LA LISTE DES PRINCESSES
Elle est vraiment curieuse cette liste, que l'on avait dressée, des princesses d'Europe parmi lesquelles devait être choisie la femme de Louis XV; curieuse, surtout à cause des « observations ».
i"» Marie-Bar be-Josèphe y fille du roi de Portugal y i4 ans. — Catholique, mauvaise santé — Famille dont l'esprit est égaré — Peu d'espérance d'avoir des enfants — Alliance odieuse à l'Espagne — Les secours insuffisants.
2° Anne, fille du prince de Galles, i5 ans, protestante — Il faudrait demander la conversion de la princesse — Cela pourrait s'obtenir, le duc de Hanovre étant le plus proche héritier — Celte alliance serait avantageuse : elle amènerait l'alliance de la Hollande et de la Prusse — L'Angleterre apaiserait l'Espagne — On peut objecter : i*» Les craintes de la catholicité; la princesse restera sans doute protestante, au fond du cœur : 2'' C'est un obstacle à la proteclion accordée au chevalier de Saint-Georges ;
3» Rome sera indisposée; 4** La reine protégera les protestants et les jansénistes.
3° Amélie-Sophie-É Honore y i3 ans fille du même :
mômes raisons
4» Charlotte- Amélie y princesse de Danemarcky 18 ans, luthérienne. — Le roi fort attaché à sa religion — Alliance peu profitable — Prétentions du roi sur le duché de Nesich — Secours insuffisants. 5° Marie-Petrowka, filledu czary 16 ans. — Grecque — promise au duc Holsein-Gohorp.
6*» Anne-Petrowka ( elle devint impératrice de Russie), fille du Czar, i5 ans. — Grecque — Bien faite — Figure aimable — Basse extraction de la mère, éducation el habitudes étrangères — Le caractère du père obligera à le soutenir.
70 Frédéricque-Auguste-Sophie , fille du roi de Prusse, i5 ans. Calviniste — Promise au fils aîné du prince de Galles.
8° Anne-Sophie, fille du Margrave, Albrechy oncle paternel du roi de Prusse, 18 ans. — Calviniste aucun avantage — Elle n'est que la cousine du roi -— Prétention du margrave sur la Courlande — Ce qui amènerait une rupture avec le Czar, la Suède, la Pologne. 9° Sophie- Louise y sœur de la précédente, i5 ans. — Calviniste, mêmes raisons»
10° Elisabethy princesse de Lorraine, i3 ans. — Catholique ; aucun avantage ~ Les alliances avec la Lorraine ont toujours amené des troubles — Insolence des princes lorrains établis en France — La Lorraine trop unie à l'Autriche.
APPENDICE
• ir Henriette, troisième fille du prince de Modène, 22 ans. — Catholique — Basse naissance — Modène le plus petit état de l'Italie.
12° Charlotte-Elisabeth de Saxe-Eysnach, 21 ans.
— Luthérienne — Pauvre maison illustre — Branche
cadette.
i3« Christine-Guillelmine de Saxe-Eysnach, i3
ans, — mêmes raisons.
i4° Marie- Josèphe de Mecklembourg-Strélitz, 14 ans, — Luthérienne, mêmes raisons.
i5' Théodore, fdle du prince Philippe, frère du prince de Hesse-Darmstadt, 18 ans. — Luthérienne
— Branche cadette, — Alliance médiocre.
16» Mlle de Vermandois, 21 ans. — Catholique — Figure, mœurs, caractère doux et agréables — Obstacles seuls personnels à M. le Duc.
l'j'^ Marie-Thérèse, Alexendrine de Sens, sa sœur, 19 ans. — Catholique — Quelque chose à dire sur
sa taille.
Conclusion, le Roi devra choisir en premier.
1° Anne, princesse de Galles, i3 ans ;
2" Amélie-Sophie-Eléonore, sa sœur, i3 ans;
30 Mlle de Vermandois, 21 ans ;
4*» Mlle de Sens, 18 ans;
Dans ce rapport se lisait sur Marie Leczinska qui devint reine de France, et, alors, écartée :
Marie, fdle du roi Stanislas Leczinski, de Pologne, 21 ans. — Le père et la mère de cette princesse, et leur suite voudraient habiter la France i
Mlle DE VERMANDOIS ET Mme DE PRIE
« Mlle de Vermandois, sœur de M. le duc de Bourbon, premier ministre, était belle, aimable, modeste, pieuse, hautaine, spirituelle et véridique. Sa beauté était relevée par ces traits adoucis et par cette fraîcheur qu'on ne trouve que dans l'innocence des mœurs du premier âge. Sa modestie était celle de la nature même, n'ayant pu recevoir dans le monde aucun des principes de la Régence, ni le ton de la facilité que les mœurs du temps avaient introduit partout. Elle était hautaine, car elle avait comparé au couvent la dillérence de son nom d'avec celui des autres pensionnaires et jouissait de leurs respects, quand chacune s'empressait de lui être agréable ; ce qui lui avait donné ce ton qui pouvait déplaire en elle, et cette véracité dans les discours, laquelleannonçait son indépendance. Mme de Prie approuvait beaucoup le mariage d'une sœur de son amant avec le roi ; mais elle voulait^ avant la conclùsioni
APPENDICE
connaître son caractère et l'exclure du trône si, après quelques conversations, elle reconnaissait dans la jeune princesse des indices de quelque esprit de domination. Dans ce cas, elle voulait donner pour épouse au jeune Louis XV, une autre princesse qui eût de la facilité et de la bonhomie dans le caractère. « Toute animée de cette ambition réfléchie, Mme de Prie, se déguisa, changea de nom, se qualifia dame titrée, pour avoir la prérogative, et plus de moyens de parler à son aise à la jeune princesse qui était au couvent de Tours. Elle alla donc la demander au nom d'une dame qui voyageait et qui avait pour elle des lettres et une commission de M. le Duc. Ainsi Mme de Prie, se disant connue et donnant des nouvelles de la cour, s'exprima si bien avec tant de détails que Mlle de Vermandois entrait avec elle dans une conversation très particulière. D'un objet à l'autre, Mme de Prie alla jusqu'à demander à la jeune pensionnaire, si elle avait entendu parler, dans son couvent, de Mme de Prie, favorite de son frère. C'est alors que la princesse se mit à dire toutes les horreurs possibles, à Mme de Prie, elle-même qui n'en fut pas déconcertée. Elle dit quelle ne connaissait que trop bien cette méchante créature ; qu'on n'en parlait dans le couvent que d'une manière horrible, qu'il était bien fâcheux que son frère eût auprès de lui une personne qui seule le faisait détester de toute la France, qui l'induisait à faire des sottises et qu'il serait bien à désirer que ses bons amis lui conseillassent de l'éloigner de sa personne.
lie