‹ Louis XV et sa cour: 1-2Chapitre 4 sur 17 · II · texte numérisé non relu

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que le public le crût comme la reine; alors^ la reine donne*, rait volontiers son consentement.

Henri IV avait dit :

— Paris vaut bien une messe.

Madame de Pompadour dit :

— La place de dame du palais vaut bien la confession et la communion.

Seulement, madame de Pompadour commit une grande faute. Tout édifiée qu'elle avait dû être par Taffaire du père Pérusseau et de madame de Chàteauroux, elle s'adressa aux jésuites pour en obtenir la confession et la communion.

C'était une grande affaire pour Tordre de confesser madame de Pompadour; aussi y eut-il scission chez les bons pères, qui se divisèrent en deux partis.

Un parti tolérant, qui voulait que Ton confessât et que Ton fit communier madame de Pompadour, purement et simplement, sans conditions.

Mais l'autre parti, celui des vrais jésuites, qui n'aimait pas madame de Pompadour, qui n'aimait pas ses principes, qui n'aimait pas ses philosophes, qui n'aimait pas l'abbé de Demis, résolut de lui refuser toute absolution, tant qu'elle resterait à la cour et près du roi.

Les jésuites, adoptant le second parti, refusèrent en con* séquence l'absolution et la communion à madame de Pompadour.

De là, haine de la favorite contre l'ordre, qui, voyant en 1755 sa puissance parfaitement consolidée, décida dès ce moment, avec l'abbé de Demis, l'expulsion de l'ordre.

Presque aussitôt cette résolution prise, les jésuites, qui avaient des espions partout, en furent avertis; un copiste, de qui on ne.se méfiait pas, rendait compte au recteur de

la maison Saint-Antoine de Paris de tout ce qu'il apprenait à ce sujet.

En attendant, confessée ou non confessée, la reine. avait été obligée de céder, et, sur Tordre de Louis XV, madame de Pompadour avait été présentée, le 8 février 1756, en qualité de dame surnuméraire.

Une des conditions de cette présentation était d'être embrassée par le dauphin. Le dauphin, forcé par son père, embrassa la favorite; mais, en se retournant après Favoir embrassée, il lui tira la langue.

Une bonne âme, qui avait surpris dans une glace Taction du dauphin, vint la rapporter à madame de Pompadour, qui, à rinstant même, alla se plaindre au roi de cette avanie, lui persuadant qu'en manquant de respect à sa maîtresse, le dauphin lui en avait manqué à lui-même.

Séance tenante, le roi ordonna au dauphin de se rendre à Meudon et d*y rester. La reine et les ministres tentèrent alors d'apaiser le roi, mais il fut inflexible.

La nouvelle de cet exil et le motif qui l'avait causé parvinrent au parlement : le parlement, irrité, ne demandait qu'une occasion pour faire entendre un de ces sourds grognements qui éveillèrent toujours le peuple, si bien endormi qu'il fût. M. de Maupeou vint trouver le roi, et lui fit des représentations sur l'exil d'un prince qui appartenait moins au roi qu'à l'État dont il devait être un jour souverain. Le roi consentit au retour de son fils, mais à la condition qu'il désavouerait d'avoir tiré la langue à madame de Pompadour. Le dauphin désavoua avoir tiré la langue, rentra en cour, mais n'en fut que l'ennemi plus acharné de la favorite.

Voilà pourquoi M. de Choiseul, en se déclarant pour la favorite, se déclarait contre le dauphin, et, en prenant le parti du parlement, déclarait la guerre aux jésuites»

Quant à la sympathie du dauphin à l'ordre, il n'y avait pas de doute à en faire.

Le roi avait été prévenu que, non-seulement le dauphin remplissait avec une grande exactitude ses devoirs de chrétien, — et, comme, au fond du cœur, Louis XV ava^de la religion, il trouvait bon que le prince agit ainsi, — ihais il lui avait été dit encore que, chaque jour, son fils disait Matines et Laudes comme un curé de village, et il lui ajait fait des reproches de cet excès de dévotion.

Le dauphin avait respectueusement reçu les reproches de son père, mais il avait continué comme auparavant à dire Laudes et Matines,

Un jour, on rapporta au roi que le dauphin faisait bien autTC chose que de dire roftîce, et qu'il passait une partie de la nuit prosterné devant un crucifix, en habit de jésuite.

Pour le coup, le roi rejpta cette anecdote comme apocryphe; mais, un soir qu'il rentrait chez lui, vers trois heures du matin, un familier de madame de Pompadour lui offrit de le convaincre, s'il le voulait, du genre d'occupation nocturne du dauphin.

Le roi accepta, car il doutait encore; et on le conduisit jusqu'à l'appartement du dauphin, dont la porte avait été ouverte à l'effet de donner passage au roi, lequel, parvenu jusqu'au salon, aperçut, dans la chambre de son fils, un homme à genoux devant un Crucifix, immobile et en habit de jésuite.

Cet homme tournait le dos, et le roi ne put voir sa figure; mais quel autre que le dauphin pouvait être, à trois heures du matin, dans la chambre du dauphin ?

Le roi n'hésita donc pas à croire le prince coupable de cet excès de dévotion.

El, en effet, ce devait être un crime aux yeux d'un roi

LOUIS XV ET SA coun C5

sortant à trois heures du matin de quelque orgie, la langue avinée et les jambes tremblantes de débauche, que de voir son fils, jeune prince de vingt-cinq ans, priant et faisant pénitencç, non pas pour ses fautes, à lui à qui on ne pouvait repjéfeher que de vivre trop saintement, mais pour les fautes de son père.

En outre, nous l'avons dit, le dauphin s'était prononcé contre l'alliance autrichienne, ce qui était une nouvelle raison à M. Choiseul de se déclarer contre lui.

Cependant M. de Choiseul comprit que, dans cette lutte qu'il allait avoir à soutenir contre le premier prince de la maison royale, contre l'héritier de la couronne, ce n'était point assez d'avoir le roi, Marie-Thérèse, madame de Pompadour et le parlement, qu'il lui fallait encore toute sa famille en place, tous ses parents au pouvoir, afin que la moindre atteinte à son autorité lui fût dénoncée comme est dénoncé à l'araignée le moindre souffle qui fait trembler sa toile.

Il commença à faire entrer dans ses vues et mettre au courant de ses plans les plus secrets sa sœur, femme d'esprit, et caractère d'intrigue.

Béatrix, comtesse de Choiseul Stainville, était chanofnesse comme madame de Tencin, et l'on assurait qu'elle avait encore avec madame de Tencin cette ressemblance d'aimer son frère d'un amour trop vif pour n'être que fraternel; au reste, de pareilles accusations sont fréquentes dans l'époque que nous essayons de peindre, et il faut ne leur accorder que le degré de confiance qu'on accorde aux mauvais propos de cour.

La comtesse de Choiseul-Stainville fut appelée à Paris, où l'on essaya d'abord, mais sans y réussir, de la marier au prince de Beaufremont, qui éluda l'alliance 5 peu après ce mariage manqué, elle épousa le duc de Grammont,

lequel consentit à cette union sur la promesse que lui fit M. de Choiseul de lever l'interdit de ses biens.

Dès lors, madame la duchesse de Grammont eut une cour assez considérable pour faire froncer le sourcil à madame de Pompadour. •

X^ duc ,ûe Choiseul ministre, la comtesse de Choiseul duchesse de Grammont, on vit tous les Choiseul de la terre arriver à la cour. Alors, il suffit de s'appeler Choiseul et d'appartenir à une branche mâle pour avoir des places.

D'abord, le duc de Choiseul, Créé pair le 10 décembre 1758, se fit remplacer dans son ambassade à Vieni» par le comte de Choiseul.

En 1759, Léopold-Charles de Choiseul-Stainville est fait archevêque d'Alby, en attendant l'archevêché de Cambrai qui lui était promis.

En 1760, le coïàte de Choiseul, ambassadeur à Vienne, est créé chevalier des ordres du roi, et une dame de Chœseul, chanoinesse de Remiremont et abbesse de Saint- Pierre de Metz.

Une fois chevalier des ordres du roi, le comte de Choiseul, ambassadeur à Vienne et lieutenant général de l'Au*tfilche, quitte son ambassade, et entre comme Meutenant général dans Farmée française.

Quelque temps après, le duc de Choiseul se donne à lui-même le gouvernement de la Touraine, la charge de surintendant général des postes, et réunit le ministère des affaires étrangères à celui delà guerre.

Il profita de la circonstance pour faire M. de Chois^l- Beaupré maréchal de camp^ M. de Choiseul de la Beaume, — qui était sous-lieutenant dans les gens d'armes écossais, — colonel du régiment d'Aubigné- dragons; et le comte de Stainville inspecteur général de l'infanterie.

Après avoir opéré dans FÉglise, dans la diptomatie €t dans Tarmée, M. de Choiseul opère dans les ministères.

Le comte de Choiseul, ambassadeur à Vienne, chevalier des ordnes du roi, lieutenant général dans l'armée, est nommé ministre plénipotentiaire au »*3ongrè8 d'Augsbourg, au mois de mai I76i; il est nommé ministre des affaires étrangères, le 13 octobre suivant; s'empare de la marine le 44, devient pair de France, prend le titre de duc de Praslin, reçoit la charge de lieutenant général de Bretagne, tandis que sa femme obtient le tabouret ch^ la reine.

Madame de Ghoiseul-Boaupré devient abbesse de Glossinde;

M. Clésia duc de Choiseul est fait cardinal;

M. de Choiseul-Beaupré, heutenant général;

Le vicomte de Choiseul, brigadier d'infanterie;

M. de Choiseul de la Beaume, maréchal de camp;

Enfin, le baron de Choiseul, ambassadeur près le roi de Sardaigne.

Tous les Choiseul, hommes et femmes, que nous venons de nommer, officiers, ambassadeurs, ministres, cardinaux, gouverneurs de province, brigadiers, lieutenants généraux, maréchaux de camp, formaient ce qu'on appelle la dynastie des Choiseul; dynastie obéissant au duc de Choiseul, son chef, sur un geste, sur un signe, sur un mot.

Un seul Choiseul fit de l'opposition : c'était un Choiseul qu'on appelait Choiseul-Romanet, parce qu'il avait épousé la fille de Romanet, président au grand conseil; il avait été menin du dauphin, et sa femme passait pour avoir été un instant la maltresse du roi.

Il fut mis à la Bastille.

M. de Choiseul, qui n'avait pas quatre mille livre» de

rente bien nettes quand il avait été nommé ministre, avait épousé, le 14 décembre 1750, mademoiselle Grozat, petite* fille du fameux millionnaire de ce nom, qui avait été taxé, en 1716, au quatrième rôle et sous le numéro 22i, à six cent mille livres, et dont le père avait acheté 1q titre de marquis du Ghâtel et de Garaman : ce fut un ange pendant la vie de son mari, ce fut une sainte après sa mort.

M. de Ghoiseul soutenait donc Marie-Thérèse de tout son pouvoir, lorsqu'un événement inattendu vint contraindre celle-ci à faire la paix.

L'impératrice Elisabeth mourut, et laissa le trône à Pierre III.

Pierre III était l'ami personnel de Frédéric.

A peine sur le trône de Russie, Pierre III se retira de la coalition et ordonna à ses troupes de se joindre à celles de Frédéric; il n'y avait pas moyen de tenir contre ce revirement.

De là, le traité de Paris, si désastreux pour nous, et dans lequel Frédéric ne perdit pas un pouce de terrain.

Il est vrai que Pierre III ne resta pas longtemps sur le trône; la même année où il l'avait faite impératrice, Gatherine II le fit prisonnier.

Sept jours après, Pierre III mourut dans sa prison, et Voltaire, qui avait appelé Frédéric II le Salomon du Nord, eut une amie de plus parmi les têtes couronnées.

Gatherine y gagna le nom de Sémiramis du Nord, que la postérité changea en celui de Messaline.

G'est du règne de Gatherine II que date réellement l'ac^ croissement de la Russie. Nous ne pouvons résister, puis* que nous en sommes là, à mettre sous les yeux de nos lecteurs le tableau de l'accroissement continental de cette puissance, comme nous y avons mis le tableau de Taccroissement colonial de l'An ^jiterre.

La Russie, il y a cent ans, s'étendait de Kiev à File Saint-Laurent, et des grands monts Altaï au golfe de TYénisséi, et peut-être avait-on le droit de croire que c'était pour lui marquer une limite que Bering avait découvert le détroit auquel, en mourant, il laissa son nom.

La Russie ne s'est point arrêtée là.

Elle a rompu cette vieille limite de Kiev.

Le serpent Scandinave, qui enveloppe de ses replis la septième partie du globe, a déroulé les anneaux de sa gueule entr'ouverte pour dévorer la Prusse : d'une de ses mâchoires, il touche aujourd'hui à l'occident la Vistule, et de l'autre le golfe de Bothnie ; à l'orient, il a franchi, en s'allongeant, le détroit de Bering, et ne s'est arrêté qu'en rencontrant l'Angleterre au pied du mont Saint-Élie et des monts Bubcklands; comme une arête derrière son dos, il porte aujourd'hui une plage dentelée qui, dernière limite du monde, se découpe sur l'océan Glacial depuis le fleuve Pianina jusqu'aux îles des Ours, et depuis le lac Praniskoé jusqu'au cap Sassé.

Ainsi, depuis cent ans, la Russie a gagné :

Sur la Suède :

La Finlande, Abo, l'Esthonie, la Livonie, Riga, Revelct I2DC partie de la Laponie.

Sur l'Allemagne :

La Gourlande et îa Samogîtie.

Sur la Pologne :

La Lithuanie, la Volhynie, une partie de la GalMc!^, Mohilev, Vitepsk, Polotsk, Minsk, Bialystok, Kaminiec, Tarnopol, Vilna, Grodno, Varsovie.

Sur la Turquie ;

Une partie de la petite Tartarie, la Crimée, la Bessarabie, le littoral de la mer Noire, le protectorat de la Ser* vie, de la Moldavie et de la Yalachie.

Sur la Perse :

La Géorgie, Tiflis, Érivan, une partie de la Circassie,

Sur rAmérique :

Les îles Aléoutieimes et la partie nord-ouest du continent septentrional de Farchipel de Saint-Lazare.

Sa plus grande longueur est de trois mille huit cents lieues.

