‹ Louis XV [microform]: ses maitresses, le Parc aux Cerfs, d'après le Journal-Mémoires de d'Argenson, les chansons du temps et les mémoires du Duc de RichelieuChapitre 26 sur 145 · ÉTRANGES PRÉCAUTIONS · texte numérisé non relu

ÉTRANGES PRÉCAUTIONS

« Après avoir beaucoup cherché, on trouva que la maréchale de Boufflers avait les qualités et la vertu requises pour être dame d'honneur, d'où l'on peut inférer à quelle corruption s'était livré le sexe et combien la Régence avait favorisé le libertinage scandaleux. On choisit la comtesse de Mailly pour être dame d'atours ; car elle n'était ni capricieuse, ni intrigante, ni ambitieuse. Son caractère, au contraire, pouvait s'accommoder avec celui de la reine, avec lequel il avait beaucoup de sympathie et quelques ressemblances. On n'y regarda pas de si près pour les douze places des dames du palais. « Il eût été trop difricile,dit Massillon, dans sesM^mo/res, d'en remplir

les places de femmes intactes du côté des mœurs... » a La princesse polonaise étant en chemin, il fallut instruire le Roi des devoirs des gens mariés. Le carnal de Fleury lui avait inspiré un si grand respect pour les mœurs, dès l'enfance, qu'il avait pleuré le

jour même qu'arrivait l'infante étant alors âgé de onze ans et, craignant d'être obligé de coucher avec elle ce soir-là. Depuis ce temps il avait été d'une modestie exemplaire, toujours épié la nuit par Bachelier, son valet de chambre et, le jour, par des personnes âgées incapables de lui donner de mauvaises leçons. On savait seulement que les jeunes seigneurs prenaient le moment de sa garde-robe pour aller le trouver. On ne voyait encore dans ses amusements avec Mlle de Charolais que le plus pur enfantillage. Fleury qui l'avait toujours observé ne présumait pas que ce prince, qui n'avait à son mariage que l'âge de quinze ans en connût les devoirs ; car il fuyait les femmes et n'avait aucun attrait pour elles. Fleury imagina donc de lui faire voir des peintures lascives pour l'endoctriner, et Bachelier chargea Mlle R.,., dont le talent était connu pour peindre de belles nudités, d'apporter des dessins de la nature en action.

(( On alla plus loin, on rechercha les sculptures les plus obscènes pour qu'il pût les palper et les voir dans tous les sens et pour qu'il ne fût point entrepris, lorsque la princesse polonaise, aussi neuve et aussi modeste que lui, serait arrivée. Douze tableaux dessinés et peints à l'huile par l'habile peintre des Grâces, et représentant les amours des patriarches, furent placés dans un lieu où la curiosité pouvait engager le prince, dans un moment de solitude, à jeter les yeux. On représentait dans le premier numéro, l'innocente société d'un berger et d'une ber-

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APPENDICE

gère, au numéro suivant on voyait dans le berger une passion naissante avec des regards et quelques libertés galantes, le troisième numéro représentait des attouchements, dans le quatrième le berger cherchait autre chose et ainsi de suite, jusqu'au grand dénouement. En attendant Mme de Prie était partie pour Strasbourg pour apprendre la même chose à la princesse, ou plutôt pour l'instruire surtout de l'état de la cour et des obligations qu'elle contractait envers le premier ministre. Tout se conduisait à la cour d'une manière aussi gauche que fausse. Pour endoctriner le roi on risquait de lui gâter l'imagination et pour instruire la reine, on lui envoyait une prostituée.

(( Mme de Prie avait pour la princesse de Pologne une infinité de présents de la part de M. le Duc, et comme notre future reine n'avait pas de chemises, la favorite profita de cette situation d'une détresse extrême du roi Stanislas pour lui en porter, avec une si grande affectation et si peu de délicatesse qu'on dit qu'elle avait voulu que la reine eût pour elle toutes les sortes d'obligations. Mémoireê du duc de Richelieu, »

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