‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 86 sur 249 · LES TRAITÉS DE SUBSIDES A WESTMINSTER · texte numérisé non relu

LES TRAITÉS DE SUBSIDES A WESTMINSTER

votés sans grands débats; mais il n'en fut pas de môme des arrangements conclus avec le landgrave de Hesse (1) et avec la cour de Russie (2).

La résistance que soulevèrent ces conventions, née au sein du ministère, s'étendit au Parlement. La guerre commencée avec la France , dirent les adversaires , était une cause essentiellement anglaise; elle avait pour raison la défense des colonies d'Amérique; c'était sur cet objet qu'il fallait concentrer toutes les ressources de la nation, au lieu de surcharger les contribuables pour la protection éventuelle du Hanovre. Le traité russe aurait comme résultat probable de mécontenter le roi de Prusse, contre lequel il était évidemment dirigé, et de provoquer un conflit européen que, dans les circonstances actuelles, il paraissait possible d'éviter. Plusieurs membres du gouvernement : Legge, ministre des finances, Pitt, chef du département de la solde de l'armée, et George Grenville, se mirent à la tête de l'opposition ; mais, malgré leurs efforts, une adresse approuvant la politique étrangère du roi George fut adoptée (3) à la Chambre des communes par une majorité de 311 voix contre 105, et les traités sanctionnés par un vote à peu près équivalent. Les dissentiments qui avaient éclaté à propos de ce débat entraînèrent une modification du cabinet. Sir Thomas Robinson fut remplacé par M. Fox (4) comme leader de la Chambre des communes, et MM. Legge, Pitt et Grenville furent congédiés.

Si, vers cette époque, à en juger par la lettre de Walpole que nous avons citée plus haut, tout espoir de réconciliation ne fut pas perdu dans l'entourage de Louis XV,

(1) Ce traité, signé le 18 juin, mit à la disposition et à la solde du roi d'Angleterre un corps de 8,000 soldats.

(2) Le traité russe fut signé le 19/30 septembre 1755. Voir plus haut les conditions.

(3) LordMahon, History of England, IV.

(4) Le remplacement de Robinson par Fox fut décidé en principe, dès le retour du roi du Hanovre.

le ministre Rouillé fut obligé d'ouvrir enfin les yeux sur la gravité de la situation. D'autres motifs d'inquiétude venaient, en effet, se joindre à ceux que suggéraient les votes du Parlement anglais. Le roi de France, attaché par les liens du sang à la famille royale d'Espagne, accoutumé à l'alliance de cette puissance, avait cru pouvoir compter sur l'appui moral, sinon effectif, de la cour de Madrid. Les tentatives dans ce sens, faites pendant l'été par le duc de Duras, n'avaient pas été, il est vrai, couronnées de succès, mais on pouvait attribuer cet échec aux démarches intempestives de notre envoyé; on avait tout lieu d'espérer que le nouvel ambassadeur, l'abbé de Bernis (1), réussirait où son prédécesseur a:vait échoué, et qu'en attendant son arrivée, la cour de Madrid conserverait la neutralité la plus stricte à l'égard du conflit naissant.

Un passage du message du roi George fit évanouir cette chimère; le roi d'Angleterre enregistrait les assurances que lui faisait Sa Majesté Catholique de persister dans les sentiments pacifiques qu'elle avait manifestés. Il devint évident que le crédit de sir Benjamin Keene avait prévalu auprès de la cour d'Espagne , et que cette puissance , loin d'intervenir en faveur de la France, réservait toute sa bienveillance pour sa rivale.

Aux désillusions causées par les débats de Westminster et par l'attitude du cabinet de Madrid, vinrent bientôt s'ajouter de sérieuses préoccupations au sujet des pourparlers que, d'après la renommée, le roi de Prusse aurait engagés avec la cour de Londres. Dès le mois de juin, et plus tard au mois d'août, vers la fin du séjour de George à Herrenhausen , le bruit avait couru d'un rapprochement entre le neveu et l'oncle. Le ministre de France à Berlin (2)

(1) L'abbé de Bernis fut nommé ambassadeur en Espagne en août 1755, mais ne prit pas possession de son poste.

(2) La Touche à Rouille, 23 septembre 1755.

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