Sa plus grande largeur est de quatorze cents.

Elle compte soixante et dix millions d'habitants.

De l'autre côté de la mer Noire, elle regarde la Turquie, qu'elle s'apprête à envahir.

Puis, si un jour elle s'adjoint la Suède, elle ferme le détroit du Sund à l'occident, le détroit des Dardanelles à l'orient, et nul ne pénétrera plus qu'à son plaisir dans la mer Noire et dans la Baltique, les deux grands miroirs qui réfléchissent déjà, l'un Saint-Pétersbourg et l'autre Odessa.

Comparez, en face de ces deux.puissances giganlesqueSy ce que les hommes, bien plus encore que les événements, ont fait de la France.

A£^ire de Teipulslon des jésuites. — Craintes de madame d Pompadour et de M. de Ghoiseul. ^— Les philosophes. — La. parlement. *— Le peuple contre la compagnie de Jésus. — ^ Craintes de Louis XV. — Travaux des philosophes et des compilateurs. — MM. Boucher, Pinot et Lepage commencent Tat» taque. -~ Reprise du procès du commerce dans flnde. -^ Examen de la constitution de Tordre. -^ Livres brûlés par la main du bourreau. — Hésitations de Louis XV. — Il écrit au général. — Réponse de celui-ci. — Arrêts des parlements de province. — Bannissement des jésuites. — Dissolution. -~ Mot de Voltaire. — Son jugement sur le Contrat social. — Publications littéraires. — Morts. — Les princes. -• Madame de Pompadour* >

Les Ghoiseul placés, le traité de Paris signé, Marie-Thérèse satisfaite ou à peu près, on eut le loisir de s'occuper de cette grande affaire qui depuis longtemps préoccupait madame de Pompadour, M. de Ghoiseul et les philosophes.

Nous voulons parier de Texpulsioû des jésuites.

En laissant vivre le dauphin, et en laissant les jésuites dominer, madame de Pompadour et le duc de Ghoiseul se voyaient perdus à la mort du roi, âgé alors de cinquantetrois ans.

En anéantissant au contraire leur compagnie, non-seulement ils se popularisaient, mais encore ils ôtaient au roi futur, fils ou petit-fils de Louis XY, un des moyens de leur nuire.

Les philosophes étaient les ennemis déclarés des jésuites. Voltaire, quoique élevé par un jésuite, d*Alembert, Diderot et cet autre philosophe couronné qui aida à les chasser des États des autres rois, mais qui ne les chassa point de ses États, Frédéric, les poursuivaient depuis longtemps.

Les parlements ne leur en voulaient pas moins que les philosophes. La compagnie de Jésus, grâce à ses influences, était toujours parvenue à se soustraire à l'influence parle, mentaire en obtenant des rois, qu'ils dirigeaient, que leurs afl'aires fussent portées au grand conseil, corps judiciaire, instrument ministériel, mais non véritable magistrature. De là la haine.

De son côté, le peuple, qui attribuait aux religieux l'assassinat de Henri IV, l'assassinat de Louis XV et le refus de sépulture qui scandalisait Paris depuis dix ans, n'était pas disposé le moins du monde à soutenir les jésuites.

Les deux grandes oppositions à ce projet de destruction pouvaient venir, l'une du roi Louis XV, l'autre de la cour de Rome, entièrement gouvernée par les jésuites sous Clément xin.

Quant à Louis XV, il n'y avait rien de bien arrêté en lui ni pour ni contre la compagnie de Jésus; il en avait peur instinctivement, voilà tout.

On commença par lui rappeler comment les jésuites s'étaient conduits envers lui lors de sa maladie de Metz. Louis XV, à cette époque, avait été faible jusqu à la lâcheté, et ne leur avait jamais pardonné cette lâcheté.

Depuis, leur influence sur le dauphin, influence qui éloignait le jeune prince de lui, et qui le poussait au mépris incessant de la favorite, avait encore augmenté ce senti* ment d'antipathie qu'il ressentait au fond du cœur.

L'attentat de i7t>7, dont le parlement avait accusé les

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jésuites^ sans plus de fondement peut-être que les jésuites n'en avaient accusé le parlement, avait achevé de jeter, à l'endroit de la compagnie de Jésus, du trouble dans l'esprit du roi.

On sentait donc qu'il n'y avait qu'un dernier coup à frapper, non pas pour se faire un allié du roi, mais tout au moins pour que le roi restât neutre.

On encouragea alors les philosophes à attaquer les jésuites, tandis que des compilateurs recueillaient tout ce qu'avaient pu mettre au jour de théories tyrannîcides les écrivains et les prédicateurs de l'ordre.

Le tableau de toutes ces théories, mis sous les yeux de Louis XV, l'épouvanta; et, ne voulant, n'osant peut-être pas prendre parti dans cette grande lutte, il laissa agir madame de Pompadour et M. de Choiseul.

Boucher, fameux janséniste du temps; Pinot, avocat, et Lepage, bailli du Temple, familier de M. le prince de Gonti, ennemi déclaré de la société, publièrent, les uns des pamphlets, les autres des faits sérieux, dans le but de préparer la France à cette grande catastrophe.

Enfin, Berlin et Berrier furent les agents de madame de Pompadour, près du parlement de Paris et des parlements de province.

Les choses ainsi préparées, on se tint sur le qui-vive décidé qu'on était à saisir la première occasion qui se présenterait d'attaquer l'ordre ouvertement.

Depuis longtemps, on savait que les jésuites faisaient dans l'Inde un commerce scandaleux; mais le crédit de la société était si grand, qu'il étouffait réclamations et plaintes. Le père Lavalette et le père Sacy, jésuites, avaient été jugés banqueroutiers de trois millions, le d9 novembre i759 ; mais le procès s'était arrêté là*

H. le duc de Ghoiseul reprit ce procès; et, par arrêt du • mai i76i, il rendit les maisons établies en France et le général des jésuites aolidaires des pores Lavalette et Sacy.

Les créanciers jetèrent une grande clameur, et Ton put voir alors ce que la compagnie de Jésus avait d'ennemis en France.

Après avoir attaqué les jésuites dans leur commereo, le ministère les attaqua dans leur constitution.

L'ordre avait été fondé par Ignace de Loyola, noble espagnol, né en 1491, et qui, atteint d'une maladie grave, avait fait vœu, en 11184, si Dieu lui rendait la santé, de renoncer à tous les biens de la terre, et de travailler 1 la conversion des infidèles. Dieu l'exauça. Il revint à la vie, jeta à Paris les fondements de son ordre, se rendit k Rome, le fit ap* prouver en 1540 par le pape Paul III, et en Ait élu général en 1541.

^ La société se répandit rapidement, non-seulement en Italie, non-seulement en France, mais encore par toute TEurope, mais dans l'Inde, mais dans l'Asie, mais dans le monde entier. Établis en France en 1551, sous le roi Henri II, Téducation de la jeunesse leur avait été cî^Qée. Bannis de France en 1596, ils y avaient été rappelés, en 1603, par le roi Henri IV; depuis ce temps, ils y avaient acquis Tin*fiuence dont nous les avons vus jouir sous Louis XIV, la Régence et Louis XV.

Cet ordre donné par le ministère d'examiner la constitution de Tordre, épouvanta fort les jésuites. Rédigée par des ehellB qui avaient eu besoin des papes et des rois pour l'établissement et la dotation de leur compagnie, il était évident que Tarbitraire avait beaucoup fait dans cette constitution.

Cette constitution, discutée et mise au jour au mo-

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ment de la plus grande efflorcscence des idées philosophiques, ne pouvait donc qu'être fatale à Tordre; aussi le dauphin, FarehevÔque de Paris, M. de la Yauguyon, tout ce qui protégeait et soutenait les jésuites en France, supplièrent-ils le roi de ne point faire cet examen public et de s'en réserver la connaissance. Louis XY, ébranlé, attribua à son conseil la connaissance des règles des jésuites. Mais le parlement, qui voyait lui échapper l'enquête, le parlement, soutenu par M. de Ghoiseul, déclara abusiiii les bulles, bref^ et constitutions papales; et, ne pouvant examiner la constitution des jésuites, il examina leurs ouvrages.

Ce fut une nouvelle compilation de maximes régicides telles, que le parlement put faire brûler par la main du bourreau une collection de livres émanés du cœur ménm de l'ordre.

Dès lors, Louis XV ne vit plus dans les jésuites que des fauteurs d'assassinat et même des assassins.

Quant au fond de l'affaire, le parlement reconnut que les jésuites n'étaient que tolérés en France,- et que pas un seul acte légal n'y sanctionnait leur établissement, les eours souveraines n'ayant jamais voulu enregistrer leurs titres, et les rois ayant été presque toujours obligés de composer pour eux un tribunal exprès.

Enfm, Louis XV avait récemment évoqué leur affaire à 4on conseil; mais le parlement, voyant que la cause lui échappait, prononça, aprèâ une séance de quinze heures. Ma appel comme d'abus. L'abbé Terray était d'avis d'adopter ce renvoi de la constitution au conseil. L'abbé de Ghau^ Yelin, au contraire, haineux et méchant comn>e un bossu, fut d'avis d'anéantir ce renvoi. Lavardy soutint Tabbé de Chauvdiin, qui avait fait les deux rapports sur la constitu» lioft.

;C LOUIS XV Et SA COUR

Treize magistrats seulem3nl eurent le courage de se pro«* noncer eo faveur de la société.

Ce furent Terray, Maynon, Tuder, Laguillaumie» Lezonet, Sahuget, Farjon, Barillon et les présidents Maupeou, d'Ormesson, d*Aligre, Sarron et Mole.

Cependant le roi sentait instinctivement que détruire Tordre des jésuites, poursuivi par les parlementaires, les philosophes et les courtisanes, et soutenu au contraire par le dauphin, c'était porter un coup terrible à la religion, et par suite à la monarchie. Il lui eût été impossible de se rendre compte de ce sentiment qui mettait la résistance au fond de son cœur, comme un pressentiment de sou propre danger; mais enQn ce sentiment, il l'éprouva.

Comme les esprits faibles, il s'arrêta à un terme moyen, et fit écrire à Rome pour demander au général s'il consentirait à quelques modifications de Tordre; mais celui-ci répondit avec la résignation et la fermeté des anciens martyrs :

Sint ut sunt, aut non tint,

t Qu'ils soient tels qu'ils sont, ou qu'ils ne soient pas. »

Le général préférait que Tédiflce tout entier croulât plutôt que d'en voir détacher une seule pierre.

L'édifice croula donc.

Le 6 août 1762, le parlement rendit un arrêt.

Cet arrêt dissout la société, fait défense aux jésuites de porter Thabit de Tordre, de vivre sous l'obéissance du général et autres supérieurs de la société, d'entretenir aucune correspondance avec eux directement ou indirectement; leur ordonne de vider les maisons qui eu dépendent, et leur fait défense de vivre en commun, se réservant d'accorder à chacun d'eux, sur leur requête, les pensions alimentaires nécessaires, et leur interdisant le pouvoir de

posséder aucun canonicat, bénéfice^ chaire ou emploi.

Cet arrêt devint un modèle pour tous les parlements de province, qui, tour à tour, expulsèrent les jésuites de leur ressort.

Puis un arrêt, du 9 mars 1764, bannit de France les jésuites qui avaient, refusé de prêter le serment prescrit dans l'arrêt.

Enfln, un édit du roi, en date de novembre 1764, prononça la dissolution de la société.

Ce fut, comme on le comprend bien, une ample matière à épigrammes et à chansons^ que ce renvoi :

Que fragile est ton sort, société perverse !

Uu boiteux te fonda^ uo bossu te rouverse*

Ignace de Loyola, fondateur de la société, blessé par un biscaïen au siège de Pampelune, était boiteux.

M. de Chauvelin, Tauteur des deux rapports d'après lesquels la société fut dissoute, était bossu.

Puis Ton fit cette réponse aux pauvres capitaines de l'armée, qui se plaignaient d'être réformés ;

Capitaines qu'on réforme, £t qui partout publiez Que c'est injustice énorme Qu'on vous ait ainsi rayés, A tort chacun de vous crie 3 Uu coup plus inallendu

Nous pétrifie :

Jésus lui-même a perdu

Sa compagnie.

Un quatrain indiquait en môme temps le cas que l'auteur dudit quatrain faisait des jésqites et du parlemcnl ;

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Gi-gtt le corps le plus savant^ Le plus soumis, le plus fidèle.

Détruit par le plus ignorant.

Le plus fougueuiE; le plus rebelle.

Mais alors ce ne sont nlus les parlements de province, seulement, qui imitent celui de Pam; c'est l'Espagne, c'est Naples, c'est Parme, qui imitent la France.

— Bieny Men, disait Voltaire avec son rire destructeur, en voyant cette battue générale contre les jésuites. Main^ tenant, après avoir chassé Us renards, il faut chasser les loups.

Ce fut 1789 qui se chargea de cette dernière chasse.

A l'heure qu'il est, et quoique quatre-vingt-huit ans se soient écoulés depuis cette époque, ce grand acte de souveraineté parlementaire et de despotisme royal n'est pas encore jugé froidement; à l'heure qu'il est, le moi jésuite, mal compris, mal appliqué, mal défini, est encore une injure. Pourquoi ? C'est qu'arrivée presque la dernière dans la chronologie des ordres religieux, la compagnie de Jésus s'est mise à la tète de toutes les congrégalions religieuses, et marchait vers la suprématie absolue. Sans aucun moyeti de contrainte, sans aucun privilège universitaire, les jésuites s'élaient emparés peu à peu de l'éducation publique^ leurs collèges regorgeaient d'écohers» et, une fois sortis du collège, les écoliers, devenus hommes, conservaient avec leurs anciens maîtres une relation sympathique qui, jusqu'au tombeau, liait l'abeille à la ruche dont elle était sortie, sans autre puissance que l'enseignement, sans autre domination que la parole; ils en étaient arrivés à joindre entre leurs mains les deux bouts de la société, en développant rinlelligence du peuple, en dirigeant la conscience des rois. Leurs racines étaient ^i profondément entrées dans le sol, que, malgré l'arrêt de i7#4, qui les dissout»

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que malgré l'édit de i767, qui les bannit, que malgré le bref de 1773, qui les supprime, à peine rétablis par le bref de iSOi, ils étaient déjà reconstitués trois ans après en France, sous le nom de Pères de la Foi, et, en 1816, ils y avaient repris, sous le nom ûq société de Jésus^ toute la puissance que la révolution de 1630, seule ^ put leur fair» perdre.

