GUERRE MARITIME
Le 11 mars 1756, M. Duchaffmi, avec TAtaltm^ de 3& «canons, s'empare du Witrwicky vaisseau anglais de 64. Le commandant d'Aubigny reste spectateur du combat avec un vaisseau de 56 canons, ne voulant rien ^itever à la gloire de M. Duchaffau.
Le 27 mars 1756, les Français prennent le fort de Bull, où les Anglais ont rassemblé des approvisio&nements considérables.
Le 13 avril 1756, une escadre française, commandée par M. de Beaussier, part pour le Canada : elle y porte M. de Montcalm, qui va prendre le commandement des troupes.
Le 17 avril 1756, l'AquUon de 40 canons et la Fidèle de -24 mettent hors de combat, à la hauteur de Rochefort, un vaisseau anglais de 56 et une frégate de 30.
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Le 20 jum 1756, les indig^ies se soulèvent oontre les Anglais et les chassent du fort Guillaimie à Golicotta, et de tous les établissements qu'ils possèdent sur la eète du Bengale; la perte de TAngleterre est évaluée à cinquante millions.
Le 12 juillet 1756, prise du vaisseau français TArc-eneiel, à la hauteur de Louisbourg, par une escadre anglaise.
Le 14 août 1756, M. de Montcalm s'empare des forts Oswego, Ontario et George; la perte des Anglais est de seize cents prisonniers, sept vaisseaux de guerre, deux de transport, cent cinquante pièoes de canon, un parc immense de munitions de guerre et de vivres. Cet heureux résultat est dû surtout au courage de M. Rigaut de Vaudreuîl, qui, en traversant à la nage le Chouagan avec ses Canadiens, a coupé la communication des forts George et Oswego. M. de Montcalm, dans toute cette expédition, ne perd que six hommes.
Deux jourB après, M. de Villiers, frère de M. de JumoovîHe, dont l'assassinat a ouvert la porte à cette sanglante gtierre, tue aux Anglais quatre cents hommes, et leur fait quatre-vingts prisonniers.
Le 1^ janvier 1757, l'amiral Bing, qui a été envoyé pour secourir Minorque, et qui, ainsi que nous l'avons vu, échoue dans sa mission, est mis en jugen^ent, condamoé à mort et exéoité.
Le 11 février 1757, M. de Kersatnt ruine plusieurs établissements anglais sur la côte d'Afrique.
Le 21 mai 17S^, M. de Yaudreuil brûle les magasins anglais sur le lac du Saint-Sacrement, et détruit quatre brigantins de dix canons, deux galères et trois cent cinquante bâtiments de transport.
Le 10 mai 1757, arrivée au Canada de If. Dubois de k
Moite, avec cinq cents hommes de troupes; il ravitaille Québec et Louisbourg.
Le 9 août 1757, M. de Montcalm prend le fort de William-Henri, qui avait deux mille cinq cents hommes de garnison.
Le 2i octobre 1757, M. de Kersaint défait à Saint-Domingue cinq vaisseaux et quarante corsaires anglais, et envoie en France une flotte marchande que ceux-ci voulaient prendre.
Le 11 février 1758, M. Duquesne, chef de l'escadre, tombe au milieu de la flotte anglaise, qui se compose de seize vaisseaux et de cinq frégates; il est fait prisonnier.
Du 1*' mai au 4 juin 1758, M. de Lally, lieutenant général dans rinde, s'empare des forts de Gondelour, de Saint-David et de Devicotta.
Le 5 juillet 1758, M. de Montcalm, retranché avec six mille Français à Ticondérago, défait vingt-huit mille Anglais, leur tue quatre mille hommes, et le général Howe.
Le 1*" septembre 1758, descente des Anglais sur les côtes de Bretagne. M. d'Aiguillon les force à se rembarquer, et leur prend sept cents hommes.
Le 16 janvier 1759, les Anglais attaquent la Martinique^ et sont repoussés.
Le 17 août 1759, combat naval deLagos; quatorze vaisseaux anglais contre sept vaisseaux français : le Centaure, le Téméraire et la Modeste sont pris; l'Océan et le Redoutable sont brûlés.
