MADAME DE FLAVAGOURT ET MADAME DE MAILLY
Pour distraire ce « grand ennuyé » qu'était Louis XV, Mme de MaiUy s'adjoignit ses trois sœurs, Mmes de Flavacourt, de Lauraguais et de La Tournelle ; mais il n'apparaît point, quoi qu'en dise d'Argenson, que Mme de Flavacourt soit devenue la maîtresse du roi.
« Madame de Mazarin, dame d'atours de la reme, mourut en 1742, Agée de cinquante-quatre ans. C'était la grand'mère des cinq demoiselles de Nesles. Elle était depuis longtemps brouillée avec sa petitefille,Mme de Mailly ; ce qui avait favorisé la désunion entre les sœurs favorites régnantes à la cour et les trois sœurs non encore présentées. Le cardinal de Fleury qui savait qu'elle était l'amie intime de la reine, craignant que la place ne fût donnée à quelque dame redoutable par son esprit et son crédit, chercha une femme sans ambition pour la lui donner ; et nomma d'abord Mme de Clermonl-Ton-
APPENDICE
nerre. A ce choix il ne se trompait pas. Elle le remercia, disant qu'étant attachée de cœur et d'âme à Mme la duchesse d'Orléans elle ne pouvait se résoudre à la quitter, quelque honorée qu'elle fût de la place qu'on daignait lui offrir et qu'elle ne méritait pas... MmedeMazarin avait à peine rendu le dernier soupir que Maurepas, son héritier, gouverné par sa femme, prit la résolution de chasser de la maison Mme de La Tournelle et Mme de Flavacourt que la défunte avait accueillies chez elle. L'une et l'autre étaient alors sans maison, sans père, sans mari ; le mari de Mme de Flavacourt était à l'armée. Dans cette situation embarrassante, Mme de La Tournelle jetant feu et flammes prenait le ciel et la terre à témoins contre un traitement aussi cruel et ne respirait que la vengeance. Mme de Flavacourt, au contraire, raisonnait autrement et parlait de sa position avec sa tranquillité accoutumée ; elle imagina, pour en sortir, le plus singulier des stratagèmes. Tandis que Mme de La Tournelle allait d'un hôtel à l'autre raconter à ses parents ou à ses connaissances son aventure cruelle, Mme de Flavacourt faisait approcher une chaise à bras et se faisait porter à Versailles au milieu de la cour des ministres, devant le château, en disant : Je suis jeune, je suis sans père et sans mère^ mon mari est absent ; mes parents m'abandonnent ; le ciel sans doute ne m'abandonnera pas. Placée au milieu de cette cour, entre le ciel et la terre, elle fit ôter ses brancards, renvoya ses porteurs et attendit les influences du ciel. Les indifférents pas-