‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 95 sur 249 · LETTRE DE HOLDERNESSE · texte numérisé non relu

LETTRE DE HOLDERNESSE

relations épistolaires avec le duc de Brunswick. Il lui fit parvenir, pour l'édification du roi, un long" mémoire sur les droits et revendications de la Grande-Brelag-ne en Amérique, appuyé d'une carte de ce continent illustrant probablement les prétentions ang-laises; et dans la lettre (1) qui accompagnait cet envoi, il aborda, avec des réticences dignes de son correspondant, la question capitale de la neutralité : « J'avouerai, Monseigneur, que mon entière ignorance de ce que le roi de Prusse pourrait croire « proposition acceptable » , m'a empêché jusqu'ici de toucher cette corde; mais j'ai lieu de croire que , si le roi de Prusse voulait bien s'expliquer ouvertement en faveur de la neutralité d'Hanovre et sur l'entretien de la paix en Allemagne , on choisirait un ministre anglais de confiance , et qui ne serait pas désagréable à Sa Majesté Prussienne, pour cette négociation, qui pourra se terminer à Berlin sous les yeux mêmes du roi de Prusse. »

Une offre pareille ne laissa pas que d'embarrasser Frédéric. Recevoir un ministre britannique , c'était inquiéter la France, démasquer son jeu, afficher sa conversion sans en avoir recueilli les bénéfices. Il fallait éviter le piège que lui tendait le gouvernement de son oncle; aussi mit-il un soin tout particulier à rédiger sa réponse. Le recueil de la correspondance de Frédéric le Grand, que nous avons citée si souvent, ne contient pas moins de quatre brouillons de la dépêche du 13 octobre, que le roi adressa à son beaufrère, pour être communiquée au cabinet anglais. Dans les premières lignes de la version définitive (2), le roi fait une courte allusion au mémoire et aux cartes, qu'il parait avoir assez mal étudiées puisqu'il confond l'Ohio avec Cayenne; puis il aborde le sujet principal : « Je passe à

(1) Holdernesse au duc de Brunswick, 30 septembre 1755.

(2) Frédéric au duc de Brunswick, 13 octobre 1755. Correspondance de Frédéric, vol. XI, p. 334.

présent de l'Amérique en Europe , et de l'Europe à notre chère patrie. Si j'ai bien compris votre lettre, je crois y avoir entendu que le roi d'Angleterre exige de moi une déclaration de neutralité pour ses États de Hanovre. » La Prusse n'a jamais eu le dessein d'attaquer ce pays et ne désire que le maintien de la paix ; « mais comment le roi d'Angleterre veut-il prétendre de moi , qui ne suis ni en liaison ni en traité avec lui, que je lui réponde des événements futurs, lui qui ne s'explique point de ses propres desseins? »

Ici Frédéric rappelle son intervention en faveur du Hanovre en 1741; « mais, à présent, les conjonctures sont différentes; je suis à la vérité allié de la France, notre traité est simplement et purement défensif, mais sous quel prétexte et avec quelles couleurs pourrais-je couvrir une démarche aussi singulière, que serait de ma part celle de prescrire desbornesaux mesures qu'elle peut prendre? » Le gouvernement français lui remettrait en mémoire le concours prêté lors des affaires de l'Ost-Frise (1) et de l'indemnité pour les prises. « Ne m'accuserait-on pas avec justice d'ingratitude envers des alliés dont je n'ai pas à me plaindre , et d'étourderie de m'ètre engagé d'un côté à seconder le roi d'Angleterre sans savoir ses intentions ni ses desseins?

« Je serai en tout temps disposé à recevoir ceux que le roi d'Angleterre voudra m'envoyer, et, pour mon particulier, à lui donner des marques de l'estime et de la considération que j'ai pour lui. Je dois cependant vous avertir qu'en qualité d'homme qui gouverne un État dont le bonheur et la garde me sont confiés... je dois lui sacrifier mes penchants, mes haines, mon personnel, et en un mot toutes mes passions ; qu'ainsi, si le roi d'Angleterre ou quel-

(1) Pour la succession de lOsl-Frise, la France avait appuyé les litres du roi de Prusse contre ceux du roi George.

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