‹ Louis XV [microform]: ses maitresses, le Parc aux Cerfs, d'après le Journal-Mémoires de d'Argenson, les chansons du temps et les mémoires du Duc de RichelieuChapitre 123 sur 145 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Le Petit souper.

On servit, on soupa, on s'amusa d'abord aux dépens de Monima. Toutes les femmes accusaient unanimement son bijou d'avoir parlé le premier, et elle aurait succombé sous cette ligue si le sultan n'eût pris sa défense. — « Je ne prétends point, disait-il, que Monima soit moins galante que Zelmaïde ; mais je crois son bijou plus discret. D'ailleurs, lorsque la bouche et le bijou d'une femme se contredisent lequel croire ? •— Seigneur, répondit un courtisan, j'ignore et > e Lîs bijoux diront par la suite, mais jusqu'à présent ils ne se sont expliqués que sur un chapitre qui leur est très familier. Tant qu'ils auront la prudence de ne parler que de ce qu'ils entendent je les croirai comme des oracles. — On pourrait, dit Mirzoza, en consulter déplus sûrs. — Madame, reprit Mongogul, quel intérêt auraient ceux-ci de déguiser la vérité ? Il n'y aurait qu'une chimère d'honneur

qui pût les y porter ; mais un bijou n'a point de ces chimères, Ce n'est pas là le lieu des préjugés. — Une chimère d'honneur, dit Mirzoza, des préjugés I Si Votre Hautesse était exposée aux mêmes inconvénients que nous, elle sentirait que ce qui intéresse la vertu, n'est rien moins que chimérique. »

Toutes les dames enhardies par la réponse du suU tan, soutinrent qu'il était superflu de )es mettre à de certaines épreuves ; et Mongogul, qu'au moins ces épreuves étaient presque toujours dangereuses. Ces propos conduisirent au vin de Champagne ; on s'y livra, on se mit en pointe, et les bijoux s'échauflfèrenl ; c'était l'instant où Mongogul s'était proposé de recommencer ses malices. 11 tourna la bague sur une jeune fille fort enjouée assise assez proche de lui, et placée en face de son époux, et l'on entendit se lever de dessous la table un bruit plaintif, une voix faible et languissante qui disait : — « Ah ! que je suis harassé ! Je n'en puis plus 1 Je suis sur les dents I — Comment I de par la pagode Pongo-Sabian, s'écria Hussein, le bijou de ma femme parle ! Que peut-il dire? —Nous allons attendre, répondit le sultan. — Prince, vous me permettrez de n'être pas du nombre de ses auditeurs, répliqua Hussein, et s'il lui échappait quelque sottise, Votre Hautesse pense-t-elle ?... — Je pense que vous êtes fou, répondit le sultan, de vous alarmer pour le caquet d'un bijou ; ne sait-on pas une bonne partie de ce qu'il pourra dire et ne devine-t-on pas le reste ? Asseyez-vous donc, et tâchez de vous amuser. »

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