesse-Cassel avait été signé dès le 18 juin 1755.
(2) Le comte de Bruhl, ministre du roi de Pologne, électeur de Saxe, dans une dépêche à l'envoyé saxon à Londres, M. Wiedmarckter, en date du 21 septembre 1755 , informe ce dernier qu'il a communiqué au roi d'Angleterre l'oflfre du gouvernement français de conclure avec l'électeur-roi un traité de subsides. Miscellaneous Confidential. Record Office. Londres.
communiquer toutes les propositions qu'on lui avait faites aux cours d'Angleterre, de Vienne et de Russie. » « Les ministres de France peuvent se laisser balloter par le comte de Brûlil ; pour lui, il lui convient mieux d'avoir un ennemi connu que de l'avoir caché. »
Frédéric développe ensuite le plan d'action que la France aurait dû adopter. Il aurait fallu, selon lui, aussitôt après le départ de la flotte, augmenter de 100,000 hommes l'armée, exiger de la cour de Vienne l'exécution de ses engagements comme garante de la paix d'Aix-la-Chapelle; en cas de refus, envahir les Pays-Bas et détenir cette province comme équivalent du Canada. Entre temps on se serait entendu avec le Danemark; cette coopération assurée, un corps de 30 ou 40,000 Français pourrait, en empruntant le territoire des alliés, pénétrer dans les États électoraux du roi George ; il s'appuierait sur les places fortes de Dusseldorf et Wesel. L'occupation du Hanovre par les troupes françaises et danoises déterminerait Sa Majesté Britannique à solliciter la paix.
« Pour ce qui me regarde, moi, ajoute le roi, vous n'avez qu'à parler toujours aux ministres de France de la bonne volonté que j'avais de leur être utile; mais vous leur montrerez en même temps, d'un côté toutes les forces de la Reine-Impératrice réunies contre moi dans les pays héréditaires, et de l'autre côté une formidable armée des Russes qui allait s'assembler en Livonie, de sorte que vous les ferez juger eux-mêmes combien ces conjonctures me mettaient dans une inactivité parfaite, jusqu'au moment qu'on puisse les faire changer (1). »
Cet exposé si complet de la situation telle que l'envisa-
(1) La dépêche si importante du 9 août, que nous venons de résumer, fut expédiée au feld-maréchal Dessau, à Wesel, et de là, apportée à Paris par le lieutenant Hopeken, qui la remit le 15 août à Knyphausen. Elle figure cependant dans la collection des dépêches interceptées, au ministère des Affaires Étrangères.