AUTRE
Monseigneur de Soissons se moque
Assurément, Avec sa Marie Alacoque.
Il nous en vend !
Les propos de son augélique
Et du bon Dieu Sont ceux d'une fille publique
En mauvais lieu.
Malgré ces cpigrammes et bien d'autres encore, sainte Marie Alacoque eut une grande vogue.
Saint Louis de Gonzague avait été l'expression de l'amour de l'humanité ; sainte Marie Alacoque fut l'expression de l'amour de Dieu.
En ce moment, le hasard donna aux jansénites une arme terrible contre les jésuites.
On se rappelle ce procès étrange du père Girard et delà Cadière, procès pareil à ces obscures accusations qui poursuivaient les sorciers et les sacrilèges du moyen âge.
Le père Girard était un homme de cinquante-deux ans, beau encore pour son âge, plein d'éloquence, d'onction et de cette prédication sensuelle qui appartenait à l'école jésuitique.
Sa famille était considérable en Franche-Comté; après avoir parcouru la Provence, il avait été envoyé à Aix en 1718, et, dix ans plus tard, à Toulon.
Ce fut là qu'il connut Catherine Cadière.
Catherine Cadière avait dix-huit ans; elle était belle comme un ange, vive et exaltée comme ime Provençale. Sainte Thérèse avait été son modèle. Quand les honneurs
LOUIS XV ET SA COOR Si
rendus à Marie Alacoque vinrent troubler sa raison, alors, à elle aussi, il lui fallut des extases, des conversations avec Dieu, des communications avec Jésus.
Du moment qu'elle voulait absolument avoir des visions, elle en eut, et les communiqua au père Girard, son confesseur. C'était l'époque où chaque prédicateur voulait avoir sa sainte ; le"père Girard crut avoir trouvé la sienne. Il ajouta foi ou fit semblant d'ajouter foi à ses visions, et l'encouragea ainsi à de nouvelles folies. Elle passa tout le carême de 1730 sans manger, ostensiblement du moins; à la fin du carême, elle était si faible, qu'elle ne pouvait sortir de son lit. Dans cet état de faiblesse, les visions furent plus fréquentes, les extases plus intimes. Enfin, un matin, le père Girard la trouva dans son lit, le visage couvert de sang. Effrayé à celte vue, le directeur interrogea sa pénitente, qui lui dit que ce sang venait d'une plaie que, pendant son sommeil, un ange lui avait faite au côté. Le père Girard douta. La jeune fille, avec un accent de profonde innocence, l'invita àferm r ia porte, et, comme saint Thomas, à voir de ses yeux et h toucher de ses mains.
Le pauvre jésuite se crut fort contre la tentation. II ferma la porte et regarda.
Que se passa-t-il pendant ce tête-à-tête, et quelles extases en avaient été la suite? C'est ce que le parlement d'Aix était appelé à juger.
Le père Girard était accusé de séduction, d'inceste spirituel, de magie et de sorcellerie.
Le 10 octobre 1731, un arrêt de la cour avait mis le père Girard h<^rs de cause, mais à la majorité d'une voix seulement, sur vingt-cinq juges, douze l'avaient condamné à être brûlé vif.
Un pareil acquittement équivalait à une demi-condamnation; aussi les épigrammes firent-elles leur jeu. Selon notre
os LOUIS XV ET SA COUB
habitude, nous en donnerons un échantillon; non pas qu'elles vaillent quelque chose, mais, à notre avis, c'est dans ces vers courant la ville que l'on trouve le véritable esprit
du temps :
Le père Girard, par sa flamme.
D'une fille faU une femme; Le parlemeut, bien plus liabile, D'une femme fait une fille. *