‹ Louis XV [microform]: ses maitresses, le Parc aux Cerfs, d'après le Journal-Mémoires de d'Argenson, les chansons du temps et les mémoires du Duc de RichelieuChapitre 100 sur 145 · LE ROI CHEZ LA FAVORITE · texte numérisé non relu

LE ROI CHEZ LA FAVORITE

à préparer la révision de son procès. C'était un de ces hommes avisés et nécessaires qui savent inviter les gens à leur sauvetage. Toutefois malgré qu'on le servîtactivement, par d'incessantes démarches auprès du cardinal de Fleury, il ne put revenir en France qu'au bout de huit années, avec un sauf-conduit. Il obtenait du Conseil en 1789, une décharge partielle de sa dette et le commencement de sa réhabilitation. Plus tard, alors que sa fille était à l'apogée de sa faveur, Poisson devait l'obtenir complète, celte réhabihtation ; et il est assez plaisant de voir reparaître dans ses lettres d'anoblissement, les services rendus par lui pour les approvisionnements pendant la disette de 172D : on lui fait alors un titre éminent à la reconnaissance publique de ce qui, jadis, lui méritait la potence. Ce père, pour la fille, fut toujours une charge accablante et comme un reproche vivant.

« Une mort qui selon les sentiments de la nature n'aurait dû qu'augmenter la douleur de Mme de Pompadour, au contraire l allégea en la débarrassant du fardeau le plus insupportable. Elle perdit le sieur Poisson, son père. Ce personnage, sans éducation, sans mœurs, sans décence, sans aucun respect humain, était pour elle un tourment, une source perpétuelle d'humiliations. Elle n'osait ni le rapprocher d'elle, parce qu'il n'était pas présentable, 3t qu'il n'était pas susceptible d'être en rien décrassé, nil'ea éloigner, parce qu'il lui répugnait de faire enfermer l'auteur de ses jours ; qu'il avait d'ailleurs du nerf ; qu'une simple lettre de cachet ne l'aurait pas con-

us LOUIS XV, SES MAÎTRESSES, LE PARC AUX CERFS

j.enu, et qu'elle courait risque, par un plus grand éclat, de révéler davantage sa turpitude. Sa fille avait donc pris le parti (\e fermer les yeux sur l'opprobre qu'il versait sur elle, de se rendre insensible à ses écarts et à ses grossièretés. Elle craignait de lui refuser aucune grâce ; elle le caressait de son mieux. Dès qu'il paraissait, il avait ses entrées libres. Un jour un valet de chambre nouveau, qui ne le connaissait pas, peu prévenu par son extérieur ignoble et son accoutrement burlesque, faisant difficulté de l'introduire : « maraud, lui cria-t-il, apprends que je suis le père delà putain du Roi ! » Ilneménagait pas davantage son fils, qu'il regardait comme un polisson, comme un pauvre sujet i dont il aurait bien de la peine à faire quelque cho> c'est la manière dont il s'exprimait. Un jour, (. j:r. à table avec un grand nombre de matadors de la Finance, après un dîner splendide, la tête échauffée de vin il se mià^ éclater comme un fou : « savez-vous, dit-il ensuite. Messieurs, ce qui me fait rire ? C'est de nous voir tous ici avec le train et la magnificence qui nous entourent. Un étranger qui surviendrait nous prendrait pour une assemblée de princes. Et vous, M. de Montmartel, vous êtes fils d'un cabaretier ; vous M. de Savalette, fils d'un vinaigrier ; toi, Bouret, fils d'un laquais. Moi, qui l'ignore ? En s'exécutant ainsi lui-mênie il crut avoir le droit de dire des chose.* encore plus désagréables aux autres convives; et, sa revue faite, il se trouva que de tous, non seulement aucun n'était d'une tamille bourgeoise, mais que beaucoup devaient

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