Nous reviehdroni, à propos de Louis XVI, de la révolu-** tion de 1789, Sur l'expulsion dès jésuites et sur l'influencô que cette expulsion a eue sur la destruction de la religion et Tabolilion de la royauté.

C'est pendant la période que nous venons de décrire que lean-Jacques Rousseau publie sucœssivement : la NoU" velle Héloîse, Emile et le Contrat toùial, ouvrages qui furent loin de produire, à leur apparition, l'impression qu'ils pro« duisirent plus tard.

La Nouvelle HéloUê parut en 1750, VÈmilê et U Contrat soeml, en 1768.

Au moment de la publication de ce dernier livre, voici ce que Voltaire en écrivait :

« L$ Contrat social ou insocial n'est remarquable que par quelques injures dites grossièrement au roi par le doycn du bourg de Genève, et par quatre pages insipides contre la religion chrétienne ; ces quatre pages sont dô Bayle; ce n'était pas la peine d'être plagiaire. L'orgueil-* leux Jean-Jacques est à Amsterdam, où l'on fait plus de cas d'une cargaison de poivre que de ses paradoxes. »

C'est aussi vers cette époque que Diderot fait représenter son Fils naturel, et publie tes Bijoux indiscrets, Jacques U Fataliste et ta Belgieuse. Le baron d'Holbach donne les Lettres à Eugène ou le Préservatif contre les préjugés^ et le Système de la nature; Helvétius, soki livre de lEspi U; puis enfin, des hommes sans nom, des livres infâmes, comme

le Compère Mathieu, le Bon sens du curé Meslier, Thérèse philosophe^ littérature de boudoir d'abord, et qui descend jusqu'au lupanar, qui commence à Crébillon fils, et qui s'arrête à M. de Sade.

Au reste, au même moment où la corruption se mettait dans la société, la mort se mettait à la cour. La belle Madame Royale, qui avait épousé Tinfant duc de Parme, avait quitté rîtalie pour venir voir son frère à Versailles. Louis XV n'avait pas osé faire sur ses enfants l'expérience que le duc d'Orléans avait faite sur les siens. La petite vérole était toujours là, comme le lion de l'Écriture, guœrens quem devoret. La jeune princesse se présenta sous sa main furieuse, et, en moins de huit jours. Madame Royale était morte, le visage déchiré par ses ongles de feu.

Le 5 mars 1760, mourait à son tour madame de Condé, vieille amie du roi, qu'il avait lait peindre quarante ans auparavant, courant la chasse avec lui, coiffée en Diane chasseresse et montant un cheval alezan.

Le 23 juillet suivant, c'était le comte de Charolais qui payait son tribut; celui-là, le roi ne le regretta point : c'était ce cruel chasseur d'hommes qui, héritier de l'arquebuse de Charles IX, tirait les couvreurs sur les toits, et faisait, in anima vili^ l'expérience de l'agonie. Il avait fini par vivre, dans les forêts et ne paraissait plus à la cour.

C'était, le 22 mars 1761, M. le duc de Bourgogne (ce nom fut fatal aux dauphins qui le portèrent) ; c'était le duc de Bourgogne, pauvre enfant de dix ans, qui mourait, laissant son frère, le duc de Berry, héritier de l'échafaud; c'était un charmant enfant aimant et aimé. En jouant avec i:n de ses camarades, il tomba poussé par lui et se blessa. Ne voulant rien dire, de peur de faire gronder celui qui avait été cause de l'accident, il mourut d'un dépôt. La perte

tODIS XV ET SA COUR 8i

fut cruelle à Louis XV; le roi Taimait comme l'aïeul aime son petit-fîls.

Le roi croyait en être quitte avec la mort, quand, tout à coup, on vint lui dire, chose étrange, pour lui surtout qui la voyait tous les jours :

— Madame de Pompadour se meurt !

C'est que madame de Pompadour, pour qui plaire au roi était la première obligation, et je dirais presque le suprême devoir, ne s'occupait que d'une ctiose, cacher au roi sa souffrance.

Maintenant, de quoi souffrait madame de Pompadour?

Était-ce une de ces maladies de femme, douloureuses, inflexibles? Était-ce, comme le crut madame de Yintimille, comme le crut madame de Châteauroux, comme elle le crut elle-même, un poison non moins sûr et plus rapide?

Voici ce qu'on raconta, ou plutôt ce qu'elle raconta ellemême :

Berlin, créature de madame de Pompadour, était ministre des finances, et M. de Ghoiseul, ambitieux de tous les pouvoirs, voulait réunir les finances aux ministères qu'il avait déjà accaparés pour lui et pour les siens.

Au reste, les finances étaient dans le plus étrange désordre, et, le !•' décembre, le parlement avait obtenu une commission pour en examiner la réforme. Madame de Pompadour se ressouvint alors de ce que lui avait dit à ce propos le cardinal de Bernis; elle crut se ressouvenir que son ancien protégé lui avait, à une certaine époque, exposé des plans excellents; elle crut surtout remarquer que madame de Grammont venait bien souvent à la cour, que son frère la plaçait le plus qu'il pouvait à portée de la main et du regard du roi. Elle reconnut un douf)le danger pour b France et pour elle à laisser M. de Ghoiseul à la tête du gouvernement; elle reçut le cardinal de Bernis, qui lui-

8i LOUIS XV BT SA GOÏÏR

même revit trois fois le roi, et, à cette troisième êntreyac^! le renvoi de M. de Choiseul fut arrêté.

M. de Choiseul sut toute cette petite conspiration ourdie contre lui, et, le lendemain, madame de Bomp^dour tomba malade.

Nous n'appuierons pas plus Taccusation de médame de' Pompadour contre M. de Choiseul, que nous n'avons ap-' puyé celle de madame de Chàteauroux contre M. de Mau«' repas : toutes les fois qu*à la cour meurt d'une façon' inattendue et prompte quelque grand personnage, on est certain d'entendre à l'instant même bruire une accusation d'empoisonnement.

Quoi qu'il en soit, madame de P6mpadour se trouva atteinte tout à coup, à Choisy, au milieu d'une partie do plaisir, d'une maladie qu'on ne crut d'abord que doulou-<* reuse et qui prit bientôt une gravité mortelle.

On la transporta de Choisy à Versailles.

Louis XY vit les progrès de la maladie de la marquise sans la moindre émjtion; le sentiment qu'il avait éprouvé pour elle, et qui du désir avait passé à l'habitude, ce sentiment semblait avoir subi une nouvelle transformation et se résumer en un sentiment de pure convenance. Le roi fut attentif et assidu pour la malade, comme il l'eût été pour une amie. Tous les jours, le duc de Fleury apportait au roi un bulletin de santé. Le 15 avril 1764, il entra comme d'habitude, mais sans bulletin.

Madame de Pompadour était morte.

Elle s'était vue mourir et avait été, on face de la mort, plus courageuse qu'on ne l'aurait cru. Au commencement de sa dernière journée, le curé de la Madeleine était venu la voir; vers onze heures, il prit congé d'elle.

— Attendez encore un moment, monsieur le curé, lui dli-elle» et nous nous en irons ensemble.

LOGIS XV ET SA COUR 8i

Avec la vie de la marquise s'éteignit la sollicitude du

roi.

Le cadavre de la favorite fut mis sur une civière et emporté par deux hommes de peine. Le roi était à sa fenêtre quand l'ignoble cortège passa. Il tombait quelques gouttes d'eau d'un ciel chargé de nuages. Le roi étendit la main

et dit :

— Pauvre marquise! je crois qu'elle aura mauvais temps pour faire son dernier voyage.

Madame de Pompadour fut inhumée au couvent des G&pucines de Paris, dans la chapelle de la maisoft dé Glréqui, qu'elle avait achetée un an auparavant pour ôa sépulture.

On lui fit trois épitaphes.

Les voici :

Ci-gtt d'Élloles-Pompadour, Qui charmait la lïWe et la cour; Femme iofidèle et maîtresse accomplie; LHym«D et TAmour n'ont pas tor^ Le premier de pleurer sa vie , Le second de pleurer sa mort»

La seconde est plus concise et surtout plus énergique :

Ci-git qui fut quinte ans pucelle^ Vingt ans catin et sept ans maquerelle*

Là troisième est en latin, et a toute la fermeté d*unè ôpigramme de Martial :

Hic piscis regina jacet qua lilia gueeit

Per nimis. An mirum si floribus occuhat aîbis?

Il ne faudrait rien moins que M. de Maurepas pour traduire galamment ce dernier distique; m&is,M. de Maurcpas ayant oublié de nous çn donner la traductioni nous laisse* rons chacun faire la sienne.

M. le daupbin. — Ses derniers moments. — Marie-Tosèpbe de Saxe^ daupliine. — Ses demandes à Louis XV. — M. de Cboiseui. — Ses craintes. — Sa haine pour la princesse. — Les promesses de Louis XV. — Armand et Pelletier. «— M. LeclieTin^ premier commis. •» Boiscaiilau etTabbé Terray. — Madame la dauphine favorise M. d'Aiguillon. — La tasse de chocolat du \*' février. — La daupbine dit au roi qu'elle est empoisonnée. — Le contre-poison. — Mort de la daupbine. — Bruits et clameurs dans Versailles. — L'autopsie. — Déclaration de quatorze médecins. '— Trouble de Louis XV. — il se rapproche de la reine. — Douleur de cette princesse. — Stanislas meurt brûlé. — La Lorraine réunie à la France. — Mort de la reine. — Les morts. — Les deux partis. — UM, de Choiseul et d'Aiguillon.

Nous Favons dit, la mort de madame de Pompadour n'avait pas profondément affecté Louis XV. Si bien que rhabitude soit prise d'un joug, il y a des moments où ce joug nous pèse. Louis XV se regarda donc comme rendu à la liberté. D'ailleurs, depuis quelque temps, en politique et en religion, madame de Pompadour avait pris plus d'influence qu'il ne convenait à Louis XV de lui en laisser prendre. En politique, elle l'avait lié à l'Autriche, objet de ses premières aversions, et, en religion, elle lui avait fait renvoyer les jésuites, objets de ses premières sympathies. Et puis, madame de Pompadour, en opposition ouverte avec le dauphin et avec Mesdames, était une éternelle cause de discorde intérieure. Sa mort privait dose Louis XV

d*habitudes prises qui lui étaient agréables, mais aussi sa vie troublait un ropos qui lui était nécessaire.

A tout prendre et au fond du cœur, Louis XV, selon toute probabilité, ne fut point fâché d'être débarrassé de madame de Pompadour.

Malheureusement, la mort était entrée à la cour de France, et ne comptait pas en sortir ainsi; il lui fallait de plus nombreuses et surtout de plus illustres victimes.

Depuis la fin de 1760, M. le dauphin voyait sa santé s'altérer; souvent ses confidents intimes, M. de Richelieu, M. de Muy, M. de la Vauguyon, avaient reçu la confidence de ses pressentiments de mort. Aux étrangers ou au vulgaire des courtisans, il donnait pour cause de son dépérissement et de sa pâleur un froid pris à un voyage de Compiègne, lequel aurait amené une affection de poitrine dont il allait souffrant de plus en plus ; mais, à ses amis, aux cœurs dévoués, à ceux dont la vie était mêlée à sa vie, il avouait franchement qu'il croyait être empoisonné.

Vers le commencement de décembre, il se trouva plus mal, et, après une mauvaise nuit, envoya chercher son médecin. Quelques amis empressés entouraient le fauteuil du prince.

Le médecin appelé entra et lui tâta le pouls. Les symptômes étaiept graves, car le médecin tressaillit.

Le prince s'aperçut de son inquiétude, et, lui saisissant le bras :

— Mon cher La Breuille, lui dit-il tout bas, n'effrayons personne.

Et il emmena, en eff?t, le médecin dans la chambre voisine, pour cacher, autant qu'il était en son pouvoir, à ceux qui l'entouraient, la gravité du mal dont il était atteint.

A partir de ce moment, le dauphin n'eut plus d'espoir, et ceux qui l'entouraient durent se préparer à sa mort.

ê$ LOUIS XV ET 6A GOUB

Le dauphin avait eu pour première femme une jèuûè princesse de race espagnole, véritable rose de Sévilie, dont Fimage était longtemps demeurée dans son cœur, malgré un second mariage.

Ce second mariage avait mis dans les bras du prince, au lieu de la brune Marie-Thérèse, une blonde fille dé la Saxe, et il avait fallu tout l'amour, toute la douceur, tout le dévouement de cette dernière, pour qu'elle prît dans la vie du prince la place de la première.

A cette heure seulement où la mort le menaça, le prince put rendre justice à l'ange que Dieu avait mis à son chevet, et qui ne le quitta ni jour ni nuit : constamment penchée sur sa couche, sa fraîche haleine se mêla à l'haleine fiévreuse du malade; jalouse de toute main étrangère, elle devint la fidèle gardienne de son mari, qui, vainement, la suppliait de se soustrairo aux miasmes putrides de cette longue et étrange maladie.

C'était pour elle, c'était pour quelques personnes de sa famille seulement, que le dauphin regrettait la vie. Religieux dès l'enfance, les jours qu'il avait vécus jusque-là avaient été une longue aspiration vers le ciel. La veille de sa mort, il disait à son confesseur :

— Je vous jure, mon père, que, si j'étais libre de choisir entre la vie et la mort, je sacrifierais mille vies au désir qui me presse de voir Dieu et de le posséder.

Quant au roi Louis XV, il était toujours le mémo; on n'eût pas dit que ce fût un fils, on n'eût pas dit que ce fût l'héritier de cette noble et belle couronne de France, qui s'en allait mourant, mais un étranger, un allié, un parent à peine. Toute sorte de soins, toute sorte d'égards étaient prodigués à Tillustre moribond; mais tout cela avec des yeux secs, un visage froid, une poitrine vide.

Louis XV, par la porte entr'ouverte, suivait tes progrès

de Tâgonie sur le visage du dauphin. Il réglait les apprêts du convoi, et, comme on se trouvait à Fontainebleau > comme le moment de la mort du prince devait être aussi le moment du retour de la cour, le roi prévint les courtisan» qu'ils eussent à se tenir prêts à retourner à Versailles le lendemain ou le surlendemain.

