FRÉDÉIUC ACCEPTE LES PROPOSITIONS ANGLAISES
ficacement à la réconciliation des deux nations belligérantes, ou brouillées ou désunies. «
Frédéric finit sa lettre en prenant acte des offres de la g-arantie de la Silésie , du remboursement des prises, et en se déclarant prêt à terminer promptement la négociation .
A Berlin, le secret des pourparlers avec l'Angleterre avait été jusqu'alors strictement gardé. Ce n'est que vers le milieu de décembre que le roi, par Tentremise du conseiller privé Eichel , fit part au comte Podewils de son désir et de son espoir de conclure un arrangement avec le gouvernement britannique. Le vieux ministre ne put s'empêcher d'ajouter (1) aux félicitations que motiva cet avis, quelques mots qui laissent voir ses inquiétudes sur les périls auxquels serait exposé le système de l'alliance française, dont il était partisan zélé. « Peut-être aussi qu'on trouverait moyen, avec le temps, de faire goûter au parti contraire la nécessité de cette démarche , et qu'elle ne serait pas si contraire à ses véritables intérêts, comme il pourra l'envisager d'abord. »
Il devenait indispensable aussi de mettre Knyphausen au courant de l'accord avec l'Angleterre, tâche qui ne laissait pas d'être délicate. Fidèle à son système d'invectiver les gens envers lesquels il se sentait des torts, Frédéric commence par s'élever, en termes presque injurieux, contre la conduite du ministère français (2), « qui obligera les alliés de la France à penser à leur propre sûreté. » Quelques jours plus tard, il mande (3) que « des lettres particulières, venues de Londres, marquent comme quoi on y avait résolu d'envoyer quelque ministre à ma cour, dont cependant il ne m'est rien revenu qui paraissait vérifier ces bruits. » Enfin, la dépêche du 27 décembre apprend au
(1) Podewils au roi, 17 décembre 1755.
(2) Frédéric à Knyphausen, 9 et 13 décembre 1755. (3j Frédéric à Knyphausen, 20 décembre 1755.
résident prussien que « l'Angleterre me fait faire des propositions pour le maintien de la tranquillité de l'Allemagne ».
Pendant ce temps , les événements marchèrent rapidement. La conclusion de l'affaire ne souffrit aucun délai à la cour de Saint-James. Dès la réception du consentement de Frédéric, Michell eut des conférences avec Newcastle, Fox et Holdernesse, et reçut de ce dernier un projet de convention, qu'il expédia aussitôt à Berlin.
Le jour de l'an 1756, Podevvils fut appelé dans le cabinet du roi, qui lui lut les rapports de 31ichell et le consulta sur la rédaction anglaise. Ce fut sur la demande de son conseiller que l'expression « Allemagne » fut substituée dans le texte à celle de « l'Empire germanique », de manière à exclure de la garantie de neutralité les Pays-Bas autrichiens; et pour -éviter tout malentendu, un article secret stipula cette exclusion en termes formels. Le contreprojet prussien, qui ne différait que sur ce point de ce qui avait été préparé à Londres , fut vite couché sur le papier et retourné à Michell, avec les instructions et les pleins pouvoirs nécessaires.
Dans la lettre (1) qui accompagnait cet envoi et qui porte la date du k janvier 1756, le roi promet de reprendre, aussitôt que le traité sera ratifié, le paiement du capital et des intérêts de la dette de Silésie; en compensation, il recevra l'indemnité promise par Holdernesse pour les prises, et dont le montant ne sera pas inférieur à la somme, de 20,000 livres sterling; enfin, il insiste sur la nécessité d'une prompte solution, « vu que de la part de la France le duc de Nivernais arrivera au premier jour ici, et qu'il faut, en conséquence, que je puisse me décider sur mon parti à prendre. »
A Londres, on consentit sans difficulté à la modifica-
(1) Frédéric à Michell, 4 janvier 1756.