DÉMARCHE DE HOLDERNESSE
rassée du duc régnant (1), dans laquelle celui-ci s'excusait sur l'intérêt du mariage de sa fdle et ses liens de famille avec la maison de Hanovre, pour transmettre à son beaufrère la note de Miinchhausen. La première avance de la cour de Hanovre fut bientôt suivie d'une démarche de lord Holdernesse, qui se rendit à Brunswick. « J'ai trouvé, écrit-il (2), Son Altesse Sérénissime très bien disposée, et décidée à prendre les mesures qui pourraient être utiles à Sa Majesté .... Le duc de Brunswick a été réservé sur les effets que nos ouvertures pourraient produire dans l'esprit de Sa Majesté Prussienne, mais la duchesse s'est ouverte davantage ; elle m'a assuré dans les termes les plus positifs qu'elle avait les meilleures raisons de croire que le roi, son frère, ne demanderait pas mieux que de ne pas se mêler à la guerre en ce moment. Ce prince avait déjà obtenu ce qu'il désirait (la Silésie) et ne songeait qu'à conserver cette province. Il lui avait dit tout récemment qu'il ne prendrait pas part au conflit actuel, à moins d'y être forcé par la conduite des alliés de Sa Majesté Britannique. »
Dans la pièce communiquée à Berlin (3) , le gouvernement anglais demandait au duc de Brunswick de solliciter de Frédéric une promesse formelle de n'entreprendre rien, directement ou indirectement, contre les Etats allemands du roi George, de ne prêter aucun secours à la France pour leur attaque , de ne pas s'opposer aux mesures défensives que prendrait le roi, et même d'empêcher la France d'envahir elle-même le Hanovre. « La réciprocité à accorder à Sa Majesté Prussienne, ajoutait-on, pourra être facile à trouver. »
En réponse à cette ouverture, .Frédéric écrivit deux
(1) Celle lettre, dont la date n'est pas donnée dans la correspondance de Frédéric, devait remonter au 4 ou 5 août.
(2) Holdernesse à Newcastle, « très secret », 14 aoiU 1755.
(3) Précis du discours de milord Holdernesse. Correspondance de Frédéric, vol. XI, p. 252.
lettres. La première (1) , destinée à être transmise à la cour de Hanovre, ne contenait que des lieux communs sur les regrets que lui causaient les incidents américains, sur le peu d'importance des objets en discussion, sur le danger d'une guerre européenne ; volontiers , le roi se chargerait d'une médiation auprès de la France pour empêcher les hostilités, et verrait avec plaisir l'Angleterre requérir le même service de TAutriche , de la Hollande ou de l'Espagne. La seconde, d'un caractère tout à fait confidentiel, est à citer presque en entier (2) : « Vous ne devez pas être surpris si vous recevez une double lettre de ma part; vous pourrez juger facilement que je dois être surpris de la déclaration que les Anglais exigent de moi. Si c'était dans d'autres circonstances, ils n'auraient de moi aucune réponse, mais je me prête à leur chipotage en considération de vos intérêts et de ceux de ma nièce. Je suppose donc, dans la lettre que je vous écris, et qui est ostensible,... que vous ne m'avez pas communiqué in extenso la conversation de lord Holdernesse. Vous pouvez jouer le rôle de l'entremetteur dans toute cette affaire-ci... Ils vous tiendront compte de cette complaisance, et je me flatte que de cette façon le mariage de ma nièce ne sera pas rompu. Pour moi, je suis prêt de me charger de la médiation... Mais je suis en même temps obligé de vous confier, sous le sceau du plus inviolable secret, que jamais ils ne m'extorqueront la déclaration qu'ils prétendent. Cependant, il convient à vos intérêts et aux miens qu'on ne leur en fasse point perdre l'espérance, mais que vous les flattiez, en cas qu'ils ne se contentent pas de la médiation , qu'il ne fallait pas se décourager d'abord et qu'il fallait revenir plus souvent à la charge; ensuite de cela on pourra les amuser en
(1) Frédéric au duc de Brunswick, 12 août 1755. Correspondance de Frédéric, voL X, p. 252.
(2) Frédéric au duc de Brunswick, 12 août 1755. Correspondance de Frédéric, Tol. X, p. 252.