‹ Louis XV [microform]: ses maitresses, le Parc aux Cerfs, d'après le Journal-Mémoires de d'Argenson, les chansons du temps et les mémoires du Duc de RichelieuChapitre 63 sur 145 · MADAME DE MAILLY DISGRACIEE · texte numérisé non relu

MADAME DE MAILLY DISGRACIEE

(18) « ... Le vendredi soir, 2 novembre 1742, Mme de La Tournelle remerciait Mme de Mailly, sa sœur, de l'appartement que le roi lui avait donné eu égard à ses sollicitations. Mme de Mailly offensée de cette moquerie alla se plaindre au roi, qui la reçut avec froideur, convint même de son indifférence pour elle et lui dit tout nettement qu'il ne pouvait plus Taimer. Mme de Mailly, toujours idolâtre du roi, se jetait à ses pieds, l'arrosait de ses larmes, en venait jusqu'aux supplications et à demander sa grâce. Mais le roi toujours ferme, lui ajouta de prendre vite son parti, comme il avait pris le sien. Mme de Mailly, encore plus désolée, répliqua qu'ayant fermé les yeux sur les infidélités du roi pendant ses amours avec sa sœur Vintimille, elle les fermerait pour Mme de La Tournelle. Il faut se retirer aujourd'hui même, répondit le roi sévèrement. Mais adorable prince, s'écria-t-elle encore avec plus d'émotion, yecac/iera/ aux yeux de

vos sujets voire nouvel amour capable de diminuer le respect qu'ils ont pour vous et quils vous doivent. Le roi, toujours sévère, incapable d'être ému, mais craignant un éclat, lui accorda pour toute grâce de rester encore deux jours à la cour, bien résolu de chercher, pendant ce temps-là, quelque autre moyen de s'en défaire. Le moment de renvoyer Mme de Mailly se présenta. D'Argenson lui conseilla d'aller pendant trois jours à Paris, en ajoutant que le roi était irrité et que si elle ne cédait, il se porterait peut-être à quelque coup d'éclat... Mme de Mailly alla voir le roi dans son cabinet, le samedi 10 novembre à sept heures du soir, pour recevoir ses ordres. Aucun écrit, aucune lettre, ne disent ce qui se passa dans ce cabinet; mais, elle ensortit dans l'émotion, toute essouflée et avec la démarche du désespoir. Le roi la suivit, craignant toujours la démonstration trop éclatante de sa douleur profonde, et après l'avoir laissée dans l'incertitude de ce qu'il voulait faire. II lui parlait avec bonté et avec douceur en présence des courtisans qni attendaient l'événement dans une antichambre. C'est en leur présence que le roi dit à Mme de Mailly, avec sa perfidie accoutumée en pareil cas et dans laquelle il avait été élevé par le cardinal : A Lundi à Choisy, Mme la Comtesse, à lundi ; j'espère que vous me ferez pas attendre. Le roi devait coucher à Ghoisy, avec Mme de La Tournelle, le lundi indiqué à Mme de Mailly ; et il devait coucher dans un lit de soie bleue que la malheureuse amante avait filé pendant plusieurs années pour elle et pour le roi.

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APPENDICE

« Ainsi partit de la Cour Mme de Mailly, dans un carrosse qu'on avait tenu prêt à la porte du château pour elle, sans avoir le temps de réfléchir sur ce qu'elle pouvait devenir, ni où elle pouvait aller, n'ayant ni père, ni mère, ni maison à elle, et ne pouvant se présenter chez un mari qu'elle avait quitté pour le roi... Disgraciée delà Cour, éloignée des maisons royales, demeurant dans une petite maison obscure, rue Saint-Thomas-du-Louvre et dans un logement fort sombre, Mme de Mailly, invitée un jour à demander au roi un autre appartement, répondit : J'/zaftzVera/ une prison, si le roi le désirait encore. Elle eut du roi, à la fm, une pension de 3o.ooo livres ; mais ce fut à l'instance de Mme de La Tournelle qui ne pouvait sans déshonneur l'abandonner. Un jour Mme de Mailly osa demander au roi une glace de garde-meuble pour la cheminée de son salon, sombre et obscur. Le cadeau fut refusé, le roi répondant : // paraît. Madame, que Vappétit vous vient en mangeant ! Ainsi îui maltraitée Mme de Mailly. Dès ce moment-là, toute vertu fut éloignée des amusements du roi et bannie pour toujours des petits appartements. La reine y était méprisée, et le vice devenant chaque jour plus audacieux se plaça sur le trône à côté du roi 1 Mémoires du duc de Bicfielieu. »

is: Pauvre comtesse de Mailly ! Comme à la Madeleine de l'Évangile, qu'il lui soit beaucoup pardonné, parce qu'elle a beaucoup aimé ! sincèrement aimé. Un jour qu'elle entrait dans l'église Saint- Roch, modestement, sans que rien pût rappeler en elle la

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