LE ROI CHEZ LA FAVORITE
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L'engin et Toulil ne fuient pas oubliés et, toute la cour, secrètement scandalisée, jalousant la faveur de Mme de Pompadour, ne cessa de park/ de son outil et de son engin. Le roi en était désolé. C'est une éducation à /a/re, disait-il, e/ dont je m' amuserai Mme de Lauraguais qui badinait de tout, et qui ne se voyait pas avec plaisir supplantée par une femme plus jolie, mais de bien moindre naissance, relevait toutes les bévues de la « grisette » ; aussi en étaitelle détestée... Après les fêtes, les chasses et le jeu, le roi passait dans l'appartement de Mme de Pompadour, et s'y amusait à faire son café ou à lire les nouvelles qui lui arrivaient du bureau du décachetage. Si une affaire pressante d'État survenait, s'il était obligé de suivre les mouvements de l'armée, rien ne pouvait mettre en jeu son âme apathique ni le détourner de ses plaisirs. Son ministre lisaitun mémoire sur les affaires générales, il tournait ses regards vers Mme de Pompadour et riait avec elle du lecteur. Et si celui-ci s'arrêtait : Allez toujours, lui disait le roi, je vous entends fort bien. Le roi cependant écoutait quelquefois avec attention : M. de Maurepas, ajoutait la favorite, vous faites venir au roi la couleur jaune,.. Adieu!!/ M. de ^faurepas....
« La grande faveur (Qu'avait pour elle le roi attirait sur Mme de Pompadour la jalousie de tous les seigneurs. On voulut savoir qui elle était, qui était son mari, et quel personnage il joiiàit dans ces circonstances. On fouilla dans la généalogie de la grisette. On trouva que son père avait été l'un des prin-
cipaux commis des frères Paris ; qu'il fut poursuivi par Fagon intendant des finances qui, ne pouvant s'en prenc|re à eux, attaqua Poisson leur principal commis et présida |a commission établie en 1726 pour juger celte affaire. Ce Poisgop fqt condamné à être pendu ; î]aais comme on ne rélait poipt quand on avait un peu de cré(Jit et d'argent et surtout, les quatre frères pour protecteurs, Poisson eut la faculté de s'enfuir à Hambourg... Ainsi la fille d'un commis condamné à être pendu pour avoir volé le roi, fut appelée à en partager la couche, et Mme de Pompadopr qui obtint des lettres 4e noblesse pour son père, eut soin défaire insérer dans ces lettres pour le blanchir, que le roi les accordait parce qu'il avait rendu des services dans les vivres... Mémoires du duc de Richelieu. »
— Il est certain que Jeannp Poisson, épouse de Le Normand d'Étiolés et marquise de Pompadour, avait pour père un financier de médiocre volée : François Poisson né en 1684, d'un tisserand de Provenchères, au diocèse de Langres. Afin dç s'élever peu à peu, ce Poisso^ se faisait une carrière fort orageuse. A vingt ans il avait quitté la maison paternelle pour suivre comme « haut le pied», c'esl-à-dirç conducteur de chevaux les raunitionnaires, par lesquels était approvisionnée l'armée du maréchal de Villars. Les frères Paris, les fameux coinmi?':^ires auf vivres qui commencèrent alors leur fort une, le remarquèrent , ils lui donnèrent d'abord des rôles subalternes, puis en firent un de leurs commis principaux.
C'était, à cette époque, pour tous les intermédiaires de ce genre, l'occasion de gains fabuleux, )btenus avec gros risques et par un audacieux usage du crédit. Poisson qui paraît avoir été un homme supérieur en ce métier acquérait vite la confiance absolue de ses patrons. Il fut employé par le Régent, lors de la peste en Provence, à faire parvenir des vivres, dans ces régions infestées et, alors, tenues à l'écart. Il s'en tirait à son honneur et obtenait d'acheter la charge de « fourrier du corps de son Altesse Royale le duc d'Orléans ». Toujours au service des frères Paris, il prenait en main l'approvisionnement de la capitale, en 1726, pendant la disette des grains. Mais ces dernières opérations ayant attiré la sévérité des intendants des finances, on reconnut que des marchés fictifs avaient été passés. Une commission était aussitôt spécialement établie pour faire rendre ses comptes à Poisson. Il fut déclaré débiteur du Trésor royal, d'une somme dedeuxcent trente-deux mille
livrespar jugementque,le2o mai 1727, rendaitle Conseil d'Etat. Ne pouvant rien rembourser, ne pouvant rentrer dans ses avances, ses biens furent saisis. Alors il « s'absentait » : ce mot du temps signifiait une indispensable fuite. François Poisson fut-il condamné à être pendu? Vingt années plus tard tout le monde l'affirmait dans Paris, et il était piquant de le croire. Mais les traces de l'arrêt infamant ne se retrouvent point et rien n'indique qu'il fut prononcé. Le cas du fugitif était du reste fort grave, et des pays a'Alleniagne où il se réfugiait il employa toutes ses forces