‹ Louis XV [microform]: ses maitresses, le Parc aux Cerfs, d'après le Journal-Mémoires de d'Argenson, les chansons du temps et les mémoires du Duc de RichelieuChapitre 62 sur 145 · DE LAURAGUAIS LES MARIS DES MAITRESSES ROYALES · texte numérisé non relu

DE LAURAGUAIS LES MARIS DES MAITRESSES ROYALES

(17) C'est, nous l'avons dit, la troisième des sœurs de Nesles : Diane, Adélaïde, mariée en 1742, au duc de Lauraguais. Son règne fut très court. « Doghdon était d'une grande taille, épaisse, mal prise : sa figure était de celles dont on ne dit rien. Elle avait vingtsept ans lorsqu'elle fut mariée, à Mir Thékar (duc de Lauraguais), jeune encore, fort riche, qui tenait un rang distingué, dont on ne disait ni grand bien, ni grand mal : Mémoires secrets pour servir à l'Histoire de Perse. »

Un matin le roi s'éprit de la plus belle passion pour Mlle de Montcarvel, qui n'était ni jolie ni bien faite, avait une mauvaise tournure, lourde, grosse et forte petite, mais avait un genre d'esprit hardi, pétulant et agréable à Louis XV qui n'aimait plus ni les caractères ordinaires, ni les uniformités, ni les habi-

APPENDICE

MADEMOISELLE DE MONTCARVEL

tudes, à trente-trois ans. Mme de Montcarvelen avait vingt-quatre, se vantant d'avoir un bijou conservé avec soin, chez Mme de Lesdiguières, qui l'avait éduquée et gardée chez elle. Le roi émerveillé du bijou, trouva bon d'en dépouiller Mlle de Montcarvel, et de lui chercher un mari titré à deux fins : la première, pour couvrir de l'apparence extérieure d'un mariage les effets de ses amusements ; la seconde, pour plaire à Mme de LaTournelle qui, par le mariage de sa sœur avec un homme titré, préparait la cour et le public à la voir devenir elle-même duchesse de Châteauroux... »

Ce fut le duc de Lauraguais que l'on choisissait, allié aux premières maisons du royaume, d'une figure pleine d'aménité, d'un caractère analogue, point défiant, attaché à son nom et aux honneurs qu'on lui faisait espérer. Il se laissa marier et tout était conclu quand il arriva de l'armée. Ces « honneurs » étaient: So.ooo livres pour les frais de noces ; 80.000 en rentes sur les postes, dont moitié mise en communauté ; trente ans de privilèges sur les juifs, avec renouvellement jusqu'en 1800 : les juifs, alors en vertu d'une concession royale, payaient les frais des plaisirs, sur tout illicites du monarque. Et encore n'étaient-ce là que les « honneurs » principaux.

«... Mme de Lauraguais était de son naturel, vive, gaie, enjouée, fertile en bons mots, et tenait beaucoup du caractère de Mme de Nesles sa mère. Le roi qui l'agaçait, autant qu'il en était agacé lui-même, fit un jour son portrait en quatre paroles, en présence

de Mme de La Tournelle. Je viens de Paris, dit -il fort sérieusement, et j'ai vu /a rue de Mme de Lauraguais. C'était la rue des mauvaises paroles. Le propos ne pouvait être mieux appliqué. Mme de Lauraguais assise sur son fauteuil avec sa sœur de La Tournelle, occupées l'une et l'autre à se réjouir aux dépens de tout le monde, riaient de tous les événements, et ne manquaient le ridicule d'aucune dame ni d'aucun seigneur. Quant à Lauraguais, revenu des frontières d'Espagne, revêtu de la toison, créé lieutenant général et ouvrant les yeux sur la conduite de sa femme, il ne voulut plus fréquenter la cour prostituée qu'elle habitait. Il continua de servir le roi mais ne vit plus son épouse...

« Disons à ce propos qu'on avait acheté le silence de Louis-Alexandre de Mailly, comte de Rubempré, qui mourut en 1747, et qui avait épousé la première des sœurs que le roi avait aimées, et avec laquelle le comte de Mailly était brouillé. Le comte de Vintimille fait mestre-de-camp du régiment de son nom, se tenait éloigné. Le marquis de Flavacourt, militaire d*état et de caractère ne quittait point l'armée ; seul de tous ces maris il vivait bien avec son épouse. La Tournelle, homme dévot, à qui Mme de Mailly avait procuré un régiment, déconcerté par les premières galanteries de son épouse avec d'Agenois, était allé gémir dans ses terres de Bourgogne, où il s'occupait de pratiques de dévotion et d'agriculture. Il y mourut avant que sa femme fût sous la puissance du roi..i Mémoires du Duc de Richelieu. »

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