Le 10 septembre, M. d'Aché défait l'escadre anglaise de l'amiral Pocock, et ravitaille Pondichéry. Onze cents hommes du régiment de Lally battent dix-sept cents Anglais et quatre mille indigènes, prennent quatre pièces de canon et deux chariots d'artillerie.
Le 17 février 1760, le capitaine Thurot, corsaire français, fait une descende en Irlande, prend Carrick, qu'il met à contribution. Il est défait et tué au retour de Texpcdition.
Le 17 septembre 1760, un an et deux jours après la mort de Montcalm, la ville de Montréal et tout le Canada se rendent aux Anglais.
Le 10 février 1751, les Anglais nous prennent Mahé sur lo côte de Malabar; puis, le 7 juin, Belle- Isie en mer.
Le 3 novembre 1762, les hostilités cessent, et les préliminaires de la paix sont signés à Fontainebleau, entre la France, FAngleterre, l'Espagne et le Portugal.
Paix honteuse pour la France où elle cède et garantit à l'Angleterre l'Acadie, le Canada, l'île du Cap-Breton et toutes les autres îles et côtes dans le golfe et le fleuve Saint-Laurent, quinze cents lieues d'un trait do plume !
En retour, l'Angleterre cède à la France les îles dfe Saint-Pierre et de Miquelon. Le Missîssipi servira de limite aux deux nations dans l'Amérique, à l'exception de la ville de la Nouvelle-Orléans.
En outre, le roi d'Angleterre rend au roi de France Belle-Isle, la Martinique, la Guadeloupe, Marie-Galante et la Désirade, dans l'état où ces îles étaient avant la conquête.
A son tour, la France cède à l'Angleterre l'île de Grenade et les Grenadines.
Les îles neutres, Saint- Vincent, la Dominique et Tabago resteront à l'Angleterre.
L'ile de Sainte-Lucie et l'île de Corée sont rendues à la France, qui cède et garantit à la Grande-Bretagne la rivière du Sénégal avec les forts et comptoirs de Louis, Podor et Galam.
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Dans les Indes orientales, FAngleterre restitue à la France tous les forts et con^ptoirs qu'elle y possédait en 1759. En échange, la France restitue les acquisitions faites depuis cette époque.
L'ile de Minorque et le fort Saint-Philippe sont rendus à la Grande-Bretagne.
La France restitue tout le pays qui appartenait à l'électeur de Hanovre et aux autres princes de l'Empire.
L'Angleterre restitue à l'Espagne l'île de Cuba avec la place de la Havane.
Enfin, les Espagnols cèdent aux Anglais la Floride, le fort Saint- Augustin et la baie de Pensacola.
De ce traité datent la décadence de la France et l'accroissement de l'Angleterre. A partir du traité de Paris, celle-ci ne s'arrêtera plus dans son ambition qu'elle pour- :«uivra au milieu des troubles européens; chaque guerre que soulèvera le cabinet de Saint-James lui coûtera un milliard; mais il lui rapportera un port, une île, un continent; non-seulement le monde connu lui appartient, mais le monde inconnu sera à elle, et, dans cent ans, vaste «raignée de mer, elle aura accroché sa toile aux cinq |»arties du monde.
En Europe, elle possédera :
Héligoland;
En Asie, la ville d'Aden, qui commande à la mer Rouge •comme Gibraltar à la Méditerranée;
Dans la mer des Indes, Ceylan, la grande presqu'île de rindoustan, le Népaul, Lahore, le Sind, le Béloutchistan et le Caboul;
Dans le golfe du Bengale, les îles Singapore, Sinaag et Sumatra, cent cinquante mille lieues de territoire nourris- ::sant cent cinquante millions d'hommes;
Dans rOcéanie, la moitié de l'Australie, la terre de Van :
Dîemen, la NouvéîlerZclande, Norfolk, Hawaï et le ppoteclorat général de la Polynésie ;
En Afrique, Bathurst, ies îles de Léon, Sierra-Lcone une portion de la côte de Guinée, Fernando-Po, les îlep de TAscension et de Sainte-Hélène, la ootonie du Gap, le port Natal, Maurice, Rodrigue, les Séchelles, Socotora ;
En Amérique, le Canada, le continent septentrional, depuis le banc de Terre-Neuve jusqu'à Tembouchore du neuve Mackensie, presque toutes les Antilles, la Trinité, une partie de la Guyane, les Malouines, Balise et les Bermudes.
