‹ Louis XV [microform]: ses maitresses, le Parc aux Cerfs, d'après le Journal-Mémoires de d'Argenson, les chansons du temps et les mémoires du Duc de RichelieuChapitre 54 sur 145 · PAUVRETÉ DE MADAME DE MAILLY · texte numérisé non relu

PAUVRETÉ DE MADAME DE MAILLY

le pria de lui faire l'emplette d'une fourrure et de deux Perses — toiles peintes, alors fort en vogue et que les Russes faisaient venir de Perse. Mais elle lui recommandait que la fourrure ne dépassât pas trois cents livres et les Perses en proportion, parce qu'elle ne voulait pas du beau, n étant pas assez riclie pour

cela... »

u Volontiers, M. de La Chétardie se chargea de la commission. Mais en Russie, il se pouvait aussitôt convaincre qu'une belle fourrure coûterait de trente à soixante mille livres. Nous sommes loin des trois cents livres que proposait la maîtresse du roi ! La Czarine ayantconnu ce que désirait Mme de Mailly, achetait les deux plus magnifiques fourrures qu'elle put trouver et les faisait expédier en France. « Le duc de Courlande fit faire lui-même le paquet et le remettait à M. de Chétardie. « Voilà votre affaire arrangée; vous n'avez plus qu'à envoyer en France. » M. de la Chétardie qui ne savait ni ce qu'il y avait dans le paquet, ni le prix, demandait au duc de Courlande ce qu'il avait à lui rembourser. Mais le duc répondit, que c'était une bagatelle, et, qu'il était charmé, ainsi que la Czarine, de faire ce petit cadeau à Mme de Mailly...

«... Un soir, le roi à son petit souper avec ses seigneurs et Mme de Mailly, entreprit de la badiner sur ce qu'elle recevait sans rien dire, des présents offerts par les cours étrangères. Mme de Mailly qui se fait un point d'honneur, par hauteur, de ne demander aucune grâce ni pour elle ni pour qui que ce

APPENDICE

soit, qui de son naturel est assez étourdie, qui, peutêtre, avait bu quelque petit verre de vin, se sentit piquée de ia raillerie. Elle ne savait encore rien du fait. Elle prit son sérieux et répondit au roi que de personne elle ne recevait de présents , qu'elle n'était ni fille, ni femme de ses ministres. Tout de suite elle tomba sur Mme de Maurepas, sur Mme Amelot, sur Mme de Fulvy, belle-sœur du contrôleur général, disant entre autres, que celle-ci avait un pot-de-vin sur toutes les marchandises de la Compagnie des Indes. La scène devint grave. Les seigneurs gardèrent le silence. Le roi prit son sérieux. Mais le raccommodement ne fut point long à faire. Puis il ne fut plus question de cela ; mais je ne sais pas ce que sont devenues les fourrures... »

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