‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 83 sur 249 · POURPARLERS SECRETS A LONDRES · texte numérisé non relu

POURPARLERS SECRETS A LONDRES

Braddock et la prise des forts de l'Acadie, la première émotion passée, les vues pacifiques du roi et de la favorite reprirent le dessus.

Aux négociations officielles rompues par le rappel de Mirepoix , avaient , en effet , succédé des pourparlers officieux entre les ministres anglais et des agents secrets de la France. Dans les archives du quai d'Orsay, on trouve toute une correspondance adressée de Londres par un S"" P.., qui paraît avoir eu, dans les derniers mois de 1755 et au commencement de 1756, des entrevues fréquentes avec Newcastle et Fox. M. d'Argenson (1) dans son journal, et Frédéric dans ses lettres, font aussi mention d'une mission secrète en Angleterre, dont aurait été chargé le marquis de Saint-Simon.

Les documents anglais ont également conservé la trace de ces tentatives de rapprochement. Lord Hardwicke, dans un billet à Newcastle (2) , parle d'avances faites par M. Silhouette, qui avait fait partie de la commission des limites. Quelques jours après, sir Joshua van Eck, banquier à Londres, transmet au premier ministre (3) une proposition émanant du gouvernement français, d'après laquelle « il serait conclu un armistice , sous la condition sine qua non de la restitution des prises et du retour à l'état de choses antérieur à l'ouverture des hostilités. » Aucune réponse ne semble avoir été faite à cette ouverture, à en juger par une lettre de Thomas Walpole (4) à son père Horace Walpole : a Je suis peiné et surpris que vous et le duc n'ayez pas prêté plus d'attention aux insinuations pacifiques que sir Joshua a reçues d'ici... Le roi n'est pas encore découragé [disgusted) et reste dans les mêmes

(1) Mémoires du marquis d'Argenson, IX, 123.

(2) Hardwicke à Newcastle, 13 octobre 1755.

(3) Van Eck à Newcastle, 3 novembre 1755.

(4) Thomas "Walpole à Horace Walpole. Paris, 28 novembre 1755.

dispositions amicales ; personne n'a été mis au courant de la négociation, excepté le roi, Mons. G... le,Mons. R...llé (1) et notre ami, qui est un protestant de réputation bien établie ; il a du talent et est bien affecté pour nos deux gouvernements. Tout a été fait sous les yeux du roi, qui a lu les lettres de sir Joshua avec beaucoup de satisfaction, mais votre silence prolongé a été considéré comme signifiant peu de désir d'aller au-devant des intentions pacifiques de Sa Majesté Très Chrétienne, et permet de donner au discours énergique du trône et à l'adresse de la Chambre des communes la signification d'une déclaration publique contre les partisans de la paix. C'est sous cette impression que la marquise a fait appeler hier notre ami, pour savoir si tout était perdu ; il a essayé de calmer son impatience et il doit avoir une seconde audience à Versailles. »

Newcastle communique cette lettre, que Walpole lui avait apportée aussitôt reçue, à son confident ordinaire Hardwdcke, et ajoute la remarque suivante (2) : « Je suis de l'avis d'Horace (Walpole) et je crois qu'il faut y faire attention Ces ouvertures faites de France, par des voies diverses, indiquent le désir d'arriver aune entente; et il me semble qu'étant données nos circonstances, nous ne devrions pas les négliger, mais essayer de voir si ces pourparlers sont sérieux ou non. La réponse que l'on propose de faire ne peut donner lieu à objection, sauf en ce qu'elle contient la promesse de restituer les prises faites; et je l'avoue, je considère que nous ne devons pas avoir de doute à ce sujet, quoique mon ami sir J. Barnard se soit prononcé

hier pour la condamnation Le pis de notre affaire, c'est

que tout le monde voit la presque impossibilité de continuer la guerre, et que personne n'ose commencer à négo-

(1) Ces lettres indiquent évidemment le ministre des Affaires Étrangères.

(2) Newcastle à Hardwicke, 30 novembre 1755.

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