De son lit, le malheureux prince voyait tout cela. Paquets jetés par les croisées, malles transportées aux porte» des chambres, carrosses que l'on chargeait^ chevaux que Ton envoyait chercher.

— Ah t mon cher La Breuille, dit tristement le prince à son médecin, il faut que je me dépêche de mourir; car, en vérité, je le vois bien, en tardant, j'impatiente trop de monde.

Soit fatigue, soit qu'elle ressentit déjà les atteintes du mal dont bientôt elle devait mourir, la princesse avait été forcée, consumée qu'elle était par la fièvre, de se retirer chez elle, et cela, la nuit qui précéda la mort de son mari; mais dans son agonie, lui, pensait à elle, et envoyait demander comment elle se trouvait.

Deux fois il reçut le viatique: c'était une consolation, presque un soulagement pour ce cœur si religieux.

— Aussitôt que ma famille aura quitté ma chambre, dit-il à son confesseur, vous me direz les prières des ago^ nisants, n'est-ce pas?

— Mais, lui répondait celui-ci, il n'est pas encore temps, mon prince, et Votre Altesse royale n'est pas si mal qu'elle le croit.

— N'importe, dites-les toujours, insista-t-il; ces prières sont si belles, qu elles me touchaient profondément, même au temps où je n'en avais pas besoin comme aujour-. d'hui.

Deux heures seulement avant de mourir, le dauphin

fis LOUIS XV ET SA COUR

perdit connaissance. Jusque-là, il avait consolé ceux qui Tentouraient en leur disant:

— Je ne souffre pas beaucoup; c'est incroyable comme il est facile de mourir.

Il ne mentait pas, il mourut facilement, comme doit mourir un juste, le 20 décembre 1765.

Le roi fut cependant plus sensible à cette mort qu'on ne faurait cru. Cinq minutes après que son fils eut expiré, on fit entrer son petit-fils dans sa chambre en annonçant :

— M. le dauphin.

— Pauvre France ! s'écria Louis XV, un roi de cinquantecinq ans et un dauphin de onze!

Presque en même temps, la veuve tout éplorée entra à son tour dans la chambre du roi, et vint se jeter à ses pieds, le priant de lui servir à elle, pauvre étrangère, de père et de protecteur. Elle désirait élever elle-même ses enfants, obtenir la qualité de surintendante, conserver son rang à la cour et s'approcher le plus possible de la personne du roi.

Pauvre femme qui s'inquiétait de l'avenir, quand son avenir à elle était une place prochaine dans le tombeau de son époux 1 Le roi se retira immédiatement à Ghoisy, où il passa huitjjours loin de tout cérémonial.

Pendant ce temps, le peuple se désespérait de la mort du dauphin comme d'un malheur. Des passants s'arrêtaient sur le pont Neuf, s'agenouillaient devant la statue de Henri IV, et faisaient là leur prière. On sentait que le crêpe de la veuve et des orphehns s'étendait sur la France tout entière.

Le corps du dauphin fut transporté à Sens, où il repose dans le souterrain de la cathédrale. Le cœur seul fut conduit à Saint-Denis.

Le roi avait promis à madame la dauohine tout ce qu'elle

avait demandé ; mais ce n'était pas raifaire du ministère Ghoiseul que la veuve approchât ainsi le roi, et s'emparât peut-être de son esprit. La princesse était née Saxonne; comme les princesses allemandes, elle avait reçu une grande éducation. £lle parlait toutes les langues, et même le latin. En cas de mort du roi Louis XV, elle était appelée naturellement à la régence; or, la maison de Saxe connaissait à fond les intérêts du corps germanique dont elle est une des parties constituantes. La maison de Saxe savait mieux qu'aucune autre maison ce que la France avait perdu à Talliance autrichienne. Il était donc important d'empêcher la princesse, qui, ainsi que nous Tavons dit, était de la maison de Saxe, d'entrer trop avant dans l'intimité du roi.

Et d'abord, pour mettre un obstacle à cette intimité, l'appartement que réclamait madame la dauphine, *et qui était auprès de celui du roi, fut déclaré inhabitable par Gabriel, l'architecte de M. de Ghoiseul. Le roi voulut s'en assurer par lui-même, et on lui fit voir, en effet, des poutres qu'il trouva si peu solides, qu'au lieu du logement qu'elle demandait, il donna à la princesse tous les petits appartements.

Quelque temps après, la dauphine sollicita une place pour un favori de son mari; mais le duc de Ghoiseul, qui voulait que toutes faveurs dérivassent de lui, et qui surtout tenait à exclure des emplois les clients de la dauphine, fit déclarer et signer par le roi que toutes les charges de nou< velle création s'achèteraient.

Laverdy, créature de M. de Ghoiseul, était alors aux finances. Il taxa la charge à cent cinquante mille livres, pour que le protégé de madame la dauphine, qui était pauvre, n'y pût atteindre. Mais madame la dauphine obtint la promesse du gratis du roi, ce qui augmenta encore

la hâihe do M. de Ghoiseul pour elle. Auàsi ie ministre fit-il tout oe qu'il put pour que le roi retirât Ift parole donnée; mais, contre son habitude, il la maintint.

Nous disons contre son habitude, attendu que rarement Louis XY tenait les promesses qu'il faisait, du moment que ces promesses soulevaient quelques difficultés de la part du ministre ou même des commis.

Citons un ou deux exemples.

Il y avait à la Comédie-Française un acteur d'un grand mérite, nommé Armand, qui avait si souvent amusé le roi^ qu'un soir, en sortant du spectacle, le roi, le rencontrant sur son passage, à Choisy, lui dit :

— Armand, je vous fais cent pistoles de pension. Le comédien s'inclina et rentra chez lui enchanté. Mais, plus au fait de la mise en scène des pièces que de

la miSe en pratique des bureaux, Armand crut que la parole du roi suffisait pour aller toucher au Trésor royal. En conséquence, l'année révolue, il s'y présenta sa quittance à la main. Connu de tous les commis» il est reçu par eux à merveille ; seulement, on lui dit qu'on ne peut le payer^ attendu qu'il n'est point sur l'état. Étonné de cette diffl** culte, Armand va chez le duc d'Aumont, qui était présent quand le roi lui avait accordé cette grâce, et lui raconte ce qui vient de lui arriver.

M* le premier gentilhomme l'écoute gravement; puis^ quand il a fini t

— Vous êtes un faquin I lui dit-il.

— Comment, un faquin, monseigneur? s'écria Afmand.

— Oui, monsieur; apprenez que c'est moi seul qui, en ma qualité de premier gentilhomme de la chambre, dois vous faire avoir une pension, et que ce que le roi vous a dit ou rien, c'est la même chose.

Armand s'inclina, sortit et courut cliez ses camarades, afin de leur demander conseil. Leur avis fut qu'Armand devait faire instruire le roi de ce qui venait de lui arriver. Armand suit cette instruction, et Louis XV apprend ce qui s'est passé.

— Ehl mon Dieu, ouf, pauvre garçon, dit le roi; tout cela est vrai comme l'Évangile : je lui ai donné une pension, mais cela ne me regarde plus maintenant; qu'il s'arrange avec d'Aumont.

D'après cette réponse, Armand vit bien qu'il fallait dire adieu à sa pension de cent pistoles. En effet, pendant plusieurs années, tout resta dans le statu quo, et ce ne fut que par l'intermédiaire de mademoiselle Clairon, qui, en accor^ dant ses bonnes grâces à M. le gentilhomme de la cham-* bre, exigea la ratification de la parole du roi, que le pauvre Armand vit son nom inscrit sur la bienheureuse liste des faveurs royales, ou plutôt, comme on le voit, sur celle de M. le premier genlilhomme.

Le roi avait plusieurs valets de chambre horlogers, et il était d'usage que le doyen de ces serviteurs eût une pension de six cents livres.

Ce doyen meurt, et Louis XY dit à un nommé PelieUer» qui devenait l'ancien :

— Mon cher Pelletier, vous avez la pension.

Celui-ci, instruit des usages, et éclairé par rgxemple d'Armand dont l'aventure a fait du bruit, ne se le lient pas pour dit, et va chez son supérieur, le premier gentilhomme de la chambre, lui demander son agrément pour cette pension qui lui e$t déjà donnée. Ce supérieur fait écrire au ministre, M. Amelot, lequel répond qu'il va mettre cette demande sous les yeux du roi, et faire expédier le brevet.

Pelletier a pour lui le ministre, le roi et e premier gen-

tilhomme; avec ce triple appui, il croit qu'il n'y a qu'à étendre la main pour toucher sa pension.

Pelletier se trompe : il a oublié de solliciter une puissance; cette puissance, c'est M. Lechevin, premier commis de la maison du roi, et le brevet n'est point expédié. Un an s'écoule sans que le pauvre Pelletier voie arriver le premier écu des six cents livres. Il va trouver de nouveau le premier gentilhomme, lequel écrit de nouveau au ministre, lequel n'ose contrarier son premier commis, qu'il a sans doute des motifs de ménager. Enfin la chose dure encore un an, lorsque Pelletier se résigne et finit par où il eût dû commencer, c'est-à-dire par faire sa visite au premier commis. Lechevin, touché de cette démarche, fait une morale à Pelletier sur la hiérarchie du pouvoir, et finit par expédier le brevet, vingt-sept mois après la parole du roi donnée.

Boiscaillau, chirurgien des armées du roi, adresse à Sa Majesté un mémoire dans lequel il réclame le payement de quelques sommes qui lui sont anciennement et légiti* memént dues. Le roi, surpris que ces sommes n'aient point été encore acquittées, met au bas du mémoire, et, cela, de sa propre main :

i Mon contrôleur fera payer, sous un mois, le montant du mémoire ci-dessus à Boiscaillau^ à qui il est bien dû et qui en la besoin. < Louis. »

Le chirurgien, muni de ce mandat, court au contrôle général et parvient à grand'peine jusqu'à l'abbé Terray, lui présente son mémoire apostille de la main du roi, et, plein de confiance, attend le résultat de l'apostille.

— Qu'est-ce que cela? demande l'abbé.

— Vous le voyez, monsieur, répond le chirurgien, c'est l'ordre de me payer une somme qui m'est due.

LOUIS XV Et SA COUK D3

— Ah ! quelle plaisanterie I dit Tabbc.

Et il jette le mémoire de Boiscaillau, qui le ramasse stupéfait.

— Mais monsieur, c'est le bon du roi !

— Oui, mais ce n'est pas le mien.

— Cependant Sa Majesté...

— Qu'elle vous paye, puisque vous vous adressez h olîô-

— Maisl...

— Sortez, monsieur, je n'ai pas le temps d'être étourdi davantage.

Et l'abbé Terray meta la porte Boiscaillau, qui, aba^ sourdi, pétrifié, ne sachant à quel saint se vouer, s'adresse au capitaine des gardes, lequel s'empresse de réconduire; il a alors recours au duc de Richelieu, près duquel il ne peut parvenir; mais il trouve un nouveau secrétaire que le maréchal vient de prendre, et montre à ce secrétaire l'ordre, du roi. Celui-ci, neuf encore au métier, et qui croit que le roi est quelque chose dans l'État, prend le mémoire, entre chez le maréchal, et, tout ébouriiïé de l'audace du contrôleur général, dit au du<x,que l'abbé Terray vient de faire une énormité qui, si elle était sue du roi, exposerait ce ministre aux plus grands désagréments.

Puis il lui conte de point en point l'affaire comme elle s'est passée.

— Mon cher ami, dit le duc de Richelieu à son secrétaire, vous êtes un imbécile de ne pas savoir que la plus mauvaise protection de tout le royaume, c'est la protection du roi ; puisque l'abbé a dit que Boiscailau n'aurait rien, dites à Boiscaillau qu'il n'aura rien; quanta vous, mon cher, tâchez d'apprendre ces choses-là, qui sont l'A B C de notre langue, ou, sans cela, quelque bien que je vous veuille, je ne pourrai vous garder à mon service; ftllez.

Et, selon la prédicUon de M* de Richelieu, Boiscailldu n'eut jamais rien.

Revenons à la pauvre dauphioe, qui, pendant la maladie de son mari, avait été prévenue, par quelques évanouissements, que sa santé, à elle aussi, était profondément atteinte; bientôt sa faiblesse devint telle, et son état parut si grave aux médecins, qu'ils la réduisirent au laitage pour toute nourriture. Le régime parut apporter quelque amélioration dans son état; cette amélioration «e soutint, et, au mois de janvier 1766, les médecins déclarèrent qu'ils regardaient la princesse comme sauvée. Malheureusement, dit la sombre chronique qui enregistre le trépas de^ reines qui meurent jeunes, malheureusement, la princesse voulut se mêler de politique. Elle favorisait le duc d'Aiguillon, dont elle parla plusieurs fois au roi avec instance. C'était tout un ministère nouveau qu*elle proposait, et qui se composait de M. le duc d'Aiguillon d'abord, de M. de Muy, de révéque de Verdun et du président de Nicolaï.

S'il f^ut toujours en croire cette même chronique, une simple tasse de chocolat détruisit tout ce beau prqjet. Celte tasse de chocolat, la princesse la prit le i*' février i767. Le même jour, la dauphioe déclara au roi qu'elle était empoisonnée. Vainement madame Adélaïde lui donna-t-elle trois doses de ce fameux contre-poison dont nous avons déjà parlé, et que madame de Verrue avait apporté de la cour de Savoie ; la princesse mourut te vendredi 13, è l'âge de trente-cinq ai».

Ce qu'avait dit madame la daupbine avant de mourir eui un écho terrible à Versailles. A peine eut-elle fermé les yeux, que l'évéque de Verdun, M. de Muy, la duchesse de Caumont, te maréchal de Richelieu, M. de la Vauguyoo crurent à TempoisonnemenL L'accusation fut si patente, que rouverlure du corps de l'auguste défunte fut faite «a

présence de quatorze médecins, lesquels déclarèrent qu'ils ne reconnaissaient aucune trace de poison.

Toutes ces morts successives, toutes les accusations qui accompagnaient ces morts, augmentèrent la tristesse du roi, et parurent un instant avoir sur lui cette influence de le faire changer de vie. On remarqua avec inquiétude qu'il se rapprochait de sa femme, sage et pieuse princesse qui vivait on sainte au milieu des courtisans, des prostituées et des empoisonneurs.