Aujourd'hui, elle a tout prévu et elle est prête à tout.
Peut-être, un jour, percera-t-on l'isthme de Panama :
Elle a Balise, sentinelle qui attend.
Peut être ouvrira-t-on l'isthme de Suez :
Elle a Aden, factionnaire qui veille.
Le passage de la Méditerranée à la mer des Indes sera à elle.
Ce sera à elle le passage du Mexique au grand océan Boréal.
Alors, elle aura dans une armoire de l'Amirauté la clef de l'Inde et la clef de l'Océanie, comme elle a déjà celle de la Méditerranée.
Ce n'est pas lodit : par son titre de proleetrice des îles Ioniennes, elle jette l'ancre à la sortie de TAddatique et à l'entrée de la mer Egée ; elle pose un pied sur la terre des anciens Épirotes et des modernes Albanais. Quand rirlande lui refusera ses paysans, l'Éeosse ses montagnards, quand les marchés d'hommes que tiennent les princes allemands se lemiefont pour elle, parce qu'il n'y aura plus de princes &à Allemagne, elle recrutera parmi ces peuplades guerrières de la vieille Épire et de l'antique Péloponèse; elle aura une escadre à Corfou, qui, en quel-
tt LOUIS XV BT SA COUR
ques JourSy pourra arriver aux Dardanelles ; elle aura une armée 5 Géphalonie^ qui sera, en une semaine, au sommet de THémus ; de là, elle balancera en Grèce Tinfluence de la Russie, et il lui suffira de quelques bateaux armés pour détruire le commerce de tout le littoral autrichien.
Ainsi, Talliance avec Marie-Thérèse, en nous jetant dans la ^errc du Canada, avait non-seulement compromis le présent, mais encore engagé Tavenir.
On y avait dépensé en argent :
L'Autriche, trois cents millions;
La France, sept cents;
L'Angleterre, six cents;
La Prusse, quatre cents;
La Russie, trois cent cinquante;
La Saxe, dix-huit;
En tout, deux milliards six cents millions.
On avait perdu en soldats :
La France, deux cent cinquante mille hommes;
La Prusse, deux cent mille;
La Russie, cent vingt mille;
L'Angleterre, soixante mille ;
Le corps germanique, trente mille.
La guerre de 1741, qui avait duré neuf ans, et qui s'était élevée, parce que Frédéric avait voulu prendre la Silésie à Marie-Thérèse, avait déjà coûté le double d'argent et fait périr le double d'hommeSr
Ainsi, l'Italie, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Méditerranée, le Canada, l'Inde, l'Europe, l'Amérique, l'Asie, s'étaient entr'égorgés pendant seize ans, parce qu'il y avait en Allemagne un homme nommé Frédéric, qui voulait avoir la Silésie, ei une femme nommée Marie-Thérèse, qui ne voulait pas qu'il l'eût; parce qu'il y avait en France un roi faible qui se laissait entraîner à leurs querelles; enQn,
parce qu'il y avait auprès de ce roi une dame de Pompadour qui, de concert avec une impératrice qui l'appelait sa cousine, avait promis un chapeau rouge à un abbé nommé de Bernrs, et une duché-pairie à un homme nommé le comte de Stainville.
Voyons, en effet, ce qui s'était passé en France pendant cette guerre, qui vient d'égarer nos yeux sur les trois parties du monde.
