PROTESTATIONS DE FREDERIC
lieu qu'il en est extrêmement alarmé, et qu'on lui donne journellement des avertissements à cet égard. »
La réponse du roi, en date du 2 décembre (1), contient les déclarations les plus catégoriques de fidélité à la France : « Je vous sais gré de l'avis que vous m'avez donné touchant les nouvelles dont on a imposé aux ministres de France, comme si je m'étais laissé entraîner dans le parti de l'Angleterre. Vous ne manquerez pas de vous ouvrir là- dessus envers M. de Rouillé, en lui protestant que tout ce qui lui était revenu n'était absolument que des insinuations malignes et controuvées par mes ennemis, qui ne prétendaient mieux que me désunir avec la France, mais dont il n'y avait pas un mot de vrai , et que, ni moi avais pris aucun engagement avec l'Angleterre, ni le duc de Brunswick (2) fait nul traité avec la cour de Londres. Ce que vous pouvez hardiment assurer à M. de Rouillé, à qui vous ferez d'ailleurs bien observer à cette occasion, combien (fiaient dangereux les soupçons que mes ennemis avaient pris à tâche d'inspirer souvent à la France, contre moi, par de fausses insinuations dont lui, M. de Rouillé, aurait pins d'un exemple, et combien au contraire avaient été fidèles les avis que j'avais communiqués à la France, mais qui très souvent n'avaient guère fait impression, jusqu'à ce que, quelquefois trop tard , les événements les avaient vérifiés. »
Il y avait beaucoup trop de vérité dans cette dernière assertion, les démentis de Frédéric, dont le ministre eut bientôt, grâce aux agissements de la poste, le texte sous ses yeux (3), étaient trop conformes aux sentiments qu'on
(1) Frédéric à Knyphausen, 2 décembre 175.5.
(2) Le bruit courait que le duc de Brunswick avait mis un contingent d'hommes à la disposition de l'Angleterre.
(.3) Le gouvernement français se procurait les copies de toutes les lettres échangées entre Frédéric et son représentant à Paris; le texte conservé aux Archives dos Aftaires étrangères est, du moins pour les lettres qae nous avons examinées, conforme à celui de la Politische Correspondenz Friedrichs des Grossen, publiée à Berlin.
lye LE RENVERSEMENT DES ALLIANCES. — CIIAP. IV.
lui attribuait, pour qu'on ne fût pas rassuré sur ses intentions. Nous trouvons, dans une lettre de Knyphausen, en date du 19 décembre (1), l'expression du soulagement réel qu'éprouvèrent le roi Louis et ses conseillers à la réception du message de Berlin : « Je ne saurais, écrit l'envoyé prussien, assez exprimer à Votre Majesté la joie qu'a causée au sieur Rouillé et à tous ses confrères l'explication dans laquelle elle a bien voulu entrer. Le sieur Rouillé m'a dit qu'il en rendrait aussitôt compte au roi qui, quoiqu'il n'eût jamais ajouté foi aux insinuations malicieuses qui lui avaient été faites par les ennemis de Votre Majesté, recevrait cependant ce nouveau gage de son amitié avec une reconnaissance bien sensible. »
La joie de Louis XV et de son cabinet fut de courte durée. La nouvelle du traité de Westminster, signé à Londres le 16 janvier 1756, allait bientôt dissiper les illusions qu'ils avaient gardées sur la fidélité de leur allié, et détruire la confiance qu'ils pouvaient accorder aux protestations si énergiques transmises par son représentant.
1) Knyphausen à Frédéric, 19 décembre 1755.