‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 84 sur 249 · AGRESS.IONS DES ANGLAIS · texte numérisé non relu

AGRESS.IONS DES ANGLAIS

cier en vue de la paix , ou même avouer que la paix est à souhaiter à n'importe quelles conditions, car tout le monde s'imagine que la g-aerre nous vaudra la destruction de la marine française. »

Quelles que fussent les intentions du gouvernement anglais , il est certain que le langage conciliant de Londres exerça une influence réelle sur les sentiments hésitants de Louis XV et de son véritable ministre des Affaires Étrangères, la marquise de Pompadour. Du roi et de la favorite, l'illusion gagna rapidement les ministres; l'on ne demanda pas mieux que de croire à un retour de l'opinion anglaise en faveur de la paix, et à une manifestation dans ce sens du Parlement, qui devait se réunir pour la session d'automne; aussi les représailles contre les agressions anglaises, tant de fois annoncées, furent-elles de nouveau ajournées (1) jusqu'à ce que les résultats des débats sur l'adresse fussent connus.

C'est en apprenant cette nouvelle que Frédéric s'écrie (2) :

« Je me borne ici en faisant la réflexion que jamais

Louis XIV n'attendait à se décider en conséquence de ce qu'un Parlement anglais avisât, mais que, bien au contraire, celui-ci était obligé de régler ses délibérations conformément aux entreprises de Louis. »

En dépit des bonnes paroles des ministres anglais, leur gouvernement avait poursuivi les hostilités sur mer avec d'autant plus d'activité que leur adversaire montrait plus de faiblesse. Dès le 16 juillet (3) , le vice-amiral Hawke (4), commandant l'escadre de la Manche, reçut l'ordre d'intercepter la division de M. du Guay, et tout vaisseau de

(1) Knyphausen à Frédéric, 24 octobre — 31 octobre — 7 novembre 1755.

(2) Frédéric à Knyphausen, 11 novembre 1755.

(3) Lendemain du jour où parvint à Londres la nouvelle du combat naval du Lys.

(4) Instructions de Vice Admirai Sir Edw. Hawke, 16 juillet 1755. Record Office. Londres.

guerre, ou navire marchand français ayant à bord des cargaisons de valeur, qu'il trouverait sur sa route.

Ces instructions furent confirmées (1) , et l'ordre de prise étendu sans exception à tout bâtiment français, par dépèche du 6 août suivant. Hawke annonce, le 7 septembre , l'amarinage (2) de six navires de commerce, dont trois revenant de Saint-Domingue et deux de Terre-Neuve; le commandant du Monmouth capture, vers la même époque, cinq long- courriers en route de Nantes pour Saint- Domingue ou en destination du Groenland, un caboteur et jusqu'à des bateaux pêcheurs. Le capitaine Rous (3), avec une petite flottille, fut chargé de détruire les établissements de pêche de la côte française à Terre-Neuve ; le 14 septembre, il rentra à Halifax, après avoir brûlé les habitations , les hangars et les bateaux des cinq havres visités, pris quatre bâtiments chargés de poisson, et enlevé cinquante-sept habitants, pour la plupart femmes et enfants, qu'il déposa à Louisbourg.

C'est à bon droit que le marquis d'Argenson pouvait écrire dans son journal, à la date du 22 septembre (4) : « Les Anglais nous prennent tous nos navires marchands

et ne savent plus qu'en faire dans leurs ports De notre

côté, nous brillons par une exquise équité et générosité : nous leur avions pris une frégate ayec le gouverneur de la Caroline, nous l'avons renvoyée en Angleterre ». La division de M. du Guay (5) avait, en effet, rencontré la frégate anglaise le Blandford, de 32 canons, qui portait en Amérique M. Lyttelton, gouverneur de la Caroline du

(1) Admiralty Records, 1755.

(2) Admiralty Records , 1755.

(3) Admiralty Records, 1755.

(4) Mémoires du marquis d'Argenson, IX, 97.

(5) Cet officier, qui avait remplacé M. de Macnamara dans le commandement de l'escadre de Brest, était rentré, après une croisière sur les côtes du Portugal , sans rencontrer la flotte anglaise.

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