‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 94 sur 249 · DÉPÊCHE DE FLEMING · texte numérisé non relu

DÉPÊCHE DE FLEMING

pourvu qu'on me fasse faire des propositions raisonnables de la part du roi d'Angleterre, l'on pourrait peut-être arriver au but qu'on s'était proposé relativement à la neutralité des États du Hanovre; qu'il ne fallait cependant pas s'attendre que je m'y ouvrirais le premier. »

Tout en gardant le secret sur les avances de Holdernesse, Frédéric donne de nouveau l'ordre à Michell (1) de sonder le terrain à Londres, et le consulte sur ce que penserait le ministère anglais d'un traité garantissant la sécurité des possessions allemandes de leur souverain. Presque à la même date, 6 septembre, il demande à Knyphausen (2) de le renseigner sur les instructions que la cour de Versailles préparait pour le duc de Nivernais, dont la mission lui avait été annoncée.

Pendant une tournée qu'il fit à cette époque en Silésie, le roi de Prusse reçut des informations précieuses. M. de Maltzahn , son chargé d'affaires , avait depuis longtemps à ses gages un employé de la chancellerie de Dresde, et par ce canal avait réussi à se procurer des copies de la correspondance échangée entre le comte de Brûhl et les représentants de la cour de Saxe à l'étranger. C'est ainsi que Frédéric eut entre les mains (3) une dépêche du comte Fleming , envoyé à Hanovre par le roi Auguste à l'effet de solliciter le renouvellement du traité de subsides avec l'Angleterre. Fleming mandait à Dresde que les négociations entamées avec l'impératrice n'avaient pas abouti ; que la cour du Hanovre , très effrayée des conséquences de cet échec, avait été rassurée par les déclarations pacifiques du roi de Prusse; sur ces entrefaites, le comte Colloredo, ambassadeur d'Autriche, qui se trouvait aussi sur les lieux, ayant demandé des explications , Holdernesse lui avait af-

(1) Frédéric à Michell, 2 septembre 1755.

(2) Frédéric à Knyphausen, 6 septembre 1755.

(3) Mallzahn à Frédéric, 5 septembre 1755. La copie de la dépêche de Fleming était annexée à celle de Maltzahn.

firme que le roi de la Grande-Bretagne « s'en tiendrait envers le roi de Prusse aux simples termes de ménagement et de précaution auxquels la situation du Hanovre les obligeait, » Cette déclaration n'avait pas entièrement dissipé les soupçons des ministres d'Autriche et de Saxe sur les intentions de Frédéric, qu'on croyait néanmoins peu disposé à écouter les propositions belliqueuses de la France.

Ainsi prévenu de la réserve que le gouvernement anglais entendait conserver à son égard, Frédéric se rapproche de nouveau de ses anciens amis, et manifeste (1) à Versailles le désir de mettre le duc de Nivernais au courant « des ouvertures singulières et importantes » qui lui avaient été faites. On sait l'impression favorable que cette communication fit dans l'esprit du ministère français, et il y a tout lieu de supposer qu'à cette époque , malgré son intrigue avec l'Angleterre, Frédéric était résolu à maintenir l'alliance française, et à prêter une oreille attentive aux projets que le duc de Nivernais aurait été chargé de lui soumettre. Pour obtenir ce résultat, il aurait fallu agir avec promptitude et décision. Malheureusement, le cabinet de Louis XV ne possédait ni l'une ni l'autre de ces qualités , ne songeait ni à l'importance du rôle que le roi de Prusse était appelé à jouer dans le conflit approchant, ni à l'urgence de placer auprès de lui un représentant possédant l'autorité et le crédit nécessaires pour recevoir ses confidences et surveiller ses agissements. La Touche, en effet, dont le remplacement avait été arrêté sur la demande de Frédéric lui-même , n'était pas admis dans l'intimité du prince, et ne puisait ses informations que dans les entretiens avec les ministres Podewils et Finkenstein, aussi ignorants que lui-même des vues secrètes de leur niaitre.

Aussitôt rentré en Angleterre, Holdernesse reprit ses

(1) Frédéric à Knyphausen, 13 septembre 1755 (dépêche déjà citée).

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