La reine était elle-même plongée dans une aifreuse tristesse; elle venait de perdre par accident le roi Stanislas son père. Vers le milieu de février, le vieillard s'étant endormi dans son fauteuil au coin du feu, la flamme prit à ses habits et le brûla cruellement.

Le i3 février i766, il mourut, âgé de quatre-vingt-huit ans, et, par cette mort, la Lorraine revint è la France.

Sa fille ne lui survécut que deux ans. Après une longue et cruelle maladie, elle mourut à son tour le 24 juin 1768.

Pauvre princesse, qui n'était plus, depuis vingt-cinq ans^ que Tombre d'une reine, qui avait vu les maîtresses de son époux prendre sa place dans le lit et sur le trône, et qui disparut à son tour comme une ombre t

La terreur qui s'était répandue à Versailles lors de la mort du grand dauphin, du duc de Bourgogne, de ma^ dame la duchesse de Bourgogne, du duc de Berry et du duc de Bretagne, cette terreur reparaissait aux mêmes lieux et dans la même famille un demi-siècle après.

En effet, la mort venait de frapper cruellement et rapidement au milieu de la cour de France.

Récapitulons les victimes :

Madame infante, duchesse de Parme ; madame la duchesse d'Orléans; madame la princesse de Condé; M. le dauphin de France; son tUs aine M. le duc de Bourgogne;

la dauphine; la comtesse de Toulouse; le roi Stanislas; la reine.

Au milieu de tous ces cadavres, la terreur prit à madame Louise. Elle se sauva de Versailles, se réfugia aux Carmélites, y prit le voile, et ne s'occupa plus que de Dieu.

Les accusations d'empoisonnement ne furent pas épargnées ; toute la France murmura d'une seule voix : le cardinal de Luynes, les Nicolaï, le comte de Muy, le duc d'Aiguillon, le maréchal de Richelieu, l'archevêque de Paris, tous les seigneurs, tous les prélats qui formaient le parti du dauphin, et leur nombre était grand; tous ceux qui attendaient un règne honnête et paternel à la suite de ce règne despotique et dissolu sous lequel on vivait depuis plus de cinquante ans; toutes les voix enfin intéressées h la vie de ceux qui venaient de mourir, s'écrièrent hautement que toutes ces morts n'étaient pas naturelles, et en accusèrent M. de Choiseul.

On fit plus : après avoir désigné l'esprit fatal qui* avait mûri le projet, on indiqua la main régicide qui l'avait exé* cuté. Lieutaud, médecin des enfants de France, fut accusé d'avoir préparé les remèdes empoisonnés. Pour toute réponse, il se contenta de faire graver à la tête de son ouvrage la Médecine pratique, la maladie d'Alexandre. Dans cette gravure, le vainqueur de Porus est entre son médecin et ses délateurs, et, au lieu d'ajouter foi à l'accusation d'empoisonnement, il vide la coupe qu'on lui dit être empoisonnée.

Au restoi, vraie ou non, cette accusation eut un retentissement terrible. De cette accusation, la haine de Mesdames; de cette accusation, la haine du duc de Berry contre Jtf. do Choiseul.

Louis XVI, cœur faible et sans rancune, fut toujour?

Louis xV e't sa éouii 97

obstiné sur un seul point, et les tressaillements qu'il éprouvait, malgré lui, à la vue de M. de Choiseui, indiquaient, sans qu'il se donnât la peine de le cacher, qii^l voyait en lui l'empoisonneur de son père.

Le vieux roi, plus libertin et plus dévot à mesure qu'il avançait dans la vieillesse, parut*un instant revenir à Dieu seul. Son testament date de la mort de son fils. En voyant son fils aller à Dieu, il pensa qu'il n'y avait pas de temps à perdre, et qu'il pouvait, d'un jour à l'autre, être appelé à faire le même voyage.

A partir de ce moment, la cour se divisa plus profondément encore en deux partis. A la tête de l'un se trouvait M. le duc d'Aiguillon, qui accusait hautement M. de Choiseui de trahison et d'empoisonnement.

M. d'Aiguillon avait pour lui le dauphin, les seigneurs que nous avons nommés tout à l'heure, l'archevêque de Paris, le clergé de France et les jésuites.

M. de Choiseui avait pour lui l'impératrice Marie-Thérèse, les parlements, les jansénistes, les poètes, les économistes et les philosophes.

Nous verrons plus tard quel grain de sable jeté dans la balance la fit pencher en faveur du duc d'Aiguillon.

M LOUIS XV ET SA GOUfi

L'écbAfaud» — Lonîs XV. — Un mot de madame de Pompadour.

— Le comte de Lally-Tollendiil. — Son origine, — Ses premières armes. — 11 est nommé colonel. — Il se distingue à Footenoy. — Il e»t nommé gouTerneur de dos possessions dant 1 Inde. — Ses débuts. — Ses succès. — > 11 s'empare de Gondelour et de Saint Dtvid. — Sa marche en avant. ~>^ Il prend Madras. — Pillage. — Les mercenaires trahissent. — Retraite de Lally. -^ Pondichéry. — Désastre. -^ La flotte française battue. — RéToIte des troupes. — Prise de Pondichéry. — Lally prisonnier à Londres, — Les ennemis de Lally à Versaillet. — Lally rentre en France sur parole. — On le meta la BftsUlle sur ta demande. •«- Requête des gouTerneiirs et des colons. — Lally distrait de ses juges naturels. -> Les chambres du parlement évoquent l'affaire. — Le secrétaire de M. de Lally.

— Comn»encemeut du procès. — Attitude de l'accusé. — Sa cooQ.uice dans la bonté du roi. —- Le rasoir. ^- Le major de la Bastille — Lally dépouillé de ses ordres. -» Lally condamné. «~ Ses derniers mom« nis à la Bastille. — Le conseiller Pasquier. — ^ Pasquier»Bàillon. — La Grève. — Sunson le bourreau. — Un souvenir de la jeunesse de Lally. — L*exécution. -— Le nis du comte de Lally. — Mad ime de Henzé et mademoiselle de Diliuû. » Mot de Louis XV à M. de Choiseul.

Nous avons laissé en arrière un événement qui produisit grand bruit dans Paris, une mort qui ne fit point en France une sensation moindre que la plus illustre des morts que nous vouons de raconter.

Depuis longtemps, Téchafaud était resté inactif, théâtre désert où la noblesse ne venait plus jouer son dernier r61e.

Les derniers condamnés politiques avaient été ces malheureux jeunes gens de Bretagne dont nous avons raconté Texécution : MM. de Mont-Louis, de Pontcalec, du Couëdic et de Talhouet.

Le ministère du cardinal de Fleury avait été tout pacifique. Louis XY, d'ailleurs, n'était pas cruel; il était emporté, seulement. Plus d'une fois> dans les querelles parlementaires, il eut des velléités sanglantes. Madame da Pompadour disait :

— Je m'étudie à tempérer la colère du roi; car, si une fois il commence à répandre le sang, je le connais, la cour ea sera inondée.

Celui qui devait relever cet échafaud de la noblesse, inactif depuis trente-sept ans, c'était le comte Thomas-Arthur de Lally-ToUendal, beau nom, nom sonore qui avait retenti à la cour des Sluarts avec un égal dévouement, soit que les Sluarts fussent rois, soit que les Stuarts fussent prisonniers, soit qu'ils habitassent ^indsor, soit qu'ils habitassent Saint-Germain.

Depuis que les Stuarts étalent en France, le comte de Lally était devenu Français. A huit ans, il entra au service, et fut conduit par son père, second colonel du régiment irlandais de Dillon, au camp de Girone, où il reçut lo baptême du feu. Quatre ans après, c'est-à-dire à douze ans et demi, il était de garde à la tranchée devant Barcelone.

Bientôt Lally fut colonel du régiment qui portait son nom. Puis, en i740, à l'âge de trente-huit ans, il fut nommé lieutenant général; en i745, il se distinguait à Fonlonoy; enfin, en 1756, le rpi le nommait gouverneur de nos possessions dans Tlnde.

Lally était brave et instruit : il arrivait dans ce vieux monde avec la haine des Anglais et l'ambition d'une renommée. Son début fut une victoire. Trente-huit iours

après son arrivée, il ne restait plus un uniforme rouge sur toute la côte de Coromandel. La prise de Gondelour et de Saint-David l'enivra; il voulut pousser plus avant malgré la saison, malgré le manque de ressources, malgré Topinion de ses généraux. La témérité était sa force. Il se fia en elle, marcha sur le Tanjaour. Les Anglais le laissèrent avancer, revinrent sur leurs pas, gagnèrent sur un de ses lieutenants la bataille d*Orixa, et s'emparèrent de la ville de Masulipatnam.

Pendant ce temps, Lally investissait Madras et l'emportait d^assaut.

Depuis longtemps, les troupes n'étaient pas payées et manquaient de tout. Force fut donc au général de laisser 8es soldats se ruer sur les pagodes et les roupies indiennes. Les maisons particulières, les édifices publics, les temples furent pillés. D'horribles excès furent. commis; mais le soldat gorgé de débauches et de butin, mais l'officier parti pauvre et devenu riche, se turent» momentanément du moins.

Malheureusement, la ville de Madras seule était tombée au pouvoir des Français. Les forts appartenaient toujours aux Anglais. Lally fit ouvrir la tranchée, poussa vigoureusement l'attaque du fort Saint-George. Les moyens d'attaque manquaient. Lally, qui croyait que tout devait céder devant l'angle de fer d'une volonté énergique, employait à tout moment la violence au lieu de la persuasion.

Peu à peu les Français se lassèrent d'être commandés par cet Irlandais hautain. Les mercenaires — et leur nombre comptait pour moitié dans l'armée — écoutèrent les propositions des Anglais, et passèrent au service de l'ennemi. Il en résulta qu'au bout d'un mois d'occupation de la ville de Madras, Lally, furieux, vit qu'il était impossible de iQ garder, leva le siège du fort Saint-George et sa

LOUIS XV ET SA COUR lOi

mit en retraite sur Pondichéry, qu*il trouva dénué de toutes ces ressources qui, en ce moment, lui devenaient de la plus grande importance, c'est-à-dire de vivres, d'hommes et d'argent.

Notre escadre elle-même, qui avait sauvegardé la place depuis le commencement de la guerre, avait été attaquée par la flotte anglaise, bien supérieure en nombre, et, après U.1 combat glorieux mais inutile, avait fait voile pour Bourbon; de sorte qu'en entrant à Pondichéry, le gouverneur se trouva réduit à ses propres ressources.

Encore ses propres ressources furent-elles bientôt réduites elles-mêmes à néant par la révolte des soldats qui, n'ayant eu pour toute solde que le pillage de Madras, réclamèrent leur arriéré. Il leur était dû six mois.

Lally fut, en face de la révolte, ce qu'il était toujours, violent et hautain. Partout où il marchait sur elle et l'attaquait de face, il la comprimait; mais derrière lui la flamme éteinte flambait de nouveau plus ardente que

jamais.

C'est au milieu de ces divisions intérieures que les Anglais bloquèrent Pondichéry, refusèrent à un général irlandais une capitulation qu'ils eussent accordée peut-être à un général français, entrèrent de vive force dans Pondichéry, et, maîtres de la ville, vengèrent par de terribles représailles le sac de Madras. Lally, fait prisonnier avec son état-major, fut envoyé à Londres.

On comprend le bruit que fit à Paris une défaite aussi complète. La capitale des possessions françaises prise, le gouverneur et son état-mnjor prisonniers, il était impossible d'apprendre à la fois et tout d'un coup, après la série des victoires dont on s'entretenait encore, défaite plus complète et plus désastreuse.

Lally avait boa nombre d'ennemis à la cour de Ver-

Bailles : le malheur du général irlandais leur donnait raison. Ils attaquèrent non-seulement la capacité du gouverneur, non-seulement son courage, mais encore sa probité.

Selon eux, les malheurs de l'expédition venaient de la dilapidation des deniers de l'État, qui avait empêché de payer les troupes.

De Londres où il était, Lally-Tollendal entendit ces accusations. Son orgueil ne put les supporter. Il demanda à venir en France sur parole; sa demande lui fut accordée. Il arriva, croyant que haines et calomnies, tout s'évanouirait devant sa face de lion ; mais, en général d'armée, il s'aperçut bien vite qu'il avait laissé prendre à l'ennemi une trop bonne position pour qu'il pût l'en débusquer.

Alors, Lally voulut en appeler à la justice du roi de la justice des courtisans. Il demanda à Louis XV la faveur de se rendre à la Bastille; et, cette /iat^^ur accordée immédiatement, il y fut écroué le 1*' novembre 1762.

Dès le 3 août de la même année, une requête avait été présentée au roi par le gouverneur et le conseil supérieur de Pondichéry, lesquels disaient « qu'ayant été offensés jusqu'à l'excès dans leur honneur ot dans leur réputation par les imputations du sieur de Lally, ils demandaient justice à Sa Majesté, et un tribunal pour la leur faire rendre. »

Cette requête était appuyée d'un mémoire, tendant à prouver « que le conseil et la malheureuse colonie de l'Inde avaient été écrasés depuis le commencement jusqu'à la fm sous l'autorité d'un maitre despotique, qui n'avait jamais connu les règles de l'honneur, de la prudence et même de l'humanité ; que le comte de Lally était seul comptable de toute la régie et de l'administration tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la compagnie, ainsi que de tous les revenus des terres et dépendances qu'elle pos-

sédait: qu'il était coupable de la perte de Pondichéry, puisque la ville n*avait été rendue que faute de vivres, et que lui seul avait en mains les moyens qui pouvaient en procurer; savoir : l'argent pour les acheter, Jes fruits des terres, le produit des récoltes et les troupes pour les protéger. »

Si rinstruction de l'affaire avait été portée devant un conseil de guerre, Lally eut bien certainement été acquitté; mais on voulait la mort de Lally, et l'instruction de l'affaire fut déférée aux chambres du parlement, réunies ea cour de justice.

Nous avons dit qu'on voulait la mort de M. de Lally.

Voici pourquoi on la voulait; nous donneroiis trois rai** sons pour une.