M. de Bernis. — Sa fortune. — Il Tcut abandonner l'alliance autricliieiine. — Madame de Pompadour mécontente. — M. de StaioTiiie-Choiscul. — Sa conduite vis-à-tis du cardinal de Bernis. — Retraite du cardinal. — Fateur de M. de Choiseul* — Il est créé duc. — Mot de Frédéric. — M. de Bernis exilé, — - Conduite de M. de Choiseul. <-> Madame de Pompadour et la reine. —La marquise fait ses pâques. — Scission entre les jésuites. — Le dauphin. — Son exil à Meudon. — Le parlement. — Pratiques religieuses du dauphin. — La famille des Choiseul. — Avènement de Pierre III. -* CaUierine II* — Puissance russe.
L'abbé de Bernis, qui avait, du boudoir de madame de Pompadour, négocié et conclu avec le ministère autrichien le traité du i"" mai 1756, avait été nommé ambassadeur à Vienne, le il janvier suivant, pour le cimenter; puis, toute chose accomplie, il était revenu à Paris, avait été admis au conseil, le 2 janvier 1757, et déclaré ministre des affaires étrangères au mois de juin. Le traité de 1756 avait
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été la source de cette faveur : un chapeau de cardinal devait en être la récompense, et ce n'était pas chose difâcile à obtenir, pour deux puissances catholiques comme la France et l'Autriche, qu'une simple nominatioa au cardinalat.
En outre, Fabbé de Bernis, quoique ennemi des jésuites, et tant soit peu philosophe, n'avait pas été étranger à l'exaltation du Vénitien Bezzonico, qui, en arrivant au pontificat, s'imposa le nom de Clément XIII.
Après avoir été nommé ministre des affaires étrangères, en juin 1757, il avait été nommé commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, le 2 février 1758; et, vers la fin de la même année, il avait enfin reçu le chapeau de cardinal.
Pour soutenir toutes ces nouvelles dignités et le titre de comte qu'y avait ajouté le roi, il avait fallu créer ime fortune au nouveau cardinal. En conséquence, le roi lui avait donné une pension sur sa cassette, un appartement au Louvre et une place au chapitre noble de Lyon; il y ajouta l'abbaye de Saint-Arnoult en 1755, l'abbaye de Saint-Médard do Soissons en 1756, le prieuré de la Charité en 1757, et enfin l'abbaye des Trois-Fontaines en 1758.
Mais aussi, une fois comte, une fois ministre, une fois cardinal, une fois riche, l'abbé commença à s'apercevoir que cette alliance avec l'Autriche était une chose fatale, et que cette guerre de Sept ans, qui en avait été la suite, était ruineuse non-seulement pour la France, mais encore pour sa popularité. Il tenta donc de négocier la paix, dûton, pour arriver là, abandonner l'alliance autrichienne.
Ce n'était point là l'affaire de madame de Pompadour; aussi, du moment qu'elle ne vit plus dans le cardinal son premier commis, elle vit en lui un homme qu'il fallait renverser.
Or, notre ambassadeur à Vienne étail M. de Stainville-
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Choiseul, fils de M. de SlaînviUe, envoyé du grand-duc de Toscane. Il avait servi dans l'armée de M. de NoaiUes, où il remplissait la fonction d'aide-major général de Tinfan* terie. C'était un homme d'une figure peu agréable, mais spirituelle, d'une ambition démesurée et d'un caractère assez audacieux pour soutenir son ambition. H affectait peu dé rigidité pour ces principes que la politique et la diplomatie rangent au nombre des vertus vulgaires, et paraissait plus jaloux d'inspirer la crainte que l'estime.
L'abbé de Bemis s'adressa à lui pour arriver au but pacifique qu'il venait de substituer à sa politique première.
M. de Cboiseul n*hésita pas entre le cardinal de Bornis et madame de Pompadour, avec laquelle il était en correspondance directe. Il communiqua les dépêches du cardinal de Bemis à Marie-Thérèse, lui représentant le ministre des affaires étrangères comme un homme dangeretix et découragé, comme un homme par conséquent qu'il fallait chasser de sa place. Marie-Thérèse, trouvant un si bon Autrichien dans M. de Cboiseul, n'hésita point à lui promettre le ministère du cardinal de Bemis, dont le renvoi était résolu à Vienne, avant même que Louis XY se dûiUàt que le crédit de son ministre était ébranlé.
