‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 96 sur 249 · REPONSE DE FREDERIC · texte numérisé non relu

REPONSE DE FREDERIC

que prince de l'Europe me fait des propositions , il faut avant tout que les intérêts de la Prusse s'accordent avec ceux de la nation qui me fait des propositions. »

La dépêche ostensible, dont la composition avait donné tant de peine , fut complétée par un billet confidentiel (1) , où le roi épanche ses sentiments intimes , découvrant à la fois son antipathie pour la cour de Londres et son désir de ne pas rompre avec elle : « Il faut voir à quoi cela mènera, et si messieurs les Anglais n'ont pas envie de se moquer de vous et de moi. N'est-ce pas bien singulier que ces gens demandent que j'épouse leurs intérêts, lorsque actuellement j'ai deux gros démêlés avec eux qui ne sont pas vidés? On dirait que toute la terre , aux dépens des intérêts propres d'un chacun, est obligée d'entreprendre la défense de ce fichu pays. On exige de moi des déclarations dans un temps qu'on ne s'explique pas soi-même ; ils veulent que je plante là la France , et que je me repaisse de la gloire d'avoir préservé leur pays d'Hanovre, qui ne me regarde ni en noir ni en blanc. Ces gens, ou veulent me duper grossièrement, ou ils sont fols et imbus d'un amour-propre ridicule. Cependant, je vous prie de leur donner des espérances, dans une lettre particulière dont vous accompagnerez la copie de la lettre ostensible que je vous écris, et de leur marquer que le duc de Nivernais venait ici pour faire un nouveau traité, le mien expirant au mois de mai prochain.

« Je suis bien fâché de vous ennuyer par ce galimatias politique, mais je ne saurais faire autrement dans ce moment-ci ; ma situation est critique ; il ne me convient point de m'aventurer et de faire des étourderies dont je pourrais peut-être me repentir. D'ailleurs, ces gens sont si boutonnés qu'ils me donnent lieu de les soupçonner, et que je crois presque qu'ils ne pensent qu'à gagner du temps, à m'en-

(1) Frédéric au duc de Brunswick, 13 octobre 1755.

dormir à présent pour planter là, vous et moi, le printemps qui vient, lorsqu'ils auront arrangé leur jeu et qu'ils croiront pouvoir se passer de moi. »

Dans le langage de Frédéric, et surtout dans les lignes qu'il adresse à son beau-frère, on sent percer les inquiétudes que lui causaient sans doute les pourparlers de l'Angleterre à Pétersbourg, qu'il sait être sur le point d'aboutir, et qui, à en juger d'après les propos de la czarine et de son entourage , doivent être dirigées contre lui. Aussi, dès le lendemain du départ du courrier pour Brunswick , le roi enjoignit-il à Michell (1) de confirmer les ministres anglais dans l'idée « qu'une marche des troupes russiennes en Allemagne ne peut que l'obliger bon gré mal gré à entrer dans la guerre ».

En dépit de la réserve diplomatique de lord Holdernesse et des embarras parlementaires au milieu desquels se débattait le ministère Newcastle (2), le gouvernement britannique était au moins aussi désireux que Frédéric d'arriver à une entente. « J'ai obtenu du roi, écrit Newcastle (3) , l'autorisation pour Holdernesse d'écrire dans les termes qu'il convient au duc de Brunswick. Cette négociation doit être sérieusement activée. »

A Londres, on était, comme nous l'avons dit, parfaitement renseigné sur la pensée secrète du roi de Prusse; presque toute la correspondance échangée entre le monarque et son chargé d'affaires était ouverte par la poste (4)

(1) Frédéric à Michell, 14 octobre 1755. Confidential Miscellaneous. Record Office.

(2) Le cabinet se trouvait désorganisé par le refus de Legge, ministre des finances, de s'associer à la politique des traités de subsides et par la nécessité de remplacer Robinson comme leader de la Chambre des communes.

(3) Kewcastle à Hardwicke, 3 octobre 1755.

(4) Les Archives du Record Office à Londres, sous le titre : Confidential Miscellaneous , contiennent presque toutes les dépêches du roi de Prusse et de son représentant Michell, ainsi que de nombreuses lettres des ministres de Saxe, de Bavière, de Hesse, de Danemark, de Sardaigne; quelques lettres

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