On la voulait :

40 Pour faire croire à l'étranger que l'Irlandais nous avait trahis (une trahison sauvait l'honneur du drapeau);

2*> Pour venger uns vieille haine qui existait entre M. de Choiseul et M. de Lally-ToUendal, nommé, malgré le ministre, au gouvernement de l'Inde ;

3® Pour perdre, en même temps que de M. de Lally, M. de Saint-Priest, son parent, intendant du Languedoc, et désigné par la camarilla du dauphin pour faire piriie du ministère qui devait un jour ou l'autre remplacer le miRistère Choiseul.

D'ailleurs, il y avait un antécédent. Les Anglais nous avaient montré la route en tranchant la tête à l'amiral Bing.

Le rapport de cette grande affaire fut confié à M. Pasquier, conseiller à la grand'chamhre, qui avait été chargé de l'affaire de Damiens.

D'abord, il fut facile èi Xally do se trompe]^ $ur te Ifirt

qui lui était réservé, La Bastille adoucit pour lui ses rigueurs, et les borna à la simple réclusion. M. de Lally jouissait de la promenade; M. de Lally pouvait recevoir ses amis; M. de Lally obtint même la permission d'avoir près de lui un secrétaire.

Malheureusement, la captivité n'avait pas adouci le caractère violent et irascible du prisonnier. Toutes ses facultés, au contraire, avaient pris une irascibilité nouvelle. Le malheureux secrétaire, que son dévouement pour son maître avait porté à cette bonne action de s'enfermer avec lui, fut mal récompensé de ce dévouement. Les emportements du prisonnier commencèrent à lui troubler Tesprit. Il devint triste, silencieux et inquiet; et, un soir qu'un valet de chambre avait jeté dans la cour du puits une cuvette de sang caillé provenant de saignées faites par le chirurgien de la prison, le malheureux jeune homme, déjà frappé de marasme, s'épouvanta à la vue de ce sang qu'il crut le résultat d'un supplice secret. Aussitôt ce marasme devint folie; il tomba dans une attaque de nerfs en criant :

— Mais je n'ai rien fait, moi! Je ne suis pas coupable! On ne peut pas me trancher la tête pour des crimes que je n'ai pas commis. Ma liberté! je veux ma liberté!

Malheureusement encore pour le secrétaire, tout serviteur entré à la Bastille n'en sortait que lorsque son maître était mis en liberté ou mort. La liberté qu'il demandait ne ui fut donc pas rendue. La folie empira : il avait sans cesse l'échafaud devant les yeux. On décida qu'il serait transféré à Charenton. La décision fut accomplie; le secrétaire de Lally fut transféré, et Lally resta seul.

Cependant, le procès du gouverneur s'instruisait, mais s'instruisait lentement; les témoins les plus urgents étaient à Madras et à Pondichéry, c'est-à-dire à quatre mille lieues

LOUIS XV ET SA COUR i05

de la France : l'instruction ne put être ouverte (jue le 6 juillet 1763.

Lally, pendant une année de prison, n'avait rien perdu de sa tranquillité. Il connaissait la haine des Ghoiseul; il ne doutait pas de la sévérité du parlement; mais, aux in«> quiétudes exprimées par ses amis, il répondait imperturbablement :

— Le roi fera grâce.

Les débats s'engagèrent, et, dès le commencement, avec une partialité révoltante. D'ailleurs, l'accusé lui-même envenimait toutes les haines, doublait toutes les inimitiés par la vigueur de ses réponses et la puissance de ses accusations; car, sur beaucoup de points, d'accusé qu'il était, Lally se faisait accusateur.

Les séances étaient terribles, et, chaque jour, en rentrant à sa prison, Lally pouvait s'apercevoir que la surveillance devenait plus active autour de lui. De temps en temps, de sombres pressentiments passaient dans son esprit.

Un jour que le perruquier lui faisait la barbe, et cela, comme d'habitude, devant le geôlier, Lally s'amusa à soustraire au barbier un de ses rasoirs. L'opération finie, le barbier réclama le second instrument qui manquait à sa trousse. Lally avoua alors l'avoir pris dans l'intention de se raser tout seul la première fois. Alors, le geôlier se fâcha et réclama le rasoir, que Lally refusa de rendre. Les ordres étaient sévères, sans doute, car, sans en référer au gouverneur, le geôlier appela main-forte, sonna le tocsin, appela la garde. En un instant le corridor fut plein de soldats, et la prison de Lally pleine de menaces.

Alors, en riant, le général rendit le rasoir, cause de toute cette révolution.

Hais il était si conflant dans la clémence du roi, que

tout ce tumulte, occasionné pour un rasoir, ne put lui ouvrir les yeux.

Un jour, cependant, un mot du major fit pénétrer une lueur cruelle dans cet esprit si mal éclairé.

La voiture qui conduisait Lally aux séances du parlement ne marchait jamais sans une nombreuse escorte; en outre, le major se tenait près de lui dans l'intérieur. Un matin, le peuple s'ameuta autour de cette voiture. Lally voulut se pencher au dehors pour voir ce qui causait cette rumeur; mais le major, dont Laliy avait toujours pu remarquer la bienveillance, le major lui dit :

— Prenez garde, mon général, j'ai ordre de vous tuer au moindre signe que vous ferez au peuple ou à la moindre marque d'intérêt tïu'il vous donnera.

Lally se rejeta pensif au fond de la voiture.

Ce n'est pas tout. Au moment où l'on put soupçonner que, sous quelques jours, l'arrêt serait rendu, le premier président, remarquant l'affectation que mettait le généra^ à paraître en uniforme avec les insignes de son grade et les ordres du roi dont il était décoré, le premier président ordonna au major de la Bastille de lui enlever ses épaulettes, son cordon bleu et ses plaques.

Prié de les ôter par le major, qui déjà l'avait prévenu des ordres hostiles qu'il avait reçus contre lui, Lally répondit qu'on pouvait les lui arracher, mais qu'il ne les ôlerait pas.

L'ordre était donné, le major devait obéir. Il appela main-forte; la lutte s'engagea, et ce ne fut qu'en terrassant le prisonnier qu'on put lui arracher en lambeaux ses épauletles et ses cordons.

Toutes ces sévérités étaient des persécutions inutiles, qui devaient ouvrir les yeux de Lally, et cependant il ne pouvait croire à une condamnation à mort.

LOUIS XV ET SA COUR i07

Le 6 mai 1706, Lally fut désabusé cruellement.

L'arrêt du parlement fut rendu, et le comte, condamné à mort comme atteint et convaincu d'avoir trahi les intérêts du roi, de l'État et de la compagnie des Indes, ainsi que d'abus d'autorité et d'exactions vis-à-vis les sujets du roi et étrangers.

Le supplice était celui de la décollation, et devait avoir lieu en place de Grève.

A ce jugement, d'autant plus terrible que Lally n'avait absolument pas voulu le prévoir, Lally apostropha ses juges, les traitant de bourreaux et d'assassins.

Alors, le curé de la Sainte-Chapelle s'approcha de lui, l'exhortant à se calmer.

Mais Lally le repoussa avec impatience.

— £ht monsieur, dit-il, laissez-moi un instant seuL Puis il alla s'asseoir dans un coin.

Pendant dix minutes à peu près, on fabandonna à sa cruelle méditation; puis le major, fort ému, vint le prendre pour le ramener à la Bastille.

Lally se rappela alors combien de fois il avait él6 impatient et brutal envers cet homme, toujours bon et toujours respectueux pour lui,

— Monsieur, lui dit-il, pardonnez-moi toutes mes duretés; je suis un vieux soldat, mal habitué à obéir à tout autre que le roi, et presque toujours mon malheureux caractère m'emporte plus loin que je ne vehx aller.

— Devant un malheur pareil au vôtre, monsieur, dit le major, je ne me souviens et ne me souviendrai jamais que du respect que je vous dois.

— Alors, embrassez-moi, dit Lally; je regrette le temps que j'ai passé à vous haïr; je vois bien maintenant que vous faisiez votre charge.

Us revinrent ensemble à la Bastille*

103 LOCIS XV Et SA COUR

A peine le condamné fut-il rentré dans la prison, qu'on lui demanda s'il voulait recevoir son confesseur.

— Olî ! oh I déjà ? dit-il ; on est donc bien pressé de me tuer?

— Monsieur, répondit le messager, je crois pouvoir vous assurer que la visite du prêtre est tout officieuse.

— Eh bien, répondit Lally, ayez la bonté de lui dire quo je le recevrai plus tard; en ce moment, je suis fatigué, et je désirerais prendre un peu de repos.

On laissa M. de Lally seul; et, en effet, il s'endormit.

A partir de ce moment, aucun des amis, aucune des connaissances du condamné ne pénétra plus jusqu'à lui. Alors, ses parents, sachant qu'il ne lui serait point fait grâce, et voulant lui sauver la honte de l'échafaud, vinrent sur la place de la Bastille dans l'espérance qu'il monterait sur la terrasse ou se mettrait à la fenêtre, et qu'alors on pourrait lui faire signe de se couper la gorge.

Mais Lally dormait.

On le réveilla pour lui dire que le président Pasquier, qui avait rapporté l'affaire contre lui, demandait à lui parler.

Lally sauta à bas de son lit.

— Oh ! oui I dit-il, faites-le entrer, qu'il vienne, qu'il vienne 1

Il y avait une telle puissance dans le regard de cet homme, que le président, rencontrant son regard, s'arrêta sur le seuil de la porte.

— Monsieur, lui dit-il en rompant le premier le silence, 1c roi est si bon, que, si vous témoignez la moindre soumission, il est décidé à vous pardonner ; avouez donc vos crimes et dites vos complices.

— Mes crimes I s'écria Lally, vous ne les avez donc pas découverts puisque vous venez m'en demander l'aveu?

Quant ë mes complices, n'étant pas coupable, je n'en ai pas. Maintenant, écoutez ceci : Votre démarche m'insulte, et vous êtes le dernier de ceux à qui je permets de me parler de grâce. Retirez-vous donc, misérable, et que je ne vous revoie plus t

•— Mais, monsieur, dit Pasquier, réfléchissez, la passion vous emporte.

— Oh ! tu le sais bien que la passion m'emporte, toi qui as spéculé sur cette passion pour me faire condamner; mais le sang tache qui le verse, et mon sang versé te fera une tache éternelle.

£t, comme Lally faisait un pas vers lui :

— A l'aide ! cria Pasquier.

Les geôliers entrèrent.

— Qu'on le bâillonne! dit Pasquier; il a outragé le roû A ces mots : Qu'on le bâillonne t la rage s'empara du

prisonnier; il s'élança sur le président; mais les geôliers Farrêtèrent, et, ayant appelé deux soldats à leur aide, ils terrassèrent le vieillard; puis, obéissant à l'ordre de Pasquier, ils lui mirent le bâillon.

Le peuple apprit cette infamie, et le peuple n'appela plus Pasquier que Pasquier^Bâillon.

Derrière le rapporteur, le confesseur fut introduit. Aux saintes exhortations du prêtre, Lally parut se calmer, mais ce calme était factice; le prisonnier s'était procuré une pointe de compas, et, au milieu de son discours, Taumônier le vit pâlir.

Lally venait de s'enfoncer cette pointe de compas à quelques lignes du cœur.

L'aumônier appela au secours : on s'empara du condamné, que l'on garrotta.

— J'ai manqué mon coup, dit Lally; maintenant, c'est le tour du bourreau.

iiC LOUIS XYET SA COtT»

Le condamné n'eut pas longtemps à attendre. Le premier président, averti par Pasquier de la résistnnce du général, et parles geôliers de sa tentali\'0 de suicide, le premier président ordonna que l'exéeution serait avancée.

On annonça cette nouvelle à Lally.

— Tant mieux! dit-*il. Ah! ils m*ont bâillonné en prison; mais peut-être n* oseront-ils pas le faire quand ils me conduiront à réchafeut!, et ators, oh î alors je parlerai.

Ces mots furent encore répétés aux juges. Le peuple avait manifesté sa sympathie pour Lally. Lally, en parlant, pouvait soulever le peuple ; le parlement n'était pas populaire. Alors, sous prétexte que, pour se dérober au supplice, le condamné, selon les irâbitudes orientales, pourrait avaler sa langue, on se jeta sur le généi'al, on le bâillonna de nouveau, et, fié, garrotté, bâillonné, on le porta, écumant de rage mais muet, dans un tombereau entouré d'archers, qui suivit la charrette de Sanson.

A l'aspect de ce patient bâillonné, de ce vieillard dont le visage portait les traces des violences de ses bourreaux, le peuple murmura hautement. Mais toutes les précautions étaient prises; des forces imposantes étaient disposées tout le long du chemin que le condamné devait parcourir; il n'y avait donc pas moyen pour les spectateurs de manifester leur sympathie autrement que par des murmures.

Les spectateurs étaient nombreux, et, depvfs le supplice du comte de Horn, la Grève n'avait pas vu si splendide société. Presque toute la noblesse était là dans des voitures, non point amenée par une curiosité cruelle, mais pour fabe honneur au condamné.

A cette vue, le vieux général reprit le calme et la sérénité du champ de bataille. C'était un dernier combat à livrer ; seulement, celui-là , il était sûr de ne point

LOtJIS XV ET. SA COUR lil

y survivre, puisque la lutte était avec la mort même.

Il Taborda la tête haute.

Arrivé sur la plate-forme de Féchafaud, dont il avait courageusement monté les degrés, il étendit sur la foule un long et tranquille regard; sa bouche était muette, mais il y avait dans ce dernier appel des yeux plus d'éloquence qu'il n'eût pu en mettre dans le plus éloquent discours.

. C'était Sanson le père qui devait exécuter M. de Lally ; mais il avait abandonné cet honneur à son fils, malgré un étrange engagement pris trente-cinq ans auparavant avec le patient lui-môme. Un soir, M. de Lally revenait avec quelques jeunes fous d'une petite-maison qu'il avait dans le faubourg Saint- Antoine; les jeunes gens étaient gais et même à demi ivres, comme il convenait à des seigneurs qui avaient fait leur éducation sous la Régence; ils aperçurent une maison isolée au milieu d'un charmant jardin, et ardemment éclairée. En effet, la maison était en joie, et, derrière les vitres, on voyait passer, comme de folles ombres, danseurs et danseuses. Une idée germa dans la tête des écervelés : c'était de prendre part à la fête. Lally frappa à la grille; maison était si bien et si agréablement occupé dans la maison, que ce ne fut que lorsque nos fâcheux eurent fait rage, qu'un 4omeslique vint leur ouvrir et leur demanda ce qu'ils voulaient.

— Ce que nous voulons? dirent les jeunes gens. C'est que tu ailles informer ton maître que quatre jeunes seigneurs, qui passent et qui ne savent que faire du reste de leur nuit, lui font demander s'il veut permettre qu'ils prennent part à son bal.

Le domestique hésite; on lui met un louis dans la^maln, on le pousse, il rentre dans la maison, et nos quatre jeunes gens, convenables jusque dans leur incoitvenance, attendent sur le seuil que permission leur soit donnée d'entrer.

m LOUIS XV ET SA COUR

Cinq minutes après, le domestique rovint, accompagné de son maître.

C'était un homme de trente ans, au regard triste, au visage sévère.

— Messieurs, dit-il, mon domestique vient de m'exprimer, en votre nom, un désir qui ne peut que m'honorer: c'est celui de prendre part à notre bal, qui est celui de mon mariage.

— Ah ! dirent les jeunes gens, vous vous mariez ? Boni rien n'est gai comme les bals de noces. Ainsi, c'est dit, nous voilà admis au nombre de vos danseurs?

— Je vous ai déjà dit, messieurs, que c'était avec le plus grand plaisir; mais encore faut-il que vous sachiez quel est rhomme qui va avoir l'honneur d'être votre hôte.

— C'est un homme qui se marie, voilà tout ce que nous avons besoin de savoir.

— Si fait, messieurs, vous avez besoin de savoir autre chose; car cet homme qui se marie, c'est...

£t l'homme hésita un instant.

— C'est ?... répétèrent en chœur les jeunes gens.

— C'est le bourreau 1

La réponse refroidit un peu les jeunes gens. Cependant M. de Lally, le plus échauffé des quatre, ne voulut point avoir le dernier.

— Aht ah! dît-il en regardant le marié avec curiosité, ah 1 c'est donc vous, mon cher ami, qui décapitez, qui pendez, qui brûlez, qui rouez, qui écartelez? Enchanté d'avoir fait votre connaissance !

Le bourreau salua.

— Monsieur, dit-il, pour le commun des martyrs, pour les voleurs, pour les blasphémateurs, pour les sorciers, pour les empoisonneurs, je laisse la besogne à mes aides : des valets sont assez bons pour de pareils drôles; mais»

LOUIS XY ET SA COUR iiS

quand, par hasard, j'ai affaire à dés jeunes gens de famille, comme était M. le comte de Horn, à de jeunes seigneurs comme vous êtes, je ne laisse à personne l'honneur de leur trancher la tête ou de leur rompre les os, et je me charge moi-même de la besogne. Ainsi, si jamais les jours de MM. de Montmorency, de Cinq-Mars ou de Rohan reviennent, messieurs, vous pouvez compter sur moi.

— C'est parole donnée, monsieur de Paris? dit Lally- Tollendal.

— C'est parole donnée, messieurs! Maintenant, entrezvous toujours?

— Pourquoi pas?

— Alors, venez.

Les quatre jeunes gens entrèrent. On les présenta à la mariée; ils dansèrent toute la nuit, et, le lendemain, racontèrent leur aventure à Versailles, où elle eut le plus grand succès.

Au bout de trente-cinq ans, le général Lally, les cheveux blanchis, bâillonné, condamné à mort, se retrouvait face à face avec le sombre marié dont il avait été l'hôte la première nuit de ses noces.

Seulement, c'était le fils du bourreau, le premier-né de ce mariage, qui devait exécuter le vieillard.

Laliy s'agenouilla. Sanson fils, celui-là même qui, vingtsept ans plus tard, devait faire tomber une tête bien autrement illustre, Sanson fils leva l'épée de justice; mais, comme la main lui tremblait, il ne frappa qu'un coup mal assuré qui ouvrit le crâne de la victime.

Lally tomba la face contre terre, mais presque aussitôt se releva.

Aussitôt un effroyable cri de malédiction, poussé par cen mille bouches, s'éleva de la foule. Sanson père ne fit qu'un bond, arracha l'arme ensanglantée des mains du jeuno

Ii4 LOUIS XY ET SA COUH

hoimna , près de tomber lui-même, e% avee la rafûUté de réclair, fit sauter la tête de Lally de dessus ses épaules.

Au milieu de tous ces cris d'effroi, <hi araU pu disûuguer un cri de douleur.

Ce cri était poussé par un enfaut de quatorze à quinze ans.

Voici ce que c'était que cet enfant

La veille, après la confes»on faite et ayant l'ateolutîon reçue, M. de Lally avait avoué au prêtre que la seule chose qui lui fit regrettier la vie, c'était de laisser s^ et perdu dans ce monde un fils qui ignorait sa naissance, et qu'il faisait secrètement élever au coUégç d'Baroourt, sous le nom de Trophime.

Il désirait, avant de mourir, voir cet en&nt, le serrer sur son cœur, l'appeler Mon fU$ /

Le confesseur accomplit le vœu du général; mais c'était jour de fête; l'enfant, qui était fort aimé d'un des professeurs, était sorti avec lui et ne revenait que le lenduuiain matin*

Le confesseur attendit l'enfont, et, à son retour, lui apprit à la fois sa naissance et son malheur. Le voeu du général pouvait être encore accompli : sur le chemin de la Grève, l'enfant pouvait voir le général une dernière fois.

Le eonfi&sseur et le jeune homme s'élancèrent. La foule était nombreuse et courait empressée. Cet-te grande «ffluence retardait les pas de raumômer ; l'enfant le quitta et se hasarda seul.

Mais, quelque hâte qu'il y mit, il n'ardva sur la plm^e de Grève que pour voir tomber^ se relever el retomber son père.

Ce fut à la main du bourr^u, seulement, <pt'il lisouva cette tête dont les derniers regards' l'avaient peuMtre cherché dans la foule, et cherché iautilemenU

Cet enfant, ce fut le comte de Lally-Tollendal, que quelques hommes de notre génération ont pu voir encore, et que j'ai connu, moi.

Ce que je viens de rdoooter, il me Ta raconté luimême.

On sait que, (ils pieux, son premier et unique soin fut de poursuivre la réhabilitation de son père, qu'il obtint enfm en 1778.

En 1789, il fut député aux états généraux, et s'y distingua parmi les orateurs du côté droit.

Dès 1790, il émigra, revint en I79â, fut arrêté, parvint à s'échapper, rentra en France en 1601, entra à la chambre des pairs en 1818, et à l'Académie en 18U.

Les amis du malheureux Lally avaient finît tout au monde près de Louis XY pour obtenir une commutation de peine.

Madame de Heuze se jeta aux pieds du roi. Mademoiselle de Dillon, sa parente, ne put parvenir jusqu'à Loqis XV, mais lui écrivit, en le suppliant d'écouter les dépositions de MM. de Montmorency et de Grillon, bons juges en matière de coiirage et d'honneur^ que le parlement, lui, avait refusé d'entendre.

Tout fut inutile. Le roi, ou plutôt le ministre, fut inflexible. Plus tard, Louis XV se repentit de cette rigueur, qui touchait à la cruauté.

L'enfant fut rendu à mademoiselle de Dillon, avec des lettres patentes qui justifiaient de son extraction.

Puis enfin, après les doutes vinrent les remords, et, un jour, on entendit Louis XV dire à M. de Choiseul :

— Heureusement, ce n'est pas moi qui répondrai du sang répandu, car vous m'avez trompé.

Le comte de Lally-ToUendal, dernier du nom,' mourut en 1830.

Gènes et la Corse. — Traité de Compiëgne. — M. de Marbeuf. — JLesPaoli. — Lutte contre la France. — 51. de Cbauvelia en Corse. — Il est battu. — Le comte de Vaux. — Fuite de Paoli. — Naissance de Napoléon Bonaparte à Ajaccio. — Madame du Barry. — Ses commencements. — M. de Lauzun. — • Le comte Jean du Barry. -» Le tripot. — Les yeux du comte Jean.— M. de Fiti* James. — Éloignement et retour de Lauzun.

— Le pacte entre Lauzun et mademoiselle Lange. — Lebel^ Yalet de chambre du roi. — M. de Choiseul et mademoiselle Lange. — MM. de Ricbelieu et d*Aiguillon. — Histoire de Jeanne. — Prophétie du duc de Ricbelieu. — Lange platt au roi. — Elle épouse le comte du Barry. — Elle est présentée à la cour. — Le roi de Danemark à Paris et les demoiselles de rOpéra. — Négociations pour le mariage du dauphin. ^ La maison d*Autricbe. — Marie-Antoinette. — L*abbé de Vermont.

— Éducation de Tarcbiducbesse. — Les instructions de Timpératrice. —Celles du dauphin. — Arrivée de la dauphine en France. -— Les présages*

Pendant que les événements que nous venons de raconter s'accomplissaient à Paris et à Versailles, il se faisait dans une île de la Méditerranée un changement de domination qui devait, dans Tavenir, avoir une étrange influence sur la France et sur l'Europe.

Le 7 août 1764, la république de Gênes, fatiguée de la lutte que, depuis deux cents ans, elle soutient contre la Corse, s'adresse à la France pour lui demander son secours, et signe avec nous le traité de Compiègne, traité par lequel le roi s'engage à tenir garnison pendant quatre

LOUIS XV ET SA COUR ii7

ans dans les places d'Ajaccio, de Calvî, d'Algajoïa et de Saint-Florent.

Le commandement de cette expédition fut confié au comte de Marbeuf, et les troupes françaises débarquèrent en Corse au mois de décembre 1764.

Pascal Paoii était le héros de la Corse; depuis dix ans, il combattait contre Gênes pour la liberté de sa patrie. En voyant arriver les Français, il comprend que de la France lui arrivent les véritables meurtriers de Tindépendance corse. Aussitôt il écrit à H. de Ghoiseul, et, tandis qu'une correspondance, qui laisse quelque espoir au général Paoli, s'établit entre lui et le premier ministre, Louis XV signe avec Gênes le traité du 15 janvier 1768, qui établit le principe de réunion de la Corse à la France.

A peine le traité est-il connu en Corse, qi e Paoli réclame contre un pacte qui, sans la consulter, donne une nation à une autre nation. Puis, voyant que ses réclamations sont vaines, Use prépare à continuer contre la France la lutte que lui et son père ont si glorieusement soutenue contre Gênes.

Et d'abord la fortune sembla sourire à l'obstiné défenseur de la liberté de son pays. Louis XV envoie en Corse son vieil ami Chauvelin, courtisan habile , mais général inexpérimenté, qui, présentant à son ennemi des lignes trop étendues, se fait battre en détail par des forces d'un tiers moins nombreuses que les siennes. Le camp français de San-Nicolaoest forcé. Borgo est enlevé sous les yeux même du général en chef; enfin, la terreur est portée à un tel point chez les Français, que cinquante Corses battent huit compagnies de grenadiers.

n n'y avait pas de temps à perdre. Louis XV rappelle M. de Chauvelin, et le remplace par le comte de Vaux, qui, à h tête de vingt-deux mille hommes, prend les Corsci

entre deux feux, et^ le 9 mai i769^ les écjsase à la bataille de Ponte-Nuovo.

Cette bataille fit évanouir toutes les espérances de Paoli; il s'embarqua précipitamment pour Livourna, et, de là, passa en Angleterre avec son frère et ses neveux.

De ce moment, File fut véritablement à nous*

Trois mois après la fuite de Paoli, c'est-à-dire le 15 août 1769, naissait à Ajaccio un enfant nommé Napoléon Bonaparte, qui devait au traité du 15 janvier 1768 la qualité de Français.

U est assez étrange que cette expédition de Corse nous amène à mettre sous les yeux du lecteur une femme encore bien inconnue au commencement de janvier i769, et qui devait cependant jouer, dans les cinq années suivantes, un si grand rôle à la cour de France.

Nous voulons parier de la comtesse du Barry, qui, à cette époque, ne s'appelait pas encore la comtesse du Barry, mais ne s'appelait déjà plus Jeanne Yauberuier; elle s'appelait mademoiselle Lange.

Comment le souvenir de mademoiselle Lange se rattache-t-il à l'expédition de Corse? M. de Lauzun va nous le dire.

Lauzun avait vingt et un ans alors; il était aide de camp de M. de Chauvelin et amant de cette fameuse princesse Czartoriska qui fit avec lui, sous des habits d'homme, la campagne de Corse.

Il avait fait, au bal de TOpéra, connaissance avec un charmant domino, qui lui avait donné son nom et son adresse, c'est-à-dire le nom et l'adresse de son amant, le comte Jean du Barry.

Cette adresse donnée à de jeunes et beaux seigneurs, par sa maîtresse, était une des spéculations de M. le comte Jean du Barrv. Le comte Jean du Barry réunissait une

société folle de jeunes gens et de jeunes femmes, et donnait à jouer.

Trop peu scrupuleux pour s'occuper de ce que ftisaîent les autres femmes, trop peu jaloux pour s'inquiéter de ce que faisait sa maîtresse, il apportait toute son attention au jeu, et sans doute ce fut lui qui donna naissance au contre-proverbe : • Malheureux en amour, heureux au jeu. »

A peine Lauzun fut-il chez le comte Jean, qu'il s'aperçut qu'il était dans un affreux tripot; mais la mauvaise compagnie n'effrayait pas les jeunes seigneurs de la cour de Louis XV, et, tandis que son ami Fitz-James répondait aux agaceries de mademoiselle Lange, il tenait, lui, les cartes à la main, tête au comte du Barry, lequel, raconte Lauzun, faisait la partie en robe de chambre et le chapeau sur la tête, attendu que ce chapeau, tant soit peu inconvenant en lace de gens de la naissance de Lauzun et de Fitz- Jnmes, avait pour but de maintenir deux pommes cuites, appliquées sur les yeux du comte par mesure sanitaire.

Fut-ce la vue de ces deux pommes cuites, fut-ce le souvenir de sa princesse polonaise qui amena Lauzun à ne pas disputer à son ami la possession de la belle Lange? Cest ce que Lauzun ne nous dit pas; mais ce qu'il nous dit, c'est que, quelques jours avant son départ, il apprit que celle qu'il avait dédaignée avait été présentée au roi, et avait produit une profonde impression sur Sa Majesté.

Sans doute par une intuition de l'avenir, Lauzun ne voulut point quitter Paris sans faire ses adieux à la maîtresse du comte, qui l'avait si gracieusement reçu, qu'il était visible qu'elle ne s'était donnée à Fitz-James qu'en désespoir de cause.

Il la trouva plus gracieuse et plus souriante que jamais; et, comme celle-ci lui disait que, malgré son absence, elle ne l'oublierait pas :

— Eh bien, lui répondit Lauzun, souvenez-vous donc que, si vous êtes ia maîtresse du roi, je veux commander une armée.

— Et moi, dit-elle, je ne vous trouve point assez ambitieux; si je suis la maîtresse du roi, je vous fais ministre.

— Bah I Et M. de Choiseul ? dit Lauzun.

— M. de Choiseul, je le déteste, répondit Lange.

— Ah f voyons à quel propos? Dites-moi cela, demanda Lauzun.

Lange était bonne fille, et ne se fit pas prier; c'étaient encore les malheureuses pommes cuites de Jean du Barry qui avaient produit leur etret.

Pour arriver au roi, on avait indiqué à Lange la voie de M. de Choiseul. M. de Choiseul avait trouvé la jeune femme charmante; mais il avait vu les fatales pommes cuites, et les inquiétudes qu'elles lui avaient fait éprouver avaient été cause, pour Lange, d'une humiliation qu'elle pardonnait à Lauzun, mais qu'elle ne pardonnait poii)t à M. de Choiseul.

Lauzun partit donc, emportant le double engagement de mademoiselle Lange, que, si elle était jamais la maîtresse du roi, elle serait une amie à lui, et l'ennemie de M. de Choiseul.

Maintenant, comment, malgré les scrupules égoïstes de M. de Choiseul, mademoiselle Lange avait-elle vu le roi ? Nous allons le dire.

C'est qu'on avait pris la véritable voie dont d'abord on s'était écarté.

On s'était adressé à Lebel.

Lebel, que nous avons déjà eu l'occasion de nommer en circonstance pareille, était le valet de chambre du roi et l'invcuteur de la fameuse institution du Parc-aux-Cerfs, tolérée si philosophiquement par madame de Pompadour.

L'étiquette voulait qu'aucun roi ne mangeât d'aucun plat qu'après que l'essai en avait été fait. Longtemps M. de Richelieu avait rempli, à l'endroit des amours du roi, cet emploi d'essayeur de plats; puis enfin, arrivé à un âge où une sinécure lui paraissait préférable à une place si active, il avait chargé Lebel de remplir les fonctions auxquelles il était forcé de renoncer.

Lebel vil mademoiselle Lange, fut charmé de sa beauté, ne s'effraya aucunement des deux pommes du comte Jean, et rendit au duc de Richelieu un compte si détaillé du trésor qu'il venait de rencontrer, que le duc voulut juger, parles yeux! du moins, qu'il n'y avait rien d'exagéré dans le récit de Lebel.

Le duc jugea, et fut satisfait.

Alors, on s'adjoignit le duc d'Aiguillon- et l'on rédigea, en cas de réussite, les conditions d'un traité avec la nouvelle favorite. Seulement, on lui demanda un aveu complet cb passé, pour être prêt à faire face aux médisances comme ^x calomnies.

* La belle Madeleine ne cacha aucun de ses péchés, et voici ce qu'elle raconta.

Elle était née à Vaucouleurs, patrie de Jeanne Darc, en 1744 : elle avait donc vingt-quatre ans; elle était fille d'une cuisinière et d'un moine; elle s'était appelée d'abord Jeanne Vaubernier, et, sous ce nom, avait commencé son éducation chez une marchande de modes. Du magasin de la marchande de modes, elle était passée dans une autre maison, beaucoup moins honnête encore, mais beaucoup plus connue, chez madame Gourdan. Là, elle avait quitté son nom pour prendre celui de Lançon. Un soir, le comte Jean du Barry, à moitié ivre, la rencontra au coin d'une rue, inonta.chezelle,et, le lendemain, l'emmena chez lui; puis, dans un moment de gêne, il la vendit à Radix de Sainte-

Foy, chef de bureau aux aiïaires étrangères, qui la rendit plus tard au comte du Barry, lequel la mit, cette fois, sons le nom de Lange, à la tète du tripot où Tavait vue Lau^in et où la connut Lebel.

Une pareille confession donnait à penser. Aussi Lebel ^ le duc d'Aiguillon s'effrayèrent-ils d'abord de pareils antécédents. Richelieu seul tint ferme, et déclara que les talents qu'avait, dans une vie aventureuse et agitée, dû acquérir Jeanne Vaubemier, seraient les bienvenus du roi, dont la débilité allait croissant. Richelieu conseilla donc à Jeanne de procéder tout au contraire des autres femmes qui jusque-là avaient joui des faveurs royales, c'est-à-dire, au lieu de faire la novice comme elles, de ne rien cacher du talent qu'elle possédait.

Richelieu était un grand prophète : les choses tournèrent comme il l'avait prévu, et mieux encore. Di.ns les bras de mademoiselle Lange, Louis XV rêva les plus beaux jours de sa jeunesse, et Ton put voir bientôt tout l'empire qu'allait prendre sur lui sa nouvelle maîtresse.^

Seulement, il lui fallait une espèce de nom; trop de pe^ sonnes l'avaient connue sous celui de Jeanne Vaubernier, sous celui de mademoiselle Lançon, ou sous celui de mademoiselle Lange, pour qu'elle gardât run ou Tautre. Jean avait un frère nommé Guillaume du Barry; on le fit venir, on le maria à Jeanne Vaubemier, on lui donna une centaine de mille livres en échange de son nom, on le renvoya en province, et la comtesse du Barry fut présentée à la cour comme l'avait été madame d'Élioles, marquiae de Pompadour.

Ce ftit alors que WT. de Choiseul comprit la foute qull avait faite en attachant trop d'importance aux pommes cuites du comte Jean.

Ce fut alors aussi que parut la fômeuse chanson de ia

LOUIS XV ST SA GOUB i%^

Belle Baurlxmnaise , qui n'eut, tout outrageaate qu'eUe était, d'autre résultait que de réjouir Louis XY et madame du Barry, qui la fredonnèrent eux-mêmes aux oreilles de M, de Cboiseul, afin que le ministre n'ignorât point qu'ils la connaissaient.

Sur ces enArefaites, on annonça l'arrivée à Paris du roi de Danemark > Christian VII. C'était un jeune et beau priœe; aussi cette annonce mit-elle en émoi la eour, la ville et surtout les théâtres.

Lorsqu'on sut dans quel hôtel H devait loger, les maison» environnantes furent encombrées des plus jolies femmes de Paris. Quelques-unes s'entendirent avec le tapissier, qui mit leurs portraits dans sa chambre à coucher et dans son cabinet de toilette. MadeaM)iseUe Grandi, de l'Opéra, prit les devants, et lui envoya le sien dans le costume de Vénus sollicitant la pomme du beau Paris.

Xe roi de Danemark vint à Paris, où il ne vit guère que les encyclopédistes, et où l'on prétend que toutes les awhces féminines furent perdues.

Hpendant M. de Choiseul négociait une affaire qui devait neutraliser l'influence de madame du Barry ; c'était le mariage du dauphin a^ec une archiduchesse d'Autriche.

La Ugnée impériale était riche en princesses. Dès longtemps le projet était fait d'allier par les nœuds du sang les Bourbons aux Césars; on avait parlé de remarier le roi, mais le roi se sentait trop vieux pour un mariage. On résolut de marier le dauphin à la place du roi, et M. de Breteuil fut chargé d'étudier, parmi les jeunes archiduchesses, celle qui paraîtrait le mieux convenir à la couronne de France.

Au palais de Versailles, on peut voir encore aujourd'hui lo tableau qui fut fait à cette occasion. Il représente Marie-

12/i LOUIS XV ET SA COUR

Thérèse à Schœnbriinn : l'illustre impératrice reine y est épanouie, fraiche encore au milieu d'un groupe de jeunes filles en bouton; nu milieu de ces jeunes filles, à ses che> veux blond cendré, à ses yeux bleus et doux, à sa peau si mate et si éclatante à la fois, enfin à cette lèvre autrichienne, mélange du sang de Lorraine et de Castille, on reconnaît Marie-Antoinette à Tâge de treize ans.

Marie-Antoinette-Joséphine-Jeanne d'Autriche était née à Vienne le 2 novembre i755.

Deux ans avant qu'elle quittât Schœnbriinn, Marie- Antoinette savait déjà qu'elle était destinée au trôtie de France. M. de Choiseul lui avait choisi un précepteur de sa main, l'abbé de Vermont, de sorte qu'elle parlait parfaitement notre langue, et avec la même facilité l'anglais, l'italien et le latin.

C'était par reconnaissance que Marie-Thérèse avait fait

* apprendre le latin à sa fille. N'était-ce pas dans cette langue

qu'elle avait harangué ses fidèles Hongrois, et que, ses

fidèles Hongrois avaient fait le serment de mourir Jbuf

elle? ^

L'éducation de la jeune archiduchesse n'avait pas été moins soignée sous le rapport des arts d'agrément que sous celui de la philologie; Gardel avait été son maître de danse; Gluck lui avait donné les leçons de musique qui firent d'elle une enthousiaste dans cet art; enfin elle dessinait d'une façon charmante.

Quant au côté politique de l'éducation, Marie-Thérèse ne l'avait confié à personne, et elle avait pris soin que, devenant Française par la forme et les manières, Marie- Antoinette demeurât Autrichienne par le cœur.

Le mariage, comme nous l'avons dit, était déjà arrêté depuis deux ans dans la politique des deux royaumes, quand le prince de Lorraine fut désigné pour aller à Vienne

demander officiellement la main de Marie-Antoinette. La main fut accordée.

L'Europe tout entière tressaillit à cette nouvelle, qui semblait pour longtemps consolider ralliance austro-française, et qui, par conséquent, changeait toute la politique du Nord. Quant à la France, elle se prépara à ces fêtes magnifiques qui accompagnaient d'ordinaire les mariages de ses rois.

Ce fut alors que parut un des premiers pamphlets éconpmistes; il était intitulé :

Idée singulière d'un bon citoyen concernant les fêtes pu* • Wques que Pon se propose de donner à Paris et à la cour^ à l'occasion du mariage de M. le dauphin.

Ces fêtes, dont l'auteur du pamphlet faisait le relevé, devaient coûter, disait-il, vingt millions à la France. ^A cette énumération il ajoutait :

JP< Je propose de ne rien faire de tout cela, mais de re* mettre ces vingt millions sur les impôts de l'année, et surtout sur la taille; c'est ainsi que, au lieu d'amuser les oisifs de la cour et de la ville par des divertissements vains et momentanés, on répandra la joie dans l'âme triste du cultivateur, on fera participer la nation entière à cet événement, et l'on s'écriera jusqu'aux extrémités les plus reculées du royaume : Vive Louis le Bien- Aimé I Un genre de fête aussi nouveau couvrirait le roi d'une gloire plus vraie et plus durable que toute la pompe et tout le faste des fêtes asiatiques, et l'histoire conserverait ce trait à la postérité avec plus de complaisance que les détails frivoles d'une magnificence onéreuse au peuple et bien éloignée de la grandeur véritable d'un monarque père de ses sujets. »

Le pamphlet fut attribué à Jean-Jacques Rousseau.

It6 LOUIS XV ET SA GO«R

Gomme on !e compre»ë bien, le roi ne suivit point le conseil; on n'en était pas encore au temps où la reine de France se donnait la peine de répondre dle-roéme à une brochure d'Olympe de Gouges.

Marie-Antoinette partit de Vienne munie des instructions de sa mère; au nombre de ces instructions, on a etrouvé celles-ci, écrites delà main âeTimpératrice reine :

Li^e dê$ seigneurs de la cewr recommandés è Marii^Antotnette d'Autriche par sa mère Marie-Thérhe;, impératrice, au moment de son départ de Vimne pour épouser le daupfm de France.

LISTB MES GENS DE MA GOffNAlSSAlfCS-

Le duc et la duchesse de GboiseuK

Le duc et la duchesse de Prasiin.

Hautefort.

Les du Ghàtdet. |^ .

D'Ëstrées.

D'Aubeterre.

Le eomte de Broglie.

Les frères de Montazet.

M. d'Aumont.

If. Gérard.

M. Bkmdel.

La Beauvais, rdigieuse* Sa compagioâ;

Les Durfort : c'est à cette famille que vous marquerez en toute ocoask^n votre reconnaissance et votre attention. » De même pour l'abbé de Yermont Le sort de ces personnes m*^t à oceur. Mon ambassadeur est chargé d'en avoir soin. Je serais fâchée d'être la prinnière à sortir de mes. prindpes, qui sont de ne reccumoander persoane;

LOUIS XV ET SA G(ma It7

mais vous et moi devons trop à ces personnes pour ne pas chercher en toute occasion à leur être utiles, si nous le pouvons, sans trop dHmpegno.

» Consultez-vous avec Mercy * ?

» Je vem recommande en général tous les Lorrains, dans ce que vous pourrez leur être utile. »

Peut-être est-il ciurieux de mettre ici la liste des peraonnes que, de $on côté, en mourant, avait recommandées M. le dauphin. Oo verra le conflit que devait amener à Versailles cette double recommandatioa«

lÀste de plusieun personnes recommandées pat M. le danj^im àcehtide ses enfants quisuccééera à Louis XV*.

f M. DE Maurepàs. Est un ancien ministre disgracié, qui a conservé, suivant ce que j'apprends, son attachement aux vrais principes de la politique que madame de Pompadour a méconnus.

» M. LE DUC d'Aiguillon. Est d'vne maison qitî s^t illustrée au système politique que la France sera tôt ou tard obligée, pour sa sûreté, de ramener. Il se formera avec Tàge, et il peut être utile à beaucoup d'égards. Ses principes sur l'autorité royale sont purs comme ceux de «a famille, qui le sout sans lacune depuis le capdincd de Bidieli^.

> Mcm père a renvoyé un homme ro^e de caraetèie avec quiàquei erteiers daus l'esprit , mais un h&natàe homme*

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