Le cardinal de Bemis vit bientôt ce qui se tramait contre lui. C'était un homme de beaucoup d'esprit, lequel comprit qu'il ne pouvait tenir contre madame de Pompadour, o Marie'Thérèse et M. de Stainville-Choiseul; il offrit, en conséquence, sa démission en faveur de ce dernier. La démission fut acceptée, M. de Cboiseul rappelé de Vienne et fait duc, comme l'abbé de Bemis avait été fait cardinal.
C'est pourquoi Frédéric disait :
— On a fait l'abbé de Bemis cardinal pour avoir commîs^
une faute, et on lui a ôté son ministère pour avoir voulu la réparer.
Mais ce n'était point assez, car le cardinal était resté au conseil, et continuait d'y appuyer la paix comme le seul remède capable de tirer la France de la situation où elle se trouvait; aussi Marie-Thérèse continuait-elle de réclamer contre lui. Le duc de Ghoiseul et madame de Pompadour préparèrent une lettre d'exil, qu'ils mirent sous les yeux du roi et que le roi signa.
En se délivrant de Bernis, M. de Ghoiseul, déjà ministre ou à peu près, devenait pair; il payait ses dettes, s'enrichissait, avançait sa famille, «t assurait à madame de Pompadour cette principauté de Neuchâtel, vers laquelle «lie n'avait pas cessé de tourner ses yeux, et dans laquelle seulement elle voyait une retraite assurée contre Tinimitié du dauphin, en cas de mort du roi.
La pauvre femme, âgée de trente-huit à trente-neuf ^ns, ne se doutait pas que c'était elle qui le précéderait dans la tombe. Au xvm« siècle, les maîtresses des rois mouraient jeunes.
M. le cardinal de Bernis renvoyé, M. de Ghoiseul, Lorrain d'origine et surtout de caractère, fils d'un père qui avait été ambassadeur de l'Empereur, et qui, en cette qualité, était pensionné par l'Autriche, M. de Ghoiseul demeura complètement Autrichien à la cour de France.
Arrivé au pouvoir, M. de Ghoiseul comprit qu'il lui fallait, comme il venait d'opter entre madame de Pompadour et le dauphin, opter entre les jésuites et le parlement.
Entre la favorite et le dauphin, M. de Ghoiseul avait opté pour la favorite.
Afin d'être conséquent, il lui fallait opter pour le parlement contre les jésuites.
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Expliquer cette nécessité où il se trouvait, et comment madame de Pompadour fut amenée à regarder cet ordre comme son ennemi, et par conséquent à lui faire ia guerre, ce sera encore un exemple des petites causes amenant les grands effels.
En 1745, madame de Pompadour avait été présentée; devenue marquise, elle voulut, en 1746, être dame du palais de la reine.
Il était difQcile, on le comprend, que la reine accueillit cette présentation ; cependant elle était si bonne, si parfaitement dévouée aux caprices de son royal époux, que la duchesse de Luynes voulut bien se charger de mettre la demande de madame de Pompadour aux pieds de la reine.
La reine répondit que les places de dames du palais étaient toutes occupées ou promises.
— Eh bien, insista madame de Pompadour, faites savoir à Sa Majesté que je me croirais très-honorée d'être surnuméraire.
Madame de Luynes alla présenter cette nouvelle requête à la reine; puis elle revint près de la favorite.
— Eh bien ? demanda encore celle-ci.
— £h bien, répondit madame de Luynes, Sa Majesté désire conserver dans sa maison la règle établie.
— Quelle est cette règle? demanda madame de Pompadour.
— C'est que les dames fréquentent les sacrements, et que toutes au moins fassent leurs pàques, rc3:le observée oussi dans la maison de madame la dauphine.
— Mais, di* madame de Pompadour, je fais mes pàques, moi.
— La reine le croit, répondit madame de Luynes; mois, comme le public n'en est pas persuadé, il